Sculptures : Les suspensions de Leonor Antunes

Le Mudam présente depuis le mois dernier « Vides, intervalles et jonctions » de Leonor Antunes. Plus qu’une exposition, il s’agit d’un dialogue avec l’espace architectonique du musée du Kirchberg.

Photo : Nuno Lucas da Costa

L’expo de Leonor Antunes (Lisbonne, 1972) s’insère dans le nouveau programme du Mudam, qui invite artistes de tous bords à créer des œuvres pour le pavillon Henri J. and Erna D. Leir. Une des curatrices n’est autre que la directrice Suzanne Cotter. Pour contempler la complexité des sculptures de Leonor Antunes, il faudra d’abord traverser les immenses halls du Mudam au rez-de-chaussée et longer le « jardin des sculptures », pour finalement accéder à l’espace octogonal créé par l’architecte chinois Ieoh Ming Pei (1917-2019). Dès la passerelle vitrée d’accès, le visiteur et la visiteuse vivront une expérience spatiotemporelle d’un genre tout particulier. À partir d’une structure en acier suspendue se déploient une multitude de cordes offrant un vrai spectacle de la verticalité : de véritables suspensions synchronisées, qui proposent en même temps un véritable lyrisme du silence. Nous sommes comme confrontés à une suspension de la temporalité. Le tout conçu et construit pour la salle octogonale du Mudam, paisiblement éclairée à la lumière naturelle. Il est très aisé d’imaginer que le montage de toute cette chorégraphie visuelle ne s’est pas fait du jour au lendemain.

Il faut souligner que le travail de Leonor Antunes ne contient pas d’éléments autobiographiques et inclut plutôt des éléments représentatifs de la pratique d’autres artistes. À titre d’exemple, le sol de l’espace d’exposition est orné de motifs empruntés à une série de peintures de l’artiste brésilienne Lygia Clark (1920-1988), de même que le titre de l’expo est un clin d’œil au vocabulaire utilisé par l’architecte italienne Lina Bo Bardi (1914-1992). Cette dernière a conçu les emblématiques édifices du Musée d’art de São Paulo et de la Casa de vidro (Maison du verre) dans cette même ville. Antunes y a d’ailleurs exposé récemment. D’une nature artistique altruiste, ses travaux incluent encore des recherches autour de personnes peu connues du monde de l’architecture et du design moderniste comme Eileen Gray (1878-1976), Carlo Scarpa (1906-1978) ou encore Clara Porset (1895-1981). L’artiste travestit ainsi les formes et caractéristiques du travail de ces créateurs et créatrices selon son propre mode opératoire, en matériaux et textures tels que la corde, le liège, le bois, le cuir ou encore l’acier.

Même si le visiteur et la visiteuse resteront un peu sur leur faim en raison de l’espace réduit, il leur sera impossible d’être indifférents à ce mélange d’ingéniosité et de créativité dans un espace unique, sans doute le plus noble du musée. Et l’on comprend le génie de Leonor Antunes, qui sait adapter ses créations aux espaces qui lui sont proposés. On comprend également pourquoi l’artiste a, tout au long de sa carrière, exposé à la Whitechapel Gallery à Londres, au San Francisco Museum of Modern Art ou encore au New Museum à New York. Pour clore ce parcours honorable, Antunes a représenté le Portugal à la Biennale de Venise l’an dernier. Elle a causé quelques émois en déclarant qu’elle ne l’aurait jamais fait si le gouvernement portugais avait été de droite. De nature plutôt discrète, celle qui vit à Berlin depuis 2004 affirme également se sentir plus citoyenne du monde que citoyenne portugaise. Des déclarations toujours plaisantes à entendre, à un moment où certains nationalismes tendent à se raviver, et qui font jubiler l’universalisme de l’art tout court.

Au Mudam, jusqu’au 5 avril 2021.

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