Documentaires : Mauvaises herbes

Les photojournalistes Frauke Huber et Uwe H. Martin présentent au Pomhouse du CNA l’exposition « Landrush » : une série de documentaires immersifs au sein d’exploitations agricoles dans le monde entier.

Photo : Nuno Lucas da Costa

« Landrush. Ventures into Global Agriculture » est une expérience intercontinentale qui transforme le Pomhouse en un manoir parsemé d’une multitude d’écrans racontant chacun son histoire. Quelques-unes nous arrivent du Brésil, d’autres du Kazakhstan, d’Éthiopie, d’Inde, des États-Unis ou encore d’Allemagne, pays natal de Frauke Huber et Uwe H. Martin. Les deux globe-trotters engagés explorent la planète depuis 2007 en recueillant des témoignages auprès d’agriculteurs, pêcheurs, éleveurs, activistes, scientifiques et politiciens. Le constat est évidemment désolant. Les richesses naturelles de notre planète s’épuisent à vue d’œil et le climat déraille, le tout au nom d’une surconsommation et d’un appât du gain effréné. Sans parler du recours à des produits hautement toxiques pour la santé humaine, qui contaminent les sols, les eaux et les espèces animales.

La région du Mato Grosso, qui a défrayé récemment la chronique pour des raisons de morbidité liée à la Covid-19 et à la gestion catastrophique de Bolsonaro, est un pur exemple de ce qui se passe un peu partout sur notre planète. Études scientifiques à l’appui, l’équation est simple et limpide : plus il y a utilisation de certains pesticides, plus il y a de cancers et de cas de malformations chez les nouveau-nés. Pour faire encore plus simple : qui sème le Roundup (herbicide commercialisé par Monsanto) récolte la maladie. On tombe également des nues en voyant que, aux États-Unis, une irrigation sans limites et surtout artificielle se pratique malgré une sécheresse imminente qui menace certaines régions américaines. Ici, on peut facilement établir un lien avec le témoignage d’un membre de la communauté des Kayapos, en Amazonie, qui prédit que « dans l’avenir, les hommes se tueront non pas pour de l’or ou du pétrole, mais pour de l’eau douce ». Les récits surabondent. À la fin, libre au visiteur et à la visiteuse de se faire son propre jugement.

L’expo est ainsi un long voyage dans plusieurs régions du globe. Ici, pas d’images affichables dans les vitrines d’agences de voyages, mais des portraits réalistes et humanistes. « Landrush » nous fait prendre conscience que ce que nous consommons tous les jours a d’une manière ou d’une autre un impact sur la viabilité et durabilité de nos écosystèmes. Certains se verront ainsi sortir de leur cocon urbain. Il est également intéressant de constater que l’expo ne se limite pas à dénoncer les dérives de certaines pratiques agricoles dans une économie mondialisée et néolibérale. Elle apporte aussi des propositions concrètes à travers les témoignages d’agents locaux, et non de technocrates qui sans doute n’ont jamais marché sur du compost animal. Le témoignage de la famille Spies en Allemagne en est le parfait exemple : malgré les aléas et la dépendance de ses récoltes vis-à-vis des conditions météorologiques, ce couple de fermiers pratique une agriculture à la fois rentable et durable.

Finalement, reste à savoir si certains préfèrent, par exemple, investir dans une consommation équitable ou dans un gros 4×4 qu’ils stationneront devant un maxidiscount pour s’approvisionner de produits de qualité discutable et non respectueux de la cause environnementale. Ces mêmes illuminés vocifèrent que, de toute de façon, les produits biologiques et équitables sont une pure arnaque. Si tel est le cas, alors imaginons ce qu’il en est des produits « conventionnels »…

Jusqu’au 29 août au Pomhouse – 
Centre national de l’audiovisuel.

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