Installations : L’urbain recomposé

Le Casino a mis son espace du rez-de-chaussée à la disposition du jeune artiste belge Arnaud Eubelen – qui en a profité pour le remplir intelligemment avec ses sculptures industrielles.

Photo : Andres Lejona

La réouverture des musées ne semble pas trop affecter le train-train du Casino en ce froid début d’après-midi. Quelques personnes qui s’attardent dans l’aquarium, des conversations étouffées par les masques : du moins pas de problèmes à respecter la distanciation physique. Des conditions idéales donc pour plonger dans la contemplation d’« Unified Glare Rating » d’Arnaud Eubelen. Un titre qui aurait d’ailleurs aussi pu séduire un groupe de musique industrielle et expérimentale des années 1980.

Car l’art du jeune artiste d’origine liégeoise (mais qui réside à Bruxelles), né en 1991, flaire bon l’atmosphère morose et anxiolytique de cette dernière décennie de la guerre froide. Inspiré par l’urbanisme, Eubelen dissèque des éléments des villes pour les recomposer à sa sauce. On y remarque avant tout un sens esthétique incarné par le noir et blanc, les couleurs étant rares et jamais mises en avant. Une certaine interaction aussi, qui lie les différents éléments de l’exposition : le seul élément mobile, « No Man’s Land », est une installation tournante avec des lampes industrielles, se reflétant dans le « Surrounding Reflection System » composé de miroirs et de tige filetée – éclaircissant ainsi la première pièce laissée volontairement dans le noir.

Sans cette disposition, les seuls éléments graphiques de l’exposition, une série de 13 photographies imprimées sur miroir, resteraient dans le noir. Répondant au titre « Perpetuated Illusions 2020 », les clichés semblent avoir été pris au hasard. On y trouve des instantanés volés dans des galeries commerciales, des extraits de panneaux publicitaires ou encore des détails de décorations de façades. Vissées aux murs, ces photographies nous regardent autant qu’elles rencontrent notre regard. Si l’effet miroir y est certainement pour quelque chose, c’est aussi leur caractère éphémère et hasardeux qui donne cette impression de vacillement et de déjà-vu.

Pourtant, Arnaud Eubelen n’est pas à l’abri de l’ironie et ne craint pas d’employer des éléments kitsch dans ses travaux, comme dans « Ivy Street Pattern », qui sépare les deux pièces de l’exposition. Le faux lierre en plastique fait irruption dans l’ensemble des éléments comme le plastique, le béton ou encore le verre. L’impression de galerie commerciale et d’arbitraire dans nos représentations de la nature, qui exhale aussi un certain romantisme suranné, s’interpose donc entre des installations plus brutes et faites avant tout pour impressionner. Mais un des aspects de la pratique artistique d’Eubelen se révèle ainsi au second coup d’œil : la narrativité de ses travaux.

Puisqu’il puise ses matériaux dans les rues des villes où nous vivons, la recomposition de ceux-ci ouvre aussi la voie à d’autres récits, recomposés aussi. On peut ainsi se prendre à rêvasser entre les sculptures et s’imaginer une journée, une après-midi peut-être seulement, dans une ville conçue par une âme d’artiste.

Ce qui est une belle pensée, qui vous hante encore quelques instants après la sortie du Casino, en avançant sous les horreurs architecturales de la « nouvelle » place Aldringen, ses bâtiments étouffants, ses temples de la consommation étincelants et ses hommes et femmes devenu-e-s minuscules par rapport à cette démesure.

Jusqu’au 21 février au Casino.

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