Exposition historique : Nos légionnaires

En collaboration avec le Luxembourg Centre for Contemporary and Digital History, le Musée Dräi Eechelen propose « Légionnaires », une rétrospective sur les légionnaires luxembourgeois jusqu’à l’entre-deux-guerres. Plongée dans une époque troublée.

Photo : Musée Dräi Eechelen

Des « connotations ambivalentes », c’est ainsi que le premier panneau de l’exposition résume les sentiments que peut déclencher la Légion étrangère française dans les esprits. Et pour cause : synonyme d’aventure, de rédemption après un passé louche, de simple moyen de subsistance ou de passeport français garanti à la fin de l’engagement, ce corps d’armée si particulier provoque interrogations et fantasmes. Au moyen de nombreux documents d’époque – photos, plaques, médailles, lettres, sauf-conduits… –, l’exposition s’emploie, encore selon les panneaux explicatifs, à « casser les stéréotypes » à propos de l’engagement des Luxembourgeois en son sein. L’exploitation politique de cet engagement afin de glorifier la participation luxembourgeoise à l’effort de guerre, dans les années 1920, est ainsi remise en perspective. Mais une plongée dans la francophilie ou la germanophobie de l’époque est aussi proposée, avec leurs implications dans le parcours des légionnaires grand-ducaux.

D’ailleurs, combien exactement de Luxembourgeois se sont engagés dans la Légion ? Si les sources varient en gros de 600 à 8.000, les dernières recherches en dénombrent plutôt un millier environ. Difficile de retrouver toutes les traces, d’autant que certains ont opté pour la nationalité française à leur démobilisation. L’exposition commence son panorama au 19e siècle et va un peu plus loin que la Grande Guerre. Elle suit par exemple les destins de certains légionnaires qui ont entamé une carrière coloniale par la suite, tel Edmond Grethen, enterré au Mont-Valérien, lieu de mémoire militaire français. Elle évoque également le difficile retour au pays, avec l’aide des associations de soutien aux ex-combattants, lesquelles ont œuvré à la mise en place d’allocations spécifiques, que les gouvernements français ou luxembourgeois n’avaient pas prévues.

Bien évidemment, les médailles et les certificats, notamment de la « médaille des volontaires luxembourgeois de la Grande Guerre de 1914 à 1918 », abondent. Mais parmi la pléthore de documents exposés, on notera les très émouvantes photographies de Michel Schmit, qui capturait la vie quotidienne des légionnaires dans les tranchées. Ou bien l’élégante sculpture « Et la Marne se dressa ! », offerte par des associations francophiles du grand-duché au maréchal Foch, et dont le titre fait allusion à un vers de Paul Palgen. Des extraits radiophoniques ou des lectures de lettres sortent également de haut-parleurs en forme de pavillons de gramophone, afin de baigner visiteurs et visiteuses dans l’époque. La muséographie des documents audiovisuels, à ce propos, constitue le défaut de l’exposition : les projections vidéo abondent, accumulent les images assez rapidement et mêlent leurs sons dans ce qui devient bientôt un brouhaha ambiant plutôt nuisible à la concentration. Pour celles et ceux qui veulent se plonger dans l’exposition en silence, il existe un très beau livre catalogue.

« Légionnaires » reste cependant un parcours intéressant dans une époque troublée, étayé par de récentes recherches… et gratuit, qui plus est. Qui se passionne pour l’histoire du pays y trouvera sans nul doute de quoi apprendre et réfléchir.

Jusqu’au 28 novembre au musée 
Dräi Eechelen.

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