ANCIEN ZOO: Escape from the Zoo

von | 23.02.2007

Avec l’annonce du rachat par l’Etat de l’ancien zoo de Senningen, un chapitre de l’histoire luxembourgeoise se termine. Mais en mĂŞme temps, on ferme aussi les portes sur ce qui pourrait devenir un nouveau centre culturel.

Culture Inside: A l’extĂ©rieur la dĂ©suĂ©tude, Ă  l’intĂ©rieur l’Ă©nergie (Photos: woxx/Retrace My Fragments)

Il est difficile d’imaginer comment les 125.000 personnes qui ont visitĂ© le zoo durant sa première annĂ©e d’existence en 1968 ont pu trouver leur destination. En 2007, aucun panneau n’indique le chemin vers ce qui reste du seul zoo du Luxembourg. Et ceux qui le trouvent auraient mieux de se procurer une 4×4, tant la route est semĂ©e de trous et de cailloux. C’est vrai que l’ancien zoo est dans un triste Ă©tat. Les façades du village western sont en pleine dĂ©composition, tout comme le sol et les restes d’Ă©tables en ruine. Quelques rares animaux, des chèvres et des chiens surtout, tĂ©moignent encore du temps oĂą rugissaient encore les lions et les panthères dans leur cages.

Toutefois il reste quelque chose d’incongru Ă  cet endroit. Ce ne sont pas les avions qui passent dans un rythme de dix minutes par-dessus les ruines, provoquant Ă  chaque passage un vacarme qui fait taire les conversations, mais plutĂ´t le charme d’un endroit dĂ©laissĂ©. Et qui attire toutes sortes de gens. Car ce qui manquait crucialement dans les articles publiĂ©s sur le zoo depuis l’annonce du rachat, c’est qu’il y a des gens qui y travaillent. Des groupes qui repètent et un artiste-peintre qui y tient son atelier. On n’a pas pensĂ© Ă  eux, les journaux prĂ©fĂ©rant agiter la peur de l’Ă©tranger – des „illĂ©gaux“ et des sans-abri – qui pourraient s’y nicher et constituer une zone de non-droit, Ă  proximitĂ© de l’aĂ©roport en plus. Mais les mĂ©dias n’ont pas Ă©tĂ© les seuls Ă  les ignorer. „On a su que le zoo Ă©tait vendu Ă  l’Etat par la voie de la presse“, explique Steve, membre du groupe de hardcore Retrace My Fragments, qui a rĂ©pĂ©tĂ© dans les locaux du zoo pendant presqu’une annĂ©e. „Ni le propriĂ©taire, ni les autoritĂ©s ne se sont donnĂ©s la peine de nous en informer“. Les groupes concernĂ©s – trois au total – se sont concertĂ©s et ont dĂ©cidĂ© de faire leur propre enquĂŞte. „Nous avons mĂŞme dĂ» fixer une petite pancarte avec nos contacts sur la porte d’entrĂ©e de nos locaux, pour demander Ă  ĂŞtre informĂ©s par quelqu’un“. Finalement, c’est la police qui a appelĂ© et dès lors ils savent qu’ils sont en situation illĂ©gale et qu’ils feraient mieux de se trouver un nouvel endroit pour leurs rĂ©pĂ©titions.

Ils s’Ă©taient mĂŞme donnĂ©s la peine d’aller jusqu’Ă  la commune de Senningen, de contacter l’avocat du propriĂ©taire et les ministères concernĂ©s. Personne n’a pu les renseigner. Le propriĂ©taire a mĂŞme niĂ© avoir vendu le zoo, deux jours après avoir dit le contraire au journal tĂ©lĂ©visĂ©. Devant le fait accompli, les groupes ont prĂ©fĂ©rĂ© plier bagages.

Pourtant, ils Ă©taient loin d’ĂŞtre des intrus ou des parasites sur le site de l’ancien zoo. „Nous avons toujours payĂ© notre loyer, comme convenu avec le propriĂ©taire“, explique Steve“, la seule chose qu’on n’a pas faite – pour des raisons de commoditĂ© – c’est Ă©tablir un contrat Ă©crit. Nous n’avons rien qui puisse prouver nos paiements et l’agrĂ©ment passĂ© avec le propriĂ©taire“. Les groupes se retrouvent donc dĂ©pourvus de tout moyen de dĂ©fense contre leur expulsion.

Quant aux prĂ©tendus „illĂ©gaux“ qui se cacheraient dans les baraques vĂ©tustes: ils doivent bien se cacher. A première vue en tout cas, aucun signe de prĂ©sence Ă©trangère n’est visible. „Il y a des jeunes qui rĂ©parent ou raffistolent des bagnoles dans la cour, mais ce ne sont pas des dangereux“, raconte-t-il. Sinon quelques personnes „un peu louches“ seraient signalĂ©s ça et lĂ , mais aucun groupe n’a eu de problèmes avec ces gens-lĂ . Aucun vol de matĂ©riel n’a Ă©tĂ© constatĂ© d’alleurs. Alors que les serrures des locaux ne sont pas dans un Ă©tat impeccable, tout comme les portes qu’elles ouvrent.

C’est plutĂ´t un problème liĂ© Ă  la peur de la population des alentours. Que les gens ne veulent pas d’un endroit en dĂ©solation est tout Ă  fait comprĂ©hensible. Mais la haine et la peur auxquelles certains des musiciens ont dĂ» faire face dĂ©passent aussi les limites et ne peuvent relever que d’une apprĂ©hension irrationnelle de l’inconnu, d’ailleurs largement relayĂ©e par les mĂ©dias. Alors que de toute façon, mĂŞme après le rachat, la situation du zoo n’est pas prĂŞte de changer. Le propriĂ©taire a un droit de rĂ©sidence pour les cinq ans Ă  venir.

Peut-ĂŞtre serait-il temps de penser Ă  un autre usage de ce lieu qui sent bien le charme des endroits tombĂ©s en dĂ©suĂ©tude. Car malgrĂ© les centres culturels qui poussent comme des champignons un peu partout dans le pays, il reste toujours un manque de place pour des groupes ou des artistes qui veulent s’installer quelque part. Et l’histoire de certains centres culturels – la Kulturfabrik par exemple – a prouvĂ© qu’un engagement de longue durĂ©e peut sauver et mĂŞme faire revivre les endroits les plus incongrus. Car raser tout serait bien dommage.

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