Sculpture
 : Mystérieux modèles réduits


Nicolae Fleissig réalise le plus souvent des sculptures monumentales. Ce qui ne veut pas dire que les œuvres – minuscules en comparaison – exposées en ce moment à la galerie Simoncini sont d’un moindre intérêt.

« Boîte à surprises », en marbre. (Photos : woxx)

Né en Roumanie en 1948, Nicolae Fleissig est installé en France depuis 1982. C’est un familier de la galerie Simoncini, puisqu’il y a déjà proposé une douzaine d’expositions individuelles. Le sculpteur a une préférence marquée pour les matériaux durs, et on retrouve donc logiquement dans ce nouvel ensemble des pièces taillées dans le granit, le marbre, le grès ou l’andésite (une roche volcanique). Brossages, polissages, sciages ou abrasions se combinent pour créer des sculptures à l’aspect polymorphe où règne l’illusion de matériaux multiples, tant les surfaces sont différentes. On y retrouve également un langage artistique très reconnaissable : Fleissig taille dans ses œuvres des sortes de damiers en relief, dont il enlève ensuite certains carrés, laissant des trous qui forment autant de crevasses. Une espèce de mosaïque donc, mais monochrome ou quelquefois bicolore.

C’est bien de langage qu’il s’agit, d’ailleurs, puisque les quelques dessins affichés aux murs de la galerie et qui reprennent ces motifs portent le titre peu ambigu de « Lettres ». Une écriture inventée, faite de carrés en creux ; une écriture étrange et pourtant si familière, qui évoque par exemple les incisions cunéiformes des tablettes d’argile sumériennes.

Bien qu’il soit impossible pour le visiteur de la déchiffrer, l’artiste ne veut cependant pas brouiller totalement les pistes. Alors, pour ces travaux d’aspect résolument abstrait, il consent à donner des clés de lecture au moyen de titres parfaitement évocateurs. Ainsi, on peut contempler tour à tour la « Naissance d’une tortue », une « Petite maison », une « Empreinte », un « Dialogue » ou un « Granit habité ».

« Granit habité », en granit.

Ce dernier, par exemple, une fois le titre assimilé par l’imagination, transforme l’élément récurrent du damier en une multitude de petits êtres qui prennent vie au sein d’un monde incurvé de granit poli et lisse. La « Boîte à surprises », elle, mêle la pureté du marbre blanc et d’une taille tout en courbes au fameux damier, dont les creux ont été colorés en noir. Elle crée ainsi un effet d’attente : que pourrait-il bien surgir de cette noirceur qui tranche sur la luminosité de la pierre ? Une autre œuvre utilise le même effet avec une couleur ocre pour les creux, comme pour exacerber encore la sensation de vide parmi le relief.

La combinaison de l’élément récurrent et des titres évocateurs équilibre donc les sculptures de Fleissig, qui deviennent autant de petits demi-mystères suffisamment obscurs pour ne pas perdre leur intérêt, mais suffisamment clairs pour ne pas perdre le spectateur. Un tour par la rue Notre-Dame est par conséquent fort indiqué pour les amateurs de sculpture abstraite.

Jusqu’au 1er juillet.

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