Passer une journĂ©e Ă Dalheim? C’est ce que Cynthia Hornick et, avec elle, l‘ a.s.b.l. „JobArt“, aimerait voir faire des gens durant le beau mois de mai.

Heureuse de pouvoir parfois dĂ©valiser ses copains musiciens … Cynthia Hornick est organisatrice du „Festival de Musiques SacrĂ©es“.
(Photo: Christian Mosar)
C’est un festival dĂ©centralisĂ©. „La plupart des organisateurs pensent qu’il faut ĂŞtre en ville, sinon personne ne viendra. Ce n’est pas vrai“, affirme Cynthia Hornick, fondatrice de l’association „JobArt“, organisatrice du „Festival de Musiques sacrĂ©es“. Celui-ci a dĂ©butĂ© jeudi dernier, par un concert du pianiste sud-africain Abdullah Ibrahim. A EttelbrĂĽck, dont la salle du „Centre des Arts Pluriels“ a Ă©tĂ© choisie pour les tĂŞtes d’affiche de cette deuxième Ă©dition du festival.
La première, se dĂ©roulant aussi principalement Ă Dalheim, et rĂ©alisĂ©e dans le cadre de la „Mission d’impulsion 2000“, avait sĂ©duit environ deux mille personnes: un succès, pour Cynthia Hornick, rĂ©alisĂ© avec, et malgrĂ©, „une affiche pointue“.
Pour le programme de cette annĂ©e-ci, c’est la mĂŞme tactique: la plupart des artistes – „Claude Chalhoub“, „Tang Du Tso“, ou encore „La Roza Enflorese“ -, seront des dĂ©couvertes pour la majoritĂ© des musicophiles du Grand-DuchĂ©.
„Je pourrais te faire une programmation toutes les semaines“, prĂ©tend Cynthia Hornick. „Mes choix se font surtout en fonction de ce que je dĂ©couvre pour mon Ă©mission `Zansibar‘.“ Cette Ă©mission, passant rĂ©gulièrement Ă la radio socio-culturelle, constitue un voyage sonore Ă travers diffĂ©rentes ambiances musicales du monde entier et quelques bouts de poĂ©sie.
„La musique que nous proposons est plus mĂ©ditative, plus spirituelle. Elle incite Ă prendre un peu plus de temps. Avec le stress quotidien, et tout ce qui se passe Ă travers le monde, on ne prend plus souvent le recul nĂ©cessaire, pour analyser ces informations et se construire une position propre par rapport aux Ă©vĂ©nements.“ C’est en ces mots que Cynthia Hornick explique le programme-cadre proposĂ©: des stages de tai-chi, ou encore une confĂ©rence sur l’acupuncture, font tout aussi partie du concept du festival que des concerts de musiques world.
Finir la soirĂ©e en Ă©coutant du chant tibĂ©tain, après avoir participĂ© Ă une confĂ©rence de Pierre Moutaftchieff, qui a passĂ© neuf annĂ©es en Chine, notamment pour Ă©toffer ses Ă©tudes belges en KinĂ©sithĂ©rapie et en RĂ©adaptation, Ă l’UniversitĂ© de mĂ©decine traditionnelle chinoise de PĂ©kin et flâner, entre-temps, dans une expo, voilĂ une des possibilitĂ©s que propose le „Festival de Musiques SacrĂ©es“.
