Peinture
 : Glacé


« The Loneliness of the Long Distance Runner », exposition monographique consacrée au peintre Damien Deroubaix, montre un artiste soucieux du temps présent ayant développé son propre langage artistique.

1355expo001Chez Damien Deroubaix – qui est loin d’être un inconnu dans nos parages -, la création se fait souvent à l’aide d’un leitmotiv. Pendant longtemps, ce furent des références à des groupes de metal, voire de grindcore, dont il recopiait les idéogrammes dans ses peintures. Avec son exposition récente, il semble que le peintre ait trouvé un nouveau symbole à reproduire – bien plus brutal et sanglant que les phantasmes de rockeurs en adoration du mal -, à savoir le drapeau de Daech. Certes, un tout petit peu de metal subsiste – il s’agit en l’occurrence de l’acronyme du groupe « Death », fondateur du death metal -, mais il semble bien que Damien Deroubaix soit dans une période transitoire.

Le mouvement qu’il fait va vers plus de froideur et de mélancolie et moins d’allusions au pop art. Ses références à l’expressionnisme sont plus présentes que jamais et s’inscrivent dans notre époque, comme le démontre l’œuvre éponyme du titre de l’exposition, qui affiche une personne pendue au milieu d’une cité en ruines (qu’on dirait sortie d’un catalogue de De Chirico) avec en arrière-plan le drapeau noir des djihadistes qui flotte.

Le paradoxe est que, même si les thèmes et les arrangements des peintures de Damien Deroubaix interpellent à cause de leur actualité et de leur esthétique peaufinée, elles ne transmettent aucune émotion. Elles sont froides comme l’étaient celles du surréaliste belge Paul Delvaux, malheureusement écrasé par le succès de Magritte, et qui fut lui aussi un grand amateur de macabre. La référence à Delvaux est d’autant plus forte qu’un de ses motifs obsessionnels – le squelette humain – commence à apparaître aussi sur les toiles de Deroubaix. La tête de mort est ainsi devenue partie intégrante d’un bon nombre de tableaux, comme « Solitude », une sorte de memento mori contemporain, où elle trône au milieu d’un décor dalinien.

1355expo002Ce mélange de références à l’art moderne, utilisées pour construire un discours propre au 21e siècle, fait des œuvres de Damien Deroubaix moins des tableaux que des sanctuaires. Car il y a une dimension spirituelle dans son art, même si elle reste intouchable, voire insondable. Les arrangements suggèrent tous des significations plus profondes, l’artiste ne travaillant absolument pas avec le momentané, la fureur du moment. La dimension temporelle même semble étrangement absente, comme si les tableaux étaient faits pour l’éternité.

Pourtant, là où dans les tableaux de la Renaissance ou plus tard le spirituel et le sacré venaient au spectateur comme une révélation de l’amour divin, chez Deroubaix on ne trouve que terreur, désolation et peur du vide. Ce qui renvoie aussi à cette impression de froideur surréaliste.

En ce sens, le métadiscours de Deroubaix emprunte aussi bien à l’iconographie classique qu’il utilise les codes établis par les dadaïstes et autres révolutionnaires du 20e siècle, pour en faire quelque chose de nouveau. Et c’est là son grand mérite : de chercher au-delà de la pure forme et du pur contenu et de sublimer ses idées par des tableaux à l’imagerie certes grotesque, mais inoubliable.

En conclusion, une visite à la galerie Nosbaum & Reding s’impose. Et si jamais vous la ratez, l’artiste sera aussi présent dans les galeries du Mudam à partir du 19 février prochain.

Jusqu’au 5 mars à la galerie Nosbaum & Reding.

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