Histoire : De la révolution belge au digital

Derrière l’adresse 175joerpost.lu
 se cache une exposition virtuelle commanditée par la poste luxembourgeoise et réalisée par le C2DH de l’Université du Luxembourg – une vraie machine à remonter le temps.

Photos : Post Luxembourg

Plus gros employeur du pays, la poste luxembourgeoise s’apprête à fêter son 175e anniversaire en ces temps de crise. Pour l’occasion, elle s’est offert une de ces très chics expositions virtuelles dont le C2DH détient le presque monopole au Luxembourg – et qui est aussi une de ses raisons d’exister. Les expositions virtuelles coûtent certainement moins sur le plan de l’exploitation, et d’éventuelles bourdes peuvent être réparées en quelques clics seulement. Ce qui était un peu laborieux avant la pandémie devient presque un geste quotidien dans le régime de semi-liberté surveillée et anxiogène qui est le nôtre pour cet été.

Si l’on ne s’attend pas à des révélations critiques sur la commanditaire, l’expo virtuelle vaut tout de même le coup – sur le clavier. Richement documentée, elle offre surtout une ligne de temps qui comporte quelques surprises pour un public non averti. Ainsi, l’on apprend que la poste luxembourgeoise est un enfant de la révolution… belge de 1830.

Suite à la proclamation d’indépendance du gouvernement provisoire belge du 4 octobre 1830, le Luxembourg devient possession à titre personnel de Guillaume Ier, roi des Pays-Bas. Notre pays connaît en conséquence trois régimes postaux : le belge avec son haut lieu Arlon, celui de la garnison prussienne dans la capitale et celui du reste du pays, desservi par les bureaux de poste militaire. La situation va changer après le traité de Londres de 1839 : le Luxembourg cède son territoire wallon à la Belgique et du coup n’est plus connecté à ce réseau. Un état de fait qui le force à fonder ses propres institutions. D’autant plus que l’industrialisation du 19e siècle va main dans la main avec les révolutions des techniques de communication. Les services postaux luxembourgeois sont officiellement établis et les employé-e-s reçoivent des uniformes. La distribution se faisait, comme encore aujourd’hui majoritairement à pied.

Les nouvelles technologies commencent à s’introduire dès 1855 avec le premier télégraphe électrique. Son usage était réservé aux autorités militaires prussiennes ; le gouvernement luxembourgeois ne bénéficiait que d’un accès limité. Mais le progrès avance vite, et le Luxembourg devient membre de l’Union télégraphique internationale en 1866 et cofonde l’Union postale universelle en 1874 à Vienne.

Avec les avancées techniques, les progrès sociaux avancent aussi – même s’il faudra attendre encore jusqu’à la fondation du premier syndicat. La distance parcourue pendant la tournée quotidienne des facteurs est limitée à 30 kilomètres en 1875, réduisant l’écart entre les charges de travail des facteurs citadins et ruraux. Les agents de bureaux qui font les gardes de nuit sont aussi armés à partir de 1898.

Autre curiosité qui apparaît dans la ligne de temps : en 1911 sont lancés les chèques et virements postaux, mais ce n’est qu’en 1912 que l’administration se dote de sa première calculatrice…

Mais le point noir le plus regrettable de cette exposition sinon intéressante est la période de l’occupation nazie, dont il n’est pas fait mention. Était-ce une condition de la commanditaire de l’exposition ? Cela reste une spéculation. En tout cas, tout aurait été mieux que d’occulter ces temps certainement difficiles – même une nouvelle querelle entre historien-ne-s.

Sinon, la documentation fournie est abondante et montre une poste à l’image du pays : parfois un peu provinciale, souvent à la pointe de la technique et finalement toujours ouverte, dès ses débuts, à l’initiative privée.

Sur 175joerpost.lu

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