Autre idĂ©e du festival: se faire rencontrer des musicien-ne-s luxembourgeois-es et Ă©tranger-ère-s. Cette annĂ©e, ce moment aura lieu en clĂ´ture, le 31 mai. „Avec Carlo Hommel et Caroline Casadesus, cet Ă©change se fera entre artistes venant, tous les deux, du genre classique. Les rencontres entre des musiciens de genres diffĂ©rents prĂ©sentent, Ă certains Ă©gards, plus de difficultĂ©s. Quoi qu’il en soit, l’organisation d’une telle expĂ©rience est toujours ardue: les musiciens doivent ĂŞtre logĂ©s et nourris plus longtemps; l’artiste qui dirige la rencontre doit la prĂ©parer, idĂ©alement, des mois Ă l’avance … et il faut trouver les bonnes personnes. La crĂ©ation avec Steve Shehan, lors du festival „Art of Noise“, Ă©tait laborieuse Ă mettre sur pied. Mais on avait la chance que les musiciens de bords très diffĂ©rents trouvaient bien une chimie d’ensemble. A l’avenir, nous aimerions dĂ©velopper ce concept. Mon rĂŞve, c’est d’organiser une rencontre entre un musicien rock ou world et un orchestre symphonique. Mais ce n’est vraiment encore qu’un rĂŞve.“
Ce qui nous amène aussi aux questions d’argent. Le programme du festival, ornĂ© par les lettres „Fonds Culturel National“, les logos de la commune de Dalheim et du ministère de la culture, respire le soutien officiel. „Après la première Ă©dition, nous voulions en faire un rendez-vous rĂ©gulier. Le ministère de la culture nous a accordĂ© un soutien financier en forme de biennale et prend en charge les coĂ»ts jusqu’Ă une certaine somme.“ Cet argent, „JobArts“ le recevra après clĂ´ture du budget.
„Le problème, c’est qu’on est une jeune a.s.b.l., qui ne possède pas beaucoup de fonds propres. Et les tickets du premier concert sont vendus Ă travers la Billeterie centrale. Ce qui veut dire que je n’aurai l’argent pour payer l’artiste que le jour d’après, et non pas le soir mĂŞme.“ Cynthia Hornick a donc dĂ» trouver des sponsors privĂ©s. „Peu de sponsors Ă©taient intĂ©ressĂ©s cette annĂ©e-ci. Il n’y a ainsi qu’une banque.“ Ces Ă©tablissements semblent prĂ©fĂ©rer, depuis 1995, organiser eux-mĂŞmes des Ă©vĂ©nements culturels (surtout des expos).
Ce qui obligerait l’Ă©quipe de „JobArt“ au bĂ©nĂ©volat? „On tâchera quand mĂŞme de payer correctement ceux qui devront ĂŞtre prĂ©sents de 11 Ă 24 heures. L’encadrement des artistes est un travail important, qui demande aussi un certain talent d’improvisation face aux imprĂ©vus.“
Des imprĂ©vus qui peuvent sembler banals. „L’annĂ©e dernière, le contrat de Noa – notre tĂŞte d’affiche – spĂ©cifiait la prĂ©sence d’une planche Ă repasser dans la loge, ce que j’avais oubliĂ© … Une bĂŞtise, mais bon, c’est normal aussi que l’artiste puisse repasser sa robe avant le spectacle. In extremis, une amie nous prĂŞta finalement sa planche Ă elle. Ou encore, des instruments qui manquent Ă l’arrivĂ©e de l’avion. OĂą en trouver, un samedi soir, deux heures avant le concert? Encore heureux qu’on peut alors dĂ©valiser nos copains musiciens …“
Quant au programme-cadre, Cynthia Hornick insiste pour qu’on ne le confonde pas avec de l’Ă©sotĂ©risme bon marchĂ©. „J’estime que ce travail doit ĂŞtre fait par des professionnels, des gens qui connaissent leurs bases, qui Ă©tudient et pratiquent leur domaine depuis des annĂ©es. Ghislaine Mesureur-Compère, par exemple, est la seule personne au Luxembourg qui possède un laboratoire. C’est une femme qui donne des lectures et participe Ă des congrès internationaux, qui dĂ©veloppe son savoir continuellement et qui fait Ă©galement preuve d’une approche prudente Ă l’Ă©gard de l’aromathĂ©rapie.“
Cynthia Hornick dĂ©fend, par ailleurs, la nĂ©cessitĂ© de donner un meilleur statut aux mĂ©decines traditionnelles, comme l’acupuncture. Ce qui reflète une recherche de vie Ă©quilibrĂ©e, appuyĂ©e par un chez-soi; coin de terre luxembourgeois respirant la santĂ©, amĂ©nagĂ© de manière Ă pouvoir abriter tout de mĂŞme aussi deux chevaux et deux chiens. L’interview s’est faite entre chats et soja.
Germain Kerschen

