Peinture
 : Nostalgie transparente


L’exposition monographique consacrée par le MNHA à H. Craig Hanna démontre qu’il est tout à fait possible de concilier goûts bourgeois et recherche artistique.

1362expoSi le MNHA parle d’un coup de cœur pour l’artiste H. Craig Hanna, au point qu’il a acheté un de ses tableaux les plus monumentaux – « Arrangement of Dancers » – en plus de lui consacrer une exposition, c’est que le peintre américain a tout pour satisfaire les goûts d’une certaine bourgeoisie nostalgique des peintures grand format, pleines de couleurs, sans conceptualité intellectuelle, sans dialectique (apparente) et faciles à saisir. Surtout, comme on l’a déjà dit : en grand, très grand.

Il est vrai que H. Craig Hanna ne fait pas dans la dentelle du point de vue de la taille de ses œuvres, mais le taxer simplement de mégalomane serait injuste. Car, au lieu de raviver les feux de la nostalgie pour un art triomphal, qui n’est pas au milieu d’une crise identitaire et qui ne recrache pas que des fragments que le consommateur d’art doit recoller, son approche de l’art pose des questions très pertinentes et fondamentales.

Ainsi, s’il revisite des périodes glorieuses de la peinture figurative – H. Craig Hanna semble avoir un faible pour le portraitiste Rembrandt, mais il sanctionne aussi d’autres périodes de l’histoire de l’art, même l’impressionnisme dans un des ses tableaux représentant la nature -, ce n’est pas uniquement dans le but de leur rendre hommage. C’est aussi pour remettre en question leur pertinence. La transposition de cette esthétique dans l’art contemporain nécessite par ailleurs une adaptation des motifs. Ainsi, au lieu de faire des portraits de marquises, baronnes ou grandes bourgeoises, Hanna représente des gens « normaux » – dans des poses étudiées et largement inspirées des classiques. Par ce biais, il achève une double pose : celle, technique, du sujet pour l’artiste, et celle, historisante, de sa représentation à l’ancienne. Il se joue aussi un peu de la nostalgie qui submerge le spectateur en lui montrant des choses deux fois impossibles.

Cette coquetterie est encore accentuée par les techniques appliquées par le peintre. Même s’il pratique bien sûr la peinture à l’huile, il s’est tout de même spécialisé dans le « perplex », une surface aussi lisse que transparente sur laquelle il fait courir sa main de maître. L’absence de vernis, de croûtes de peinture – bref de l’apparence de la main-d’œuvre – donne à ses tableaux une sorte de froideur postmoderne. L’autoportrait exposé au MNHA, étalé sur plusieurs couches de perplex superposées, donne une idée des possibilités offertes par cette technique.

Néanmoins, une telle peinture ne se vend pas sans une machinerie de propagande bien huilée. Et, heureusement pour lui, Hanna en dispose. Sa rencontre en 2006 avec la galeriste Laurence Esnol aura été déterminante pour le reste de sa carrière. Depuis, les pièces de la galerie de celle-ci sont entièrement consacrées aux peintures de Hanna, mais elle a aussi la représentation mondiale exclusive de son art.

Avec une galerie qui n’expose que ses œuvres, en plus sise rue Bonaparte dans le « cosy » sixième arrondissement parisien, pas étonnant que H. Craig Hanna ait trouvé son chemin jusqu’au Luxembourg. Pour le meilleur et pour le pire.

Jusqu’au 26 juin, au MNHA.

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