Peinture
 : Retour au classique

Les œuvres du peintre allemand Markus Fräger, chanteur rockabilly dans une autre vie, surprennent par leur noirceur et leur amour du détail.

1376expoComme si elle était un tableau qui vous regarde. La toile baptisée énigmatiquement « Im Bunker », l’une des premières qu’on peut voir dès l’entrée dans la galerie Clairefontaine, prend le point de vue du tableau qui regarde ses spectateurs. Cela pourrait même être un vernissage, car un des personnages tient dans sa main un verre de vin rouge. On voit aussi un arrangement hétéroclite d’autres œuvres d’art contemporain à l’arrière de la salle.

Mais ce qui frappe surtout, c’est le ton mélancolique des couleurs et le jeu avec la lumière. Toute la scène – en fait toutes les scènes représentées sur les toiles de Markus Fräger – est plongée dans un clair-obscur. De plus, il semble que les personnages ne soient pas illuminés de la même façon. Tandis que le jeune garçon blond qui se tient le plus proche du tableau est illuminé par la droite, la femme qui se tient derrière lui reste dans l’ombre et l’homme au verre de vin se prend la lumière par le haut.

Cela donne une certaine touche surréaliste qui irrite – puisqu’elle contraste avec le réalisme affiché des tableaux. Mais Markus Fräger aime induire ses spectateurs en erreur. Comme dans « Die Befreiung », un autre tableau qui montre l’intérieur d’un musée ou d’une galerie d’art : on y voit au premier plan une jeune femme avec les traits du visage serrés. On ne sait pas si sa « libération » la rend heureuse ou triste, s’il y a un rapport à faire avec le couple qui s’enlace derrière elle ou si c’est la vue du tableau devant elle qui provoque ses émotions. C’est au spectateur de se « faire une image », au premier sens du terme.

Car là réside un des intérêts de la peinture de Markus Fräger : alors que la forme en soi est tout à fait classique – les cadrages sont de facture traditionnelle et l’utilisation des couleurs et la technique employée sont du bon artisanat et ne représentent rien d’expérimental -, la disposition des personnages et leur entourage donnent une multiplicité de possibilités d’interprétation. Mieux encore : par la mélancolie que ses toiles exhalent, Fräger nous invite, nous force même, à nous interroger sur le contenu de ses représentations.

1376expo_telexxUne façon donc de faire et de dire beaucoup sans obligatoirement avoir recours à des techniques spectaculaires, qui représente un bienfait dans un monde de l’art où la vacuité des concepts est souvent cachée par un surplus d’effets faramineux.

C’est peut-être dû à la biographie un peu extraordinaire de Markus Fräger. Né en 1959 à Hamm en Allemagne, il fait des études d’art à Braunschweig tout en chantant dans des groupes de rock. En 1980, il fonde « The Ace Cats » avec son frère. Le groupe de rockabilly connaît un certain succès. Ce qui est intéressant, c’est que ce groupe n’était pas, comme on pourrait s’imaginer, une formation underground, expérimentale ou punk. Non, c’était de la musique on ne peut plus commerciale, et les « Ace Cats » ont fait plus d’une apparition dans les hit-parades télévisés allemands – sortes de thés dansants médiatisés et plutôt conservateurs par rapport au monde de la musique vibrant des années 1980.

L’un expliquant peut-être l’autre, les œuvres de Markus Fräger peuvent aussi être vues comme conservatrices. Mais cela n’enlève rien à leur intérêt, puisqu’elles arrivent très bien à exercer un certain charme et un engouement auprès du visiteur.

À la galerie Clairefontaine, 
jusqu’au 23 juillet.

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