Technique mixte : En altitude


Avec « L’envol », Sandrine Ronvaux propose au Konschthaus beim Engel une succession entêtante d’œuvres aux motifs obsessionnels, avec la ville de Luxembourg en toile de fond. D’abord décevante, l’exposition livre sa profondeur au fil des salles jusqu’à finalement séduire.

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« Sans titre », dessin au stylo graphique et collage, 2013.

Sandrine Ronvaux est loin d’être une inconnue au Luxembourg : depuis la fin de ses études artistiques, à New York puis à Madrid, elle a déjà montré son travail dans plusieurs expositions grand-ducales, collectives comme individuelles. Un travail sérieux et appliqué qui fait d’elle, certainement, une des jeunes artistes grand-ducales les plus prometteuses, d’ailleurs déjà au catalogue de la collection du ministère de la Culture. Elle a également illustré deux livres de sa sœur, l’écrivaine Nathalie Ronvaux. C’est donc avec un intérêt certain que les amateurs d’art contemporain l’ont vue investir l’ensemble de la belle galerie Beim Engel pour une exposition individuelle.

Pourtant, il faut bien avouer que la première impression n’incite pas à l’enthousiasme. Une grande partie de l’exposition est composée de toiles sans titre au format A3 : à l’arrière-plan, des vues de la ville de Luxembourg ; par-dessus, des collages noirs figurant des personnages dans des postures tirées d’une chorégraphie, ainsi que des corneilles dans diverses positions. Il y a certes une variété des mouvements et le fond est tantôt esquissé, tantôt repris en détail, mais l’ensemble peine à dégager une quelconque impression de diversité.

Le titre de l’exposition semble une mise en parallèle entre les envols – celui de l’esprit des « danseuses » et celui des oiseaux. Les vues d’arrière-plan de la capitale suggèrent probablement que ces envols pourraient effacer les traditions poussiéreuses représentées par des monuments grand-ducaux d’âge vénérable, ou un mauvais présage que les oiseaux noirs annoncent. La symbolique y est, mais se noie quelque peu dans la répétition. Cette chorégraphie mystérieuse bénéficierait certainement de panonceaux explicatifs : si l’on peut lire dans la présentation que l’exposition est un « conte narratif sur la rupture, le deuil, la reconstruction de soi », on n’en saura pas plus pendant la visite, même si Sandrine Ronvaux a livré des pistes dans la presse récemment.

Faut-il pour autant renoncer à se déplacer rue de la Loge ? Non, car les œuvres évoquées plus haut sont heureusement complétées par des toiles qui apportent un surcroît d’intérêt. Il y a d’abord une innovation majeure pour certains des travaux sans titre : l’apparition de la couleur, sous la forme de l’aquarelle, qui remplace les collages. Mais surtout, il y a les toiles de plus grandes dimensions. Certes en petit nombre (cinq tout juste), celles-ci, tout en gardant la trame des œuvres sans titre – fond de Luxembourg-ville, « danseuses » et corneilles -, parviennent à la transcender pour devenir de véritables tableaux dotés de différentes clés de lecture, reléguant en quelque sorte les travaux du début au statut d’esquisses, d’études.

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« Backlash », technique mixte sur toile, 2013.

En témoignent notamment « Backlash », où un filet semble retenir prisonnière une jeune femme qui serre les poings alors que l’oiseau crie devant la tour de la Spuerkeess, ainsi qu’« Otherworldly », dans la même veine, mais où l’atmosphère est rendue plus douce par le collage en surface de napperons de dentelle blanche. Les deux semblent s’opposer, oppression contre harmonie, et participent à la création de pistes d’interprétation pour la grande toile éponyme de l’exposition, « L’envol ».

C’est donc avec ces œuvres plus construites, plus abouties que Sandrine Ronvaux convainc enfin, offrant au visiteur un regard d’artiste créatif, original et qui se déploie en profondeur. À la réflexion, alors, son cheminement vers la complexité ne manque finalement pas d’intérêt, même s’il aurait pu être écourté de quelques toiles et bien mieux mis en contexte.

Au Konschthaus beim Engel, 
jusqu’au 24 janvier.

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