Photographie : Déracinements

Le Cercle Cité présente depuis peu l’exposition « mateneen » : des histoires de réfugiés au Luxembourg, de leur intégration au passé laissé derrière eux.

Photo : Nuno Lucas Da Costa

« mateneen » réunit quelque 70 photos de trois photographes du cru, Sébastien Cuvelier, Ann Sophie Lindström et Patrick Galbats. Dans un cadre plutôt gai par rapport au thème, le visiteur et la visiteuse ne verront pas de portraits misérabilistes en noir et blanc stimulant la catharsis la plus primaire. Ils et elles verront plutôt des photos en couleur empreintes d’humanisme, leur proposant avant tout un long moment de réflexion. Ces images nous font comprendre que nous sommes face à des personnes tout à fait semblables à nous. Elles ont juste eu le malheur d’être au mauvais endroit et au mauvais moment pour différentes raisons, qu’elles soient politiques, religieuses ou encore économiques.

Autour du même thème, les trois photographes font tout de même valoir leur approche personnelle. Sébastien Cuvelier opte pour le portrait physique et biographique de cinq personnes aux origines multiples (Cameroun, Irak, Iran, Palestine). Sa consœur Ann Sophie Lindström choisit de photographier le regard de ces expatriés dans leur nouvel habitat luxembourgeois. Finalement, Patrick Galbats présente un travail en pleine immersion dans les structures d’accueil pour réfugiés du pays.

Véritable dialogue sans mots, l’expo suscitera une réaction mitigée, entre félicitations pour ces gens qui sont parvenus à fuir ce qu’ils voulaient fuir et compassion pour le déracinement vécu en arrivant dans un pays différent du leur. Le vide causé par l’abandon de leurs racines est visible dans le regard de la quasi-totalité des personnes photographiées. Un des plus grands mérites des trois photographes est d’avoir su capter cet état d’esprit.

L’expo fera sortir le visiteur et la visiteuse de leur petite zone de confort grand-ducal et les fera prendre acte de ce qui se passe dans d’autres contrées pas si lointaines. La tragique noyade du petit Aylan, survenue il y a trois ans, semble faire partie d’un passé distant quasi inexistant. Et que dire de l’actuelle situation dans le camp pour réfugiés de Lesbos ? Une situation calamiteuse tout simplement provoquée par manque de volonté politique des dirigeants européens. Bien sûr, il convient de ne pas mettre tout le monde dans le même panier. Mais les accords de Dublin semblent être une insupportable excuse pour ne pas reconnaître que lorsqu’un réfugié arrive en Italie ou en Grèce, il ne s’agit pas de la frontière de ces deux pays qu’il atteint ou franchit, mais celle de tout l’espace de l’UE. Les prémisses de la déclaration Schuman de 1950, faisant référence à la solidarité entre les États européens, semblent ainsi oubliées. Soixante-dix ans après, cette solidarité ainsi que les plus simples règles d’hospitalité de l’Antiquité ont été remises aux calendes grecques.

Dans un contexte plus apaisé, au Luxembourg, les réfugiés n’ont pas la tâche facile. Même si tous ceux qui nous sont présentés dans l’expo se sont vu octroyer le statut de bénéficiaires de protection internationale (à l’exception d’un jeune Camerounais qui attend toujours une réponse), ils devront redoubler d’efforts par rapport au reste de la population pour se faire une place dans la société. Que ce soit pour l’éducation des plus jeunes ou pour l’accès au marché du travail pour les adultes, sans oublier le grand nombre de langues exigées dans les écoles et entreprises luxembourgeoises. Au pays d’accueil d’adapter les conditions élémentaires d’accueil. Lorsque la cohésion sociale et le vivre ensemble fonctionnent, tout le monde y gagne à la fin. L’union fait la force, et cette exposition nous en fait prendre conscience.

Jusqu’au 25 octobre au Ratskeller du 
Cercle Cité.

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