DROIT AU LOGEMENT: Une journée sur un toit

von | 05.07.2013

Un jeune homme sur un toit, une route coupée, des voitures de police et un rassemblement de solidarité. Lundi dernier, des jeunes ont osé braver la loi pour transformer un lieu abandonné en espace collectif.

Le jeune squatteur est resté pendant douze heures sur le toit.

Lundi 1er juillet, Strassen, 9 heures. La police arrive au numéro 319 de la route d`Arlon pour mettre fin à l`occupation menée par quelques jeunes, après une plainte du propriétaire. De l`intérieur, le jeune squatteur qui ce matin se trouve seul essaye de dialoguer et demande à parler avec le propriétaire. Quand la porte cède suite aux coups du bélier policier, il se réfugie sur le toit.

« Le logement est un droit pour tous, un droit humain et non pas une chose pour laquelle il faudrait lutter. Au Luxembourg, il y a des gens expulsĂ©s de leurs maisons ou qui dorment dans la rue, pendant que plein de maisons comme celle-ci demeurent vides Â», crie-t-il d`en haut.

Pendant quelques heures, la rue est coupĂ©e, les journalistes et les sympathisants sont Ă©loignĂ©s du lieu. Des voisins descendent dans la rue et expriment leur soutien. « Beaucoup de gens pensent comme lui, mais n`ont pas le courage de passer Ă  l`action Â», dit une femme devant la maison. A leur instar, le parti dĂ©i LĂ©nk s`est montrĂ© solidaire avec l`occupation.

Le jeune refuse d`être expulsé par la force policière, et insiste pour dialoguer avec les propriétaires de l`immeuble. Ces derniers assistent à tout, en refusant de parler avec les occupants et les journalistes. La police décide d`attendre que la faim et la soif fassent abandonner le squatteur. Mais les gens envoient depuis le trottoir des fruits et des bouteilles d`eau vers le haut du bâtiment. Personne ne sait quand ni comment tout cela va finir.

Entre le droit à la propriété et le droit au logement

Ces dernières semaines, le numĂ©ro 319 a Ă©tĂ© plus vivant que durant les trois dernières annĂ©es d`abandon. A quelques mètres de lĂ , toujours sur la route d`Arlon, se situe le siège de l`agence immobilière Crea Haus, propriĂ©taire de l`immeuble qui prĂ©voit de le dĂ©molir pour y construire… de nouveaux logements. « Il est hors de question de dialoguer. Ce sont des squatteurs Â», dĂ©clarait quelques jours plus tĂ´t Richard Thibo, de la direction de l`entreprise. « Ils ont pris quelque chose qui ne leur appartient pas, ils n`ont pas le droit d`ĂŞtre lĂ . Â»

« La question ne devrait pas ĂŞtre ?Sommes-nous autorisĂ©s Ă  entrer dans une maison qui appartient Ă  d`autres et Ă  utiliser leur propriĂ©tĂ© ?`, mais plutĂ´t ?Les banques et agences immobilières peuvent-elles utiliser la propriĂ©tĂ© pour augmenter les prix des logements, avec pour seul but l`accroissement du profit?` Â», affirme Moh Hamdi. Etudiant en histoire Ă  l`UniversitĂ© du Luxembourg, il est rĂ©voltĂ© par l`explosion des prix du logement au pays et s`est impliquĂ© dans l`occupation. « PossĂ©der des maisons uniquement Ă  des fins spĂ©culatives alors que certains se font dĂ©loger ou n`ont pas l`argent nĂ©cessaire pour payer un loyer, c`est Ă©thiquement incorrect et moralement irresponsable. Â»

« Des logements en parfait Ă©tat sont dĂ©truits juste pour en construire d`autres qui gĂ©nĂ©reront plus de profits. La consommation et le gaspillage de ressources sont dĂ©mesurĂ©s. Cette maison entière va ĂŞtre mise Ă  la poubelle d`une manière ou d`une autre Â», dĂ©nonce pour sa part Radu, le jeune qui passera toute une journĂ©e sur le toit de la maison. Pour lui, il est fondamental de dĂ©velopper ce genre d`actions au Luxembourg, « un pays oĂą les profits des banques et des multinationales priment sur les droits fondamentaux des personnes ».

C`est fin mars que le groupe de jeunes poussa littĂ©ralement une porte de la maison, laissĂ©e ouverte et Ă  l`abandon. « Elle Ă©tait dans un Ă©tat lamentable, sale et moisi. Nous avons mieux pris soin de l`espace que les propriĂ©taires. Nous avons tout lavĂ©, rangĂ©, meublĂ©, nous avons tondu la pelouse, plantĂ© des lĂ©gumes, des arbres fruitiers… Â», se souvient Moh.

