Peinture
 : Particules figuratives

C’est à l’artiste polonaise Hanna Sidorowicz qu’est consacrée la nouvelle exposition de la galerie Simoncini. Une peinture qui accroche la mémoire par fragments, petit à petit, et qui trouve un écrin idéal dans ce lieu qui ambitionne de convier toutes les muses à une joyeuse assemblée.

1369_expoSur le papier marouflé à la toile blanche immaculée, de fines lignes noires ou de couleur qui s’entremêlent, s’agglutinent ou se repoussent, telles des particules élémentaires dont le ballet aurait été capté par un scientifique aguerri. Mais les voilà qui semblent dévier de leur imprédictibilité quantique : elles s’ancrent dans le support et, si l’on prend la peine de reculer, on découvre peu à peu que leur chaos n’est pas si aléatoire. Elles s’étirent, rebondissent et se combinent pour former un sujet familier.

La peinture d’Hanna Sidorowicz est ainsi : de l’immatérialité de trajectoires qu’on pourrait croire hasardeuses de près, elle propose, une fois le spectateur à bonne distance, des sujets que beaucoup pourront reconnaître, dans un style qui rappelle les dessins italiens de la Renaissance. Il ne faut donc pas hésiter à s’approcher et s’éloigner successivement pour se rendre compte de l’habileté technique de la peintre polonaise et se pénétrer du message de ses œuvres. Cette immatérialité primaire dont sont faits les traits qui finissent par composer des figures, c’est celle de la vie. Une vie par essence fragile et éphémère dans l’univers, mais qui à l’échelle humaine revêt une véritable profondeur. Sa diversité, elle, est figurée par la technique mixte utilisée pour produire les éléments originels sur le support papier.

L’exposition que propose la galerie Simoncini montre sur ses deux étages une belle palette de toiles. La « Ménine rouge », par exemple, est emblématique de la peinture d’Hanna Sidorowicz. Réalisée selon le principe énoncé plus haut, elle puise comme souvent chez son auteure ses racines dans l’imaginaire collectif : Vélasquez évidemment, dont les « Ménines » ne sont plus à présenter, mais aussi les danseuses de Degas, avec qui elle partage une silhouette. Au fil des murs, on contemplera également un « Christ » et un « Hamlet », tous deux en grand format, ainsi que de petites esquisses annotées qui permettent d’entrer un peu dans la peau de l’artiste pendant le processus de création.

L’adéquation entre le lieu et les objets exposés est à son pinacle avec la toile affichée dans l’escalier. Dans une sorte de trompe-l’œil, celle-ci semble de prime abord nous offrir une vue de la place Saint-Marc de Venise. Il faut alors se rapprocher, continuer cette oscillation nécessaire entre le près et le loin déjà évoquée, pour comprendre qu’on se trouve en fait dans une bibliothèque. Les motifs architecturaux deviennent des rayonnages et les passants, des lecteurs. Pour s’en rendre compte, on se sera penché au-dessus des vitrines qui contiennent les nombreux livres d’art édités par la galerie depuis ses débuts.

Une intéressante mise en abîme entre contenant et contenu, entre peinture et littérature, qui fait la joie d’André Simoncini : « J’ai créé cette galerie pour faire communiquer les différentes formes d’art entre elles. Je suis évidemment très heureux de pouvoir afficher un tel parallèle dans une exposition. Et j’ai bon espoir, dans un avenir peut-être plus lointain, certes, de publier Hanna Sidorowicz dans un autre livre d’artiste. » Car le galeriste ne ménage pas ses efforts pour entremêler les arts, en témoigne la récente hospitalité offerte à l’un des événements du Printemps des poètes 2016. C’est à ce titre qu’une visite s’impose à l’amateur. Il y trouvera non seulement les œuvres d’une peintre de talent, mais aussi de nombreux éléments de réflexion sur les passerelles entre littérature et peinture, tant dans les toiles elles-mêmes que dans leur rapport au lieu dans lequel elles sont exposées.

Jusqu’au 28 mai à la galerie Simoncini.

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