Exposition collective
 : Bouillonnements

Pas moins de 41 artistes ont investi le « Zaepert » – une exposition unique au Luxembourg à découvrir seulement encore ce weekend.

1370expoEn s’approchant du vernissage du Zaepert il y a deux semaines, on aurait dit un festival et non pas l’inauguration d’une exposition. Au lieu des petits fours et des cliquetis des verres de crémant qui rythment le small talk des « happy few », l’heure était plutôt à la fête populaire : bière gratuite (jusqu’à 21h, quand le dernier fût a été vidé) et musique électronique à fond la sono. C’est vrai que si les organisateurs avaient dû payer le champagne pour les plus de 1.000 visiteurs de cette première soirée, ils seraient ruinés durablement…

Esthétiquement aussi, ce lieu et son atmosphère donnent plutôt l’impression d’un copier-coller d’un club underground berlinois à côté de la station de contrôle des véhicules d’Esch – située dans une des zones industrielles les plus tristounettes du pays. C’est probablement un effet recherché et apprécié du public, lequel a vite pris possession de cette bulle d’air anarchiste dans un paysage culturel défini par des rituels pouvant être d’un ennui fastidieux.

Et l’existence même de ce projet exclusivement dédié aux artistes locaux fait écho aux réflexions du ministre de la Culture Xavier Bettel sur un musée n’exposant que des artistes luxembourgeois. En fait, pas vraiment besoin de les mettre dans une vitrine, ils savent se débrouiller eux-mêmes.

À l’intérieur de l’ancien abattoir, le spectateur peut librement cheminer entre les différentes œuvres – dont certaines ont définitivement été élaborées in situ, comme les nombreux graffitis et objets de street art qui ornent certains murs. On trouvera aussi une voiture entière au centre d’une installation de Dirk Kesseler. L’absence de ligne directrice n’a pas produit un chaos étouffant comme c’était un peu le cas pour le « Quartier 3 », mais c’est aussi parce que le lieu lui-même a une surface de 600 mètres carrés. Autre changement : cette fois, ce n’est plus Théid Johanns seul qui a invité et géré le montage et la production de l’exposition, mais c’est une petite équipe dont il s’est entouré – les artistes Sergio Sardelli et Jeff Keiser, ainsi que Daisy Wagner du service culturel de la ville d’Esch.

Ainsi, dans le large espace se côtoient des œuvres plus politiques, comme la maisonnette de l’horreur conçue par Marc Pierrard, et des objets qui frôlent le design. D’autres artistes se sont associés en partageant un espace et une thématique, comme Anne Lindner et Reiny Rizzy-Gruhlke, qui ont travaillé sur les troubles de la nutrition. Ce qui a donné lieu à un ensemble macabre mêlant tour à tour organes sexuels, ventres de femmes enceintes et fœtus assaisonnés de vrais bonbons. La pièce maîtresse de l’exposition, l’installation de Théid Johanns, est une nouvelle variation sur ses thèmes postindustriels dans des couleurs vert fluo – aussi belle à voir que pertinente.

Certes, l’exercice de s’approprier l’espace n’a certainement pas réussi à tout le monde – les sculptures de Sergio Sardelli ont l’air un peu perdues dans la grande pièce -, mais l’expérience « Zaepert » prouve qu’il y a bien une scène artistique très effervescente au grand-duché. Et que les éternels défaitistes n’ont pas toujours raison quand ils prétendent que le pays serait toujours en retard. Parfois, il suffit de laisser un peu d’air et d’espace libres pour que la créativité se lâche, totalement débridée des conventions en vigueur sur la scène culturelle.

En tout cas, c’est la plus grande manifestation de contre-culture organisée depuis longtemps au pays, et la voir avant sa disparation fera du spectateur un membre à vie du club très select des « Zaepertiens ».

Encore ce weekend au Zaepert à Esch-sur-Alzette.

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