Étiquette : Ramath Orah, sans nous

von | 07.06.2018

La synagogue des Luxembourgeois à New York fête ses 75 ans.

La congrégation Ramath Orah, 550 West 110th Street à Manhattan

Grange rénovée au Wisconsin, Casa Luxemburg à Sibiu : le Luxembourg n’oublie pas ses exilés… catholiques. Quand il en vient à ses concitoyens juifs et à leur sort durant la Seconde Guerre mondiale, le pays est bien moins réactif. Certes un projet de rénovation de la synagogue Ramath Orah à New York serait en cours d’évaluation, et le ministère d’État nous assure qu’il voit « d’un très bon œil » les cérémonies d’anniversaire « puisqu’elles viennent compléter à merveille nos propres commémorations du départ du dernier train de déportation, le 17 juin 1943 », mais à part le consulat, aucun représentant officiel ne sera présent. Une autre fois ?

Tout le monde sait que nous assistons à la disparition des derniers témoins de la Shoah et que par conséquent des cérémonies comme celles organisées ce jeudi à New York et le dîner de réception ce shabbat, devraient être l’occasion pour le Luxembourg de mettre en lumière un chapitre de son histoire nationale et de veiller à la diffusion de sa mémoire. « Ramath Orah » ne porte pas seulement le Luxembourg en son nom (en hébreu « Mont de lumière »), ses fondateurs étaient presque exclusivement des Juifs luxembourgeois.

Rencontre avec Eichmann

Lorsqu’en mai 1940, les troupes allemandes envahirent le Luxembourg, Robert Serebrenik était rabbin de Luxembourg depuis 1929. Né à Vienne en 1902, il allait se servir de ses relations au sein de l’armée allemande pour contrer les plans de l’occupant nazi de déporter tous les Juifs restants au Luxembourg pour Yom Kippour. Lorsque les lois raciales de Nuremberg entrèrent en vigueur et que commençait la spoliation des Juifs, le rabbin Serebrenik a organisé l’évasion d’environ 2 000 personnes issues de sa communauté vers la zone libre dans le sud de la France. Néanmoins, un quart des Juifs qui avaient vécu au Luxembourg avant la guerre ne pourront être sauvés.

Démolition de la grande synagogue de Luxembourg

À plusieurs reprises, le rabbin Serebrenik se sera lui-même rendu à Berlin pour négocier le sort des siens auprès des responsables nazis. Le 20 mars 1941, escorté de deux hommes de la Gestapo, il va jusqu’à rencontrer Adolf Eichmann dans son bureau du siège de la Gestapo à Berlin : « La porte s’est ouverte et je suis entré dans un grand bureau qui devait faire quinze mètres sur quinze. En retrait de la porte, il y avait un bureau et assis derrière, un homme habillé en civil, de manière très élégante et belle. À sa porte, si je me souviens bien, il y avait un écriteau avec le nom d’Eichmann écrit dessus. En m’approchant de son bureau, il commencé à me hurler dessus : ‘Reste à trois pas de moi, Juif !’ ».

Le rabbin Serebrenik réussit néanmoins à vaincre pour un instant la méfiance de l’organisateur des déportations vers les camps d’extermination et à lui présenter lors d’une deuxième entrevue, dans l’après-midi, un mémorandum sur le transfert de sa communauté vers l’Espagne afin de lui permettre ainsi d’échapper aux déportations, dont Serebrenik savait pertinemment qu’elles n’avaient d’autre but que la mort.

Eichmann lui donne onze jours, sachant que Serebrenik ne sera en mesure de regagner le Luxembourg que le 26 mai. Ils restaient alors environ 1000 Juifs au Luxembourg, mais malheureusement Serebrenik ne réussira pas à tous leur obtenir des visas et à les sauver. Seuls 250 réussiront à atteindre Lisbonne. Lui-même quittera le Luxembourg en juin 1941, à bord d’un des derniers convois, quelques mois après avoir été violenté un soir de shabbat par des membres de la Gestapo, alors qu’il rentrait de la Grande synagogue rue Notre-Dame et dont la destruction avait été entamée le 16 mars…

« Dans ma conscience »

Le rabbin Dr Robert Serebrenik

Un an après que le rabbin Serebrenik arrive à New York, avec sa femme Julia Serebrenik (née Herzog), en juin 1942, il fonde Ramath Orah, dans un bâtiment qui constitue l’aile droite d’un temple inachevé de l’Église unitarienne. En tout, 1945 des 5000 Juifs ayant vécu au Luxembourg avant la guerre étaient morts, alors que 1555 avaient survécu, parfois dans les camps de mort nazis.

Sur la page Facebook de la congrégation Ramath Orah, on peut lire ces jours-ci les souvenirs de quelques uns des derniers témoins de la « founding generation ». Parmi ceux-ci, Milton Koch de Bethesda au Maryland, qui se souvient que le rabbin Serebrenik a marié ses parents à Luxembourg, après avoir « contribué à libérer [son] père, Max Koch, du camp de Dachau in 1939 ». Lui-même est né à Cuba où ses parents ont vécu avant de venir s’installer à New York : « lls ont vécu à 109th Street, ils étaient très actifs à Ramath Orah. Mon oncle était Albert Nussbaum, secrétaire général de la synagogue durant de longues années et le rabbin Serebrenik a officié à ma bar mitzvah».

Raymond Learsy et ses parents sont venus aux États-Unis depuis le Luxembourg en 1940. Ses parents figurent parmi les membres fondateurs de la « shul ». D’ailleurs Raymond y a pris des cours d’hébreu avant de célébrer sa bar mitzvah. Sa famille était si proche du rabbin Serebrenik, renseigne la page de Ramath Orah, que lorsqu’en 1948 celui-ci est retourné en Europe, à bord d’un paquebot, Raymond l’a accompagné : « Il a pris garde à ce que j’attache mes téfilines tous les jours » se souvient Learsy, qui est père d’un fils avocat et d’une fille médecin, et espère pouvoir encore montrer Ramath Orah à ses petits-enfants : « Je veux qu’ils connaissent cette synagogue qui est restée profondément gravée dans ma conscience ».

Plus d’informations sur : www.ramathorah.org / Photos : facebook RO

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