Fonds monétaire international : Toujours l’étoile de la mort

von | 12.09.2019

Le Fonds monétaire international (FMI) annonce une étude sur les investissements étrangers directs cachés – le Luxembourg ne fait pas bonne figure, et c’est peu dire.

« Selon les statistiques officielles, le Luxembourg, un pays de 600.000 habitants, héberge autant d’investissements directs étrangers que les États-Unis et bien plus que la Chine. Les 4 billions de dollars luxembourgeois reviennent à 6,6 millions par personne. Des investissements de cette taille ne reflètent sûrement pas tous les investissements concrets dans l’économie minuscule du Luxembourg » : voilà le premier paragraphe d’un article (annonçant une étude encore à paraître) intitulé « The Rise of Phantom Investments » paru sur le site du FMI. Les auteurs, dont deux – Jannick Daamgaard et Thomas Elkjaer – travaillent directement pour le FMI, le troisième étant professeur à l’université de Copenhague, ne sont pas tendres avec le grand-duché.

Ils suggèrent ouvertement que les « foreign direct investments » (FDI) attirés par le Luxembourg ne seraient que des coquilles vides, sans substance économique, et serviraient avant tout à réduire la facture fiscale des multinationales. Plus loin, ils révèlent que la moitié des FDI fantômes dans le monde, donc ceux sans substance, se trouvent au Luxembourg et aux Pays-Bas. Pour les chercheurs, une telle accumulation n’est pas possible sans une volonté politique délibérée d’attirer de tels investissements. Pire encore, ils estiment que les initiatives prises à l’international par l’OCDE (le BEPS et les échanges de renseignements en matière fiscale) seraient inefficaces, car elles ne s’attaquent pas aux problèmes de la compétition fiscale et des droits fiscaux.

Illustation : FMI

Le FMI, ce repaire de gauchistes

Sachant que le FMI est tout sauf un repaire de gauchistes, cette étude devrait donc être prise au sérieux par la politique luxembourgeoise – toujours soucieuse de s’éloigner du label « paradis fiscal ». Interrogé par le woxx, le ministère des Finances joue toutefois la carte de la distanciation. « Premièrement », répond-il, « l’article ne reflète pas forcément les vues des institutions auxquelles les auteurs sont affiliés », comme il est précisé en bas de l’article. Deuxième argument : l’étude en soi n’est pas encore publiée, « c’est pourquoi nous ne pouvons rien dire sur le fond ». Et finalement, le ministère relève une phrase sur la coopération internationale qui serait « la clé pour traiter la taxation dans l’environnement économique mondialisé d’aujourd’hui ». Très bien, seulement le ministère se réfère toujours au BEPS et autres programmes de l’OCDE pour démontrer sa bonne volonté, alors que cette étude doute sérieusement de leur efficacité. Mais le plus intéressant reste le silence face aux chiffres évoqués dans l’article, que le ministère ne semble pas mettre en doute.

Des chiffres qui pourraient servir de munitions à celles et ceux qui s’engagent pour en finir avec les inégalités fiscales mondiales. Dont le collectif Tax Justice Lëtzebuerg (CTJL), qui lui aussi a eu vent de cette publication et la commente en ces termes : « Cela confirme les préoccupations qui sont au centre du CTJL depuis sa création en 2016, notamment l’influence importante des acteurs financiers sur l’économie, la politique, la culture, les médias et l’appareil d’État, menaçant ainsi de miner l’intégrité de l’État de droit, et la dépendance excessive de notre économie du secteur financier ainsi que l’impact de la place financière sur la spéculation foncière, la compétitivité des petites et moyennes entreprises et la répartition inégale de la richesse. Nous appelons à un débat public libre qui pose des questions critiques sur l’utilité, la légitimité et le bien-fondé de l’exploitation abusive de tels modèles d’optimisation fiscale agressive au Luxembourg. Et non à de la langue de bois consistant à ne pas comparer des pommes aux poires ou à des lieux communs comme ‘tout le monde en profite’. »

Bref, si elle est bien utilisée, cette étude pourrait permettre de rouvrir le débat que le gouvernement veut faire taire à grands coups de nation branding.

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