« Les espaces qui sont utilisĂ©s pour la spĂ©culation immobilière peuvent ĂŞtre utilisĂ©s au bĂ©nĂ©fice de la communautĂ©. L`idĂ©e ici est de trouver des petites solutions pour les besoins de tous les jours. CrĂ©er un lieu oĂą on peut se retrouver, librement et sans avoir recours Ă  l`argent Â», explique Radu.

Un espace libre

Les coups de main se sont multipliĂ©s, chacun ramène ce qu`il peut. Un « magasin gratuit Â» a Ă©tĂ© mis en plac e: les gens y dĂ©posent ce qu`ils n`utilisent pas et y prennent ce dont ils ont besoin, gratuitement. Des repas gratuits et des Ă©vènements musicaux y ont lieu. Une règle prĂ©vaut : pas d`alcool ni de drogue. D`autres idĂ©es (workshops et dĂ©bats, potager communautaire, atelier vĂ©lo…) ne pourront pas se rĂ©aliser Ă©tant donnĂ© l`expulsion.

Le dimanche 30 juin, dans l`immeuble de Strassen, un dĂ®ner collectif et une « jam session Â» ont eu lieu Ă  la lumière des bougies, puisqu`il n`y avait pas d`Ă©lectricitĂ©. Entre le son des guitares et des percussions, personne ne se doutait qu`ils fĂŞtaient leur dernière soirĂ©e au 319. « C`est bon de voir tant de gens participer, partager Â», s`enorgueillit Moh. « Il y a beaucoup de potentiel, on espère que la police ne viendra pas et que l`espace pourra croĂ®tre et prospĂ©rer. Â» MĂŞme en cas d`expulsion, il assure que « cela aura dĂ©jĂ  Ă©tĂ© une grande expĂ©rience. On espère avoir suscitĂ© le dĂ©bat. On espère avoir inspirĂ© des gens. Â»

Lundi 1er juillet, Strassen, 18 heures. Radu reste sur le toit, la police attend en « dĂ©fendant Â» la maison. Un rassemblement est convoquĂ© par les rĂ©seaux sociaux, et quelques dizaines de personnes sont devant le bâtiment en soutien Ă  l`occupation, pour le droit au logement, contre la spĂ©culation immobilière. « Logement, droit humain Â», scandent-ils.

Vers 19 heures, la manifestation symbolique devient action directe : assis par terre, les manifestants forment un cordon pour empĂŞcher le passage des vĂ©hicules chargĂ©s de murer l`Ă©difice. La police prĂ©fère la nĂ©gociation Ă  l`intervention violente. Après douze heures de protestation pacifique, après avoir refusĂ© tout dialogue, les directeurs de Crea Haus cèdent. La police et les propriĂ©taires acceptent les exigences des manifestants : laisser descendre le jeune contestataire du toit librement, retirer la plainte contre les occupants et permettre la rĂ©cupĂ©ration des biens de ces derniers. Radu descend du toit, accueilli par des applaudissements et des embrassades. Tandis que le soleil s`Ă©vanouit sur l`horizon de la route d`Arlon, sur les bouches s`affichent les sourires des petites grandes victoires collectives.

Francisco Pedro tient Ă  signaler aux lecteurs du woxx qu`il a participĂ© activement Ă  l’action en s’y solidarisant. VoilĂ , nous ne sommes pas le journal le plus « neutre Â», mais nous tentons d’ĂŞtre le plus honnĂŞte.

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Taxer les friches foncières et immobilières
(dv) – Hasard du calendrier ou pas, la problĂ©matique des logements laissĂ©s en friche Ă  des fins spĂ©culatives a Ă©tĂ© un sujet de discussion ce mardi (donc le lendemain de l’action) Ă  la Chambre des dĂ©putĂ©-e-s. Le dĂ©putĂ© vert Henri Kox a profitĂ© de l’heure de questions au gouvernement pour interroger les ministres Halsdorf (IntĂ©rieur) et Schanck (Logement) au sujet de la fameuse circulaire aux communes qui leur permettraient d’appliquer une des dispositions du Pacte logement, Ă  savoir la possibilitĂ© pour les communes de taxer les terrains et bâtiments en friche. En rĂ©ponse, Schanck a annoncĂ© qu’un projet de loi combinant aussi bien la taxation, l’aliĂ©nation de biens ainsi que la trĂŞve hivernale serait prĂ©sentĂ© au Conseil de gouvernement le 19 juillet. Ils en auront mis du temps mais mieux vaut tard que jamais.

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