ÉDUCATION: « Très déçus »

von | 13.11.2014

Vers une grève dans le social ? Les éducateurs et éducateurs gradués en ont marre du manque de dialogue et des plans de réforme du gouvernement.

Coup de gueule chez les éducateurs : « Elo ass Schluss » (« Ça suffit maintenant ») était le mot d’ordre d’une conférence de presse de l’Entente des professions éducatives et sociales (Epes), qui regroupe les associations professionnelles Apeg et Apel. Les raisons de leur mécontentement sont nombreuses : manque de dialogue, de transparence et absence totale de cohérence dans la ligne gouvernementale, et surtout une réforme de la fonction publique « inacceptable » aux yeux des éducateurs, éducateurs gradués et éducateurs sociaux représentés par les trois organisations.

Leur mobilisation ne date pas d’hier : fin janvier, l’Apeg et l’Apel avaient remis une pétition recueillant 11.000 signatures au président de la Chambre des députés, Mars Di Bartolomeo. Leurs revendications ? Des conditions de travail adaptées pour un travail éducatif de qualité, un concept cohérent pour l’éducation, formelle ou non formelle, la reconnaissance politique et financière du travail social et éducatif, entre autres. A l’époque, Marc Pletsch se montrait optimiste dans le woxx (woxx 1253) : « Nos revendications sont très proches de ce que dit le gouvernement dans son accord de coalition », disait-il.

Entre-temps, les associations professionnelles sont descendues dans la rue en mars, pour donner du poids à leurs paroles. Suite à la manif devant le ministère de l’Education, ils avaient décroché une entrevue avec Corinne Cahen et Claude Meisch. Depuis, le silence.

« Après ce premier entretien, nous avons envoyé une lettre à Claude Meisch et à Corinne Cahen en mars, afin de demander une autre entrevue », explique Sandy Vitali, coprésidente de l’Apeg. « Nous n’avons toujours pas reçu de réponse. » Pour Paul Bressler, cela en dit long sur la volonté de dialogue et de transparence toujours prônée par la coalition : « Nous sommes très déçus. »

Même scénario pour la réforme de la fonction publique : « Une telle réforme devrait se faire dans le dialogue avec les concernés », dit l’Epes. L’Apeg, qui dit toujours avoir salué le projet de réforme, se tourne vers le Conseil d’Etat dans une lettre : « Nous constatons, après analyse profonde, que les carrières de l’éducateur et de l’éducateur gradué, dans la phase de transition, ne sont toujours pas classées de façon à ce qu’on puisse parler d’une réelle revalorisation ».

En contact étroit avec les syndicats

Petite piqûre de rappel : jusque-là, un éducateur, détenteur d’une quatorzième, était payé comme le détenteur d’une onzième. Un éducateur gradué, dont le niveau d’études correspond à un bac +3 était payé comme le détenteur d’un simple bac. Si le projet de loi 6459, portant sur la réforme de la fonction publique, prévoit un reclassement dans un grade supérieur pour les éducateurs et les éducateurs gradués, cela ne va pas de pair avec une réelle amélioration en ce qui concerne le salaire. Inacceptable, jugent les éducateurs en colère, qui disent attendre « depuis presque 40 ans une reconnaissance de leur profession ainsi que de leurs études ».

Autre sujet de préoccupation : l’accueil gratuit des enfants et le nouvel impôt (qui n’est pas un impôt, bien sûr) de 0,5 pour cent pour le financer. « Peut-on vraiment parler d’accueil gratuit, alors que tout le monde devra payer un nouvel impôt ? », s’interroge Marc Pletsch. A priori, l’Epes n’est pas contre la gratuité des structures d’accueil. « Mais d’abord, il faut que les infrastructures soient prêtes, ce qui n’est pas le cas pour l’instant », indique Paul Bressler, qui craint que l’emploi précaire de personnes peu qualifiées, déjà fort répandu dans le secteur, explose.

« Nous mobilisons nos membres par le biais de réunions d’information locales », explique Sandy Vitali. Si les associations professionnelles ne peuvent, vu leur statut, pas lancer de grève, les syndicats le pourraient : « Nous sommes en contact étroit avec l’OGBL, qui est majoritaire dans le secteur », concluent Apeg et Apel, qui envisagent aussi des démarches en justice au cas où la réforme de la fonction publique passerait telle quelle.

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