Peinture : Double niche

Alors que les un-e-s essaient de garder la tête hors de l’eau, d’autres partent pour de nouveaux horizons. En pleine pandémie, Hans Fellner, électron libre bien connu des milieux artistiques locaux, ouvre une nouvelle galerie, « Fellner Contemporary », avec des objectifs ambitieux.

Photos : Thora Kleinert

« Ne le dites à personne, mais la Nationalgalerie, c’est ici », ironise Fellner en présentant la cave relookée dans laquelle auparavant était installée la galerie Valerius. Mises à disposition par la galerie Nosbaum & Reding installée au-dessus, les deux salles voûtées, qui datent du Moyen Âge tardif et dont les arcs en grès jaune rappellent les fondements de la ville, accueilleront donc des artistes luxembourgeois-e-s. Et cela sur trois critères : « Être original et contemporain, être professionnel et pouvoir se réclamer d’une évolution artistique continue. » Exit alors les artistes du dimanche, pour qui l’art est un passe-temps et non une passion, tout comme celles et ceux « qui ne produisent qu’en vue d’une exposition », précise Fellner, avant d’ajouter qu’il n’y a aucun critère d’exclusion basé sur l’âge. « Louise Bourgeois, par exemple, a été honorée tout au long de sa carrière jusqu’à sa vieillesse, donc je ne veux pas exclure des gens à cause de leur année de naissance. De toute façon, les jeunes artistes ont d’autres possibilités de faire leurs premiers pas. Ce qui ne veut pas dire qu’il n’y aura jamais de jeunes exposé-e-s ici », explique-t-il.

L’idée derrière la galerie, qui se veut commerciale − dans le sens où elle est conçue comme le lien entre l’artiste et les collectionneurs-euses −, est classique en somme : donner un lieu à la production nationale pour être mise en valeur, hors des commerces et cafés ou des centres culturels. Pour Fellner, c’est aussi un choix de vie : sa boutique-galerie « Fellner Louvigny » va fermer en février et, pour lui, ouvrir cette galerie est une sorte de consécration : « Le projet n’est pas limité dans le temps, c’est ‘open end’. Quand j’étais jeune, je me suis rendu compte que je ne savais ni peindre ni dessiner, mais que j’aimais l’art. Je me suis donc consacré à mon rôle de passeur entre artistes et public », dit-il.

Et pour commencer, il a misé sur un duo féminin : Patricia Lippert et Pascale Behrens. La première, « un mastodonte de la scène qui a le même âge que moi », selon le galeriste, est en effet connue de la scène luxembourgeoise depuis des décennies et remplit bien tous les critères. Quant à Pascale Behrens, son approche plus abstraite, avec des coutures sur les toiles, compense bien le style très direct et physique de Lippert. Une exposition à quatre mains donc, intitulée « Cadavres exquis – Wir sind alle Wilde », basée sur des théories philosophiques et des textes écrits par les deux artistes qui se retrouvent aussi sur une partie des toiles.

La sauvagerie est en effet un thème brûlant d’actualité, pas seulement dans la politique française. Mais la pandémie est passée par là, et avec elle le confinement et la mise en question des fondements de notre civilisation. La Covid-19 apparaît en effet sur certaines des toiles, parfois accompagnée de remarques ironiques quant au sérieux et à la panique que le passage du virus a provoquée et provoque toujours.

Voilà donc une première exposition qui montre la création locale contemporaine… même si, sur un critère, elle restera plutôt une exception. Car Fellner a prévu de profiter de son espace pour le consacrer avant tout à des expositions monographiques, aussi pour donner assez la possibilité à chaque artiste de s’exprimer pleinement.

Bref, on peut s’attendre à de belles découvertes dans les mois et années à venir, dans ce nouveau format que – malgré son apparente évidence – personne n’avait encore tenté avant.

Jusqu’au 17 octobre à la galerie 
Fellner Contemporary.

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