Photographie : La lune est une crêpe

L’exposition « Tsukimi/Moon Show » montre des approches très différentes de la photographie et de son usage, qui peut affecter notre vision du monde.

Si on ne le sait pas, l’illusion est totalement parfaite : les « Alternative Moons » fabriquées par les artistes Robert Pufleb et Nadine Schlieper n’ont pas été capturées par télescope, mais photographiées dans leur atelier et puis probablement mangées. Car les surfaces rocheuses qui apparaissent sur les photos ne sont pas des exoplanètes de l’autre bout de la galaxie, mais des crêpes. Étalées sur une forme ronde et photographiées d’en haut, elles ressemblent à s’y méprendre à des planètes hostiles et froides, alors qu’en réalité elles sont plutôt chaudes et appétissantes.

Ce petit exercice aussi artistique qu’humoristique prend encore une dimension plus politique en considérant le titre « Alternative Moons », lequel fait allusion aux « alternative facts », un terme forgé par la fulgurante conseillère de Donald Trump Kellyanne Conway, dans une interview où elle était mise à mal pour des sornettes que son patron prétendait être vraies. Bref, c’était une période où les mensonges du président américain avaient encore quelque chose de drôle.

Moins comiques, mais tout aussi bluffantes – dans tous les sens du terme – sont les œuvres de Hiroyuki Masuyama. L’artiste japonais, qui n’est pas l’invité de la galerie Clairefontaine pour la première fois, s’adonne à des vrais travaux de titan. Son obsession est de recréer des grands classiques de la peinture par la photographie. Pour cette exposition, son choix s’est porté sur des tableaux du lumineux William Turner et de Caspar David Friedrich, le maître romantique allemand. Son procédé est de retrouver les endroits que les peintres avaient mis sur leurs toiles à l’époque, puis de se remettre dans leur perspective.

Pour ce faire, Masuyama procède à la prise de dizaines, sinon de centaines, de clichés de ces endroits, sous toutes les coutures et de tous les angles. Ensuite, il assemble les couches photographiques digitales dans son ordinateur pour fabriquer un duplicata parfait du tableau original – en ne respectant pas uniquement les couleurs originales, mais aussi les tailles des tableaux. Il va même dans le détail et n’hésite pas à retourner des branches d’arbres pour s’approcher des vieux maîtres. Seule exception : les êtres humains présents dans certaines compositions. Ces derniers sont tous d’origine asiatique.

L’artiste augmente encore l’effet de ses peintures photographiques en les présentant dans des « light boxes », donc illuminées par-derrière – des caissons qu’il fabrique d’ailleurs lui-même. Ce qui leur donne aussi une touche artificielle, comme si Masuyama voulait finalement démarquer ses tableaux des originaux en les électrifiant et les faisant ressembler aussi à des enseignes lumineuses. Cela dit, l’effet produit par la charge de travail derrière ces photographies vaut à lui seul le détour.

La « Tsukimi/Moon Show » se concentre donc sur la manipulation de l’image, un thème pertinent à une époque où la vérité des choses qui nous entourent se floute chaque jour un peu plus vite. Une bonne initiative donc, qui se passe aussi dans le cadre des « Photomeetings » organisés par la galerie Clairefontaine pour la quinzième fois.

À la galerie Clairefontaine, 
jusqu’au 26 octobre.

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