Rétrospective : Le Tour de Madame Koether

Depuis quarante ans, l’artiste allemande Jutta Koether mêle dans ses créations écriture, musique et performance au cœur d’un univers qui a su se tailler une place de choix dans l’art contemporain. Accueillie au Mudam, elle démontre son importance dans l’exposition « Tour de Madame ».

« Tour de Madame » est la première rétrospective d’envergure consacrée au travail de Jutta Koether. Cette reconnaissance tardive, pour une artiste découverte à la fin des années 1970, met en lumière son approche si particulière de la création. L’exposition du Mudam, organisée en trois parties, permet d’évoluer aux côtés d’une créatrice protéiforme.

Dans la galerie ouest, 45 tableaux peints pendant plus de 20 ans montrent l’évolution de Jutta Koether, mais aussi ses points de rupture. Entre ses débuts sur de petits formats à Cologne et ses derniers tableaux sur de grandes toiles peints à New York, le public peut comprendre le travail de maturation de l’artiste. Elle se libère ainsi au fil du temps des citations d’autres artistes de ses débuts pour s’affirmer. On pense à Edvard Munch, à Jackson Pollock, mais aussi au rouge du sang menstruel.

Dans des rouges et des roses profonds, elle scrute les corps, et avec eux les âmes, de modèles incertains. Accrochés dans un style « Salon », ces tableaux évoquent les cabinets d’amateurs, les corps nus des femmes peints par des artistes mâles. Sauf qu’elle les montre avec son regard de femme qui n’esthétise pas. Elle suggère, crayonne dans l’urgence pour mieux montrer.

Au centre de l’espace, « The Inside Job », daté de 1992, est son premier format américain – une explosion de couleurs et de mots. Car Koether aime l’écriture et annote, écrit des paroles de chansons venues aussi bien du jazz que du punk ou de la musique électronique. L’idée d’organiser l’espace autour de cette œuvre montre l’importance de son arrivée aux États-Unis.

Pour répondre à cette rétrospective, Jutta Koether s’est aussi mise au travail et a créé 15 nouvelles œuvres spécifiquement pour la galerie est du Mudam. Une passionnante autoanalyse de l’artiste sur son évolution. Dans ces créations, elle décortique sa pratique et questionne son cheminement intérieur. Autoportrait d’une carrière artistique, ce travail de commande est aussi un condensé de l’époque, de près de 40 ans de révolutions intérieures et de basculements extérieurs.

Le pavillon est quant à lui réservé à un espace de vidéoprojections, dans lesquelles la culture populaire se mêle à la vie même de Koether. Les « Grilles contusionnées » (« Bruised Grids ») complètent l’installation. Leurs imperfections, détails et vides interrogent alors sur le poids de la création face au néant.

L’exposition, extrêmement complète, propose enfin une vidéo de la performance « Touch and Resist », réalisée avec Amy Granat. Pour les amatrices et amateurs d’art contemporain en quête de figure montante, ce « Tour de Madame » de Jutta Koether est un rendez-vous essentiel tant l’artiste aura rarement eu droit à un tel coup de projecteur. Surtout que l’exposition profite d’une muséographie extrêmement complète pour un univers en cours de fabrication.

Au Mudam, jusqu’au 12 mai.

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