Depuis trente ans, la danse revêt au Luxembourg toujours plus d’importance. Les Assises sectorielles de la danse reviennent sur cette évolution et sur ce qu’il reste à faire pour promouvoir encore cet art du mouvement.

Hear Eyes Move, de la chorégraphe allemande Elisabeth Schilling, a été présente cet été au Luxembourg. (Photo : Bohumil Kostohryz)
« La danse c’est le mouvement, un moyen de s’exprimer et de se lier aux autres », expose Marie-Laure Rolland, journaliste freelance pour « La Glaneuse », un webzine consacré à la danse. D’après Michel Kelemenis, directeur artistique à Marseille, elle est un « acte poétique, un art qui, par définition, absorbe et reflète les sociétés ». Selon la chorégraphe Simone Mousset, la danse, qui existe dans chaque culture et depuis toujours, serait même « existentielle ». Enfin, Bernard Baumgarten, directeur artistique au Trois C-L, affirme qu’elle est « partout ».
Si elle est partout, il a tout de même fallu lui trouver un espace privilégié. Une place accordée en 1994, au sein du Théâtre dansé et muet (TDM) qui devient, une dizaine d’années plus tard, le Centre de Création Chorégraphique Luxembourgeois (Trois C-L). Cette année, le Trois C-L est devenu l’établissement public Trois C-L – Maison pour la danse, marquant définitivement une constante valorisation de cette forme d’art. Structure de référence au grand-duché, la Maison pour la danse poursuit plusieurs missions. Celle de développer les carrières des danseur·euses et chorégraphes bien sûr, mais aussi celle de sensibiliser le public.
Le trois de chaque mois, le Trois C-L organise ainsi le « 3 du TROIS », un événement pluridisciplinaire amenant à repenser la société et l’art chorégraphique. Il propose des ateliers de danse aux amateur·rices à travers le programme MOVERS, allant des Kids MOVERS aux 55+ MOVERS, en passant par les Abilities MOVERS pour les personnes en situation de handicap. Il n’est cependant pas le seul endroit où l’on danse. Carole Lorang, directrice du Escher Theater, accueille ainsi des danseurs et danseuses en résidence et précise accorder autant de moyens à la danse qu’au théâtre.
Professionnalisation possible
Alors que, contrairement à d’autres domaines artistiques, se former à la danse au grand-duché n’était pas imaginable il y a quelques années, la professionnalisation y est aujourd’hui possible. La chorégraphe Anne-Mareike Hess, tout juste quarante ans, résume cette absence de débouchées : « À l’époque, il fallait partir. » Si Annick Pütz, danseuse, chorégraphe indépendante et professeure de danse au Conservatoire du Nord a dû se tourner vers l’enseignement, c’est aussi à cause de ce manque de soutien. En 2020, le ministère de la Culture tente d’y remédier via l’aide à la structuration. Le dispositif vise à apporter un soutien professionnel au niveau administratif et structurel aux compagnies de danse mais est considéré comme insuffisant par plusieurs professionnels. Anne-Mareike Hess se désole ainsi de prendre encore toutes les tâches connexes à la création artistique en charge. Et, selon la chorégraphe, cette aide à la structuration est accordée à trop de projets, pas forcément assez construits : « Tout le monde a donc un peu d’argent mais personne n’en a assez. »
Les chorégraphes et danseur·euses se posent aussi la question de l’après. Certains, comme Annick Pütz, se tournent vers la transmission et peuvent être pris en résidence dans des écoles. Baptiste Hilbert, co-directeur artistique de la compagnie AWA, rappelle néanmoins que les projets culturels ne sont pas une obligation pour les professeur·es et appelle à ancrer ces pratiques : « Les interventions de danseurs doivent avoir lieu dès le plus jeune âge. » La directrice du théâtre d’Esch insiste elle aussi sur la nécessité d’avoir des artistes sur le territoire : « Les danseurs et danseuses ne donnent pas seulement des spectacles avant de partir se produire à l’étranger, on leur propose de participer à la vie locale, de faire des ateliers… d’être acteurs et actrices sur le terrain ». Dans certains pays, cette sensibilisation au grand public est même une obligation pour que les artistes soient soutenus financièrement. Faut-il faire de même au Luxembourg ?
Le monopole qu’exercent le Ministère de la Culture et le Trois C-L sur le secteur de la danse est aussi pointé du doigt. La chorégraphe Simone Mousset estime qu’il lui faudrait différents établissements, tout comme il existe différentes danses et différentes valeurs qui leur sont rattachées. En effet, si la Maison pour la danse promeut avant tout la danse contemporaine, la danse classique est perçue comme étant « la base de tout » par Marie-Laure Neiseler, présidente de la Confédération nationale de danse Luxembourg et directrice artistique de Junior Company CND Luxembourg, tandis que le ministre de la Culture, Éric Thill, promet de revaloriser le hip hop, déjà mis à l’honneur à travers une représentation lors de ces Assises. Sans oublier le Modern jazz ou encore le Flamenco…
Dans un pays comme le Luxembourg où les cultures sont multiples, la danse permet de s’exprimer dans une langue universelle, celle du corps… qui a besoin d’espace pour s’exprimer ! Pour clore les Assises sectorielles de la danse, Éric Thill promet que, d’ici 2028, la Maison pour la danse sera agrandie afin que toutes les danses y soient représentées. Peut-être la danse aura-t-elle aussi droit à une place au bâtiment Robert-Schuman qui se cherche toujours une nouvelle vie ? Ce projet doit être débattu dans les semaines à venir.

