Peinture et sculpture : Prélude aux frimas

La galerie Simoncini expose jusqu’à fin novembre les œuvres récentes de Stéphane Erouane Dumas. Celles-ci invitent à une plongée dans une nature inviolée et glacée, comme dans un Grand Nord rêvé.

Photos : woxx

En cette période de relatif redoux, le catalogue des pièces exposées a de quoi refroidir : entre « Hiver, forêt », « Wintertime », « Brouillard » ou « Frimas », on ne peut s’empêcher de ressentir un frisson parcourir l’échine. En effet, les huiles sur toile ou sur papier de Stéphane Erouane Dumas refusent de se parer de couleurs chaudes pour arborer, souvent, des bois de bouleaux qu’on imagine parfaitement se situer dans des régions glacées. Pas de figures humaines ni animales non plus, comme si la vie autre que végétale ne pouvait se glisser dans ces compositions très travaillées, quoique aérées. Avec une netteté quasi photographique, l’artiste capture l’essence du froid au moyen d’un réalisme teinté d’onirisme : si certains reflets semblent presque authentiques, certaines formes que prennent les bosquets sont pour le moins étranges. Il y a là une manière bien particulière de s’approprier la nature qui donne aux œuvres un surcroît d’intérêt.

Mais le froid ambiant ne règne pas en maître absolu sur la palette utilisée. On trouve tout de même ces « Lichens rouges », qui viennent trancher de leur couleur chaude les teintes dominantes. Ces organismes hybrides appartenant cependant au monde fongique, la vie animale ne s’en trouve pas plus présente dans ces étendues glacées. Les taches de lichens aux allures florales apportent en tout cas un contrepoint bienvenu, rompant avec la possible monotonie d’un paysage hivernal qui s’étendrait à la galerie tout entière.

Il est à noter également que les huiles ne constituent pas l’ensemble de l’exposition : pour la première fois, Stéphane Erouane Dumas montre en galerie des bronzes, une technique qu’il a commencé à pratiquer en 2019. Faisant écho aux « Falaises » accrochées aux murs, ces sculptures bénéficient d’une patine très claire qui leur confère une touche neigeuse, les intégrant de cette manière dans un corpus exposé cohérent – patine apparemment plutôt difficile à obtenir et à laquelle l’artiste tenait tout particulièrement. Bonne idée que de proposer ces pièces, qui, elles, apportent la troisième dimension à une exposition majoritairement constituée de peintures.

Sans effets grandiloquents, avec des motifs loin d’être foisonnants, l’artiste offre ainsi une exposition thématique bien en phase avec la saison et l’époque. On se prend à réfléchir à la place qu’occupe l’être humain dans la nature ou à la manière dont il façonne celle-ci – puisqu’il est ostensiblement absent des toiles –, voire au phénomène du réchauffement climatique. L’habileté du peintre et sculpteur, ici, est de ne pas surcharger les œuvres pour inviter au vagabondage de l’esprit sans imposer de vision particulière. D’inciter à une visite active, en quelque sorte… et tant mieux, parce qu’il vaut mieux bouger, avec ce froid capturé sur les huiles !

Jusqu’au 28 novembre à la galerie Simoncini.

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