EXPLORATION DU MONDE: Voyages intérieurs

von | 09.03.2007

Les cinĂ©-confĂ©rences d'“Exploration du Monde“ Ă©taient sur le point de tomber en dĂ©suĂ©tude. Une nouvelle formule essaie de les propulser au XXIe siècle.

Aventures avec aventuriers Ă  l’appui. „Exploration du Monde“ le rend possible (photo: „Exploration du Monde“)

Certain-e-s d’entre nous s’en souviennent peut-ĂŞtre. De ces longues soirĂ©es passĂ©es dans les théâtres, non pas pour voir une pièce mais „pour s’instruire“, comme disaient les parents. Le rĂ©sultat fĂ»t souvent fort ennuyant. Un „confĂ©rencier-aventurier“ Ă  moitiĂ© endormi commentait des images parfois vacillantes dans des salles Ă  moitiĂ© vides. La salle dĂ©sertait au plus tard Ă  la question: „Est-ce que quelqu’un a encore des questions?“. Pas Ă©tonnant que la majoritĂ© de la clientèle a commencĂ© Ă  prĂ©fĂ©rer regarder des documentaires Ă  la tĂ©lĂ©vision ou – plus tard encore – ses propres explorations sur internet.

Dans les annĂ©es 50, quand commençait l’aventure exploration du monde, les cinĂ©- confĂ©rences Ă©taient souvent le seul moyen de voyager sans quitter la ville. Les cinĂ©- confĂ©renciers Ă©taient encore considĂ©rĂ©s comme des vrais aventuriers, surtout parce que les endroits d’oĂą venaient les images semblaient encore inaccessibles. Mais Ă  l’Ă©poque du multimĂ©dia et du tourisme de masse, la donne a changĂ©e.

L'“Exploration du Monde“ aussi. „La nouvelle formule ne se permet plus de se limiter Ă  la dĂ©couverte de la nature. Nous devons rĂ©pondre Ă  un nouveau niveau d’exigence, pour enfin quitter l’image de carte postale qui nous collait dessus depuis longtemps“, raconte Philippe Soreil, l’administrateur dĂ©lĂ©guĂ© qui a repris les rènes de l’association „Exploration du Monde“ en 2000, en la reprenant de l’association des arts et de la culture (Adac). La nouvelle Ă©quipe exige des cinĂ©astes qui veulent profiter de leurs rĂ©seaux une qualitĂ© de films au-delĂ  de la moyenne. „Un film ‚Exploration du Monde‘ a une carrière d’une saison, ce qui ne suffit pas Ă  amortir ses coĂ»ts – ni ceux des producteurs, ni les nĂ´tres – c’est pourquoi nous envisageons aussi une expansion vers la France, le QuĂ©bec et des pays francophones africains“, explique-t-il. Dans le cas idĂ©al, un tel film pourrait tourner jusqu’Ă  quatre ou cinq ans.

Point de vue contenu, les exigences ont aussi changĂ©s. Non que „Exploration du Monde“ s’intĂ©resse Ă  devenir un club politique qui montre des films sur les dangers de la mondialisation, mais le point de vue socio-culturel est devenu plus important aux yeux des programmateurs. „Nous ne nous fermons pas Ă  des rĂ©flexions de type politique, car de toute façon c’est inĂ©vitable. Le problème est que si un film tourne pendant des annĂ©es, un contenu entièrement axĂ© sur un point de vue politique risque d’ĂŞtre rapidement dĂ©passĂ© par les Ă©vĂ©nements“, constate Soreil.

Plus-value humaine

C’est pourquoi „Exploration du Monde“ mettra davantage l’accent sur la personnalitĂ© des cinĂ©astes qui accompagnent leur film tout au long de la tournĂ©e dans les salles belges et luxembourgeoises. „Nous sommes très exigeants lĂ -dessus“, rappelle Soreil, „car le public remarque instantanĂ©ment quand le conteur ne s’intĂ©resse pas vraiment Ă  ce qu’il fait. Nous n’engageons que des gens passionnĂ©s par ce qu’ils font et qui disposent de qualitĂ©s de conteur.“ Ce qui est rare, mais pas tout Ă  fait impossible. Par exemple JĂ©rĂ´me Maison, qui partira en tournĂ©e avec son film „Des Manchots et des Hommes“ Ă  la saison prochaine. Maison a Ă©tĂ© un de deux camĂ©raman de l’Ă©quipe de „La Marche de l’Empereur“ – qui a Ă©tĂ© un grand succès dans les cinĂ©mas partout dans le monde. Son film est fait de matĂ©riel qui vient du tournage du cinĂ©film, mais Ă  la grande diffĂ©rence avec ce dernier il s’intĂ©resse aux relations entre les manchots et les hommes pendant le tournage. Un film qui prend donc Ă  contre-pied „La Marche de l’Empereur“, une fiction contituĂ©e d’un mĂ©- lange entre images rĂ©elles et synchronisations Ă  voix humaines. Dans le film de Maison, c’est l’histoire de la relation entre les deux camĂ©raman et la colonie de manchots qui prime.

„Ce que nous voulons partager avec notre public, ce n’est plus l’aventure en tant que fin en soi. Cette notion d’aventure est surannĂ©e. Aujourd’hui cela sert surtout de support pour quelque chose d’autre. Cela est dĂ» aussi au fait que la notion d’exploit a disparu. Qui veut voir aujourd’hui encore, la Ă©nième ascension du Mont Everest?“, demande Soreil. Et de constater que le vĂ©ritable exploit de nos jours est celui de la dĂ©couverte de soi-mĂŞme dans l’aventure. „Il faut que la personne qui prĂ©sente son film ait une personnalitĂ© forte. Nous ne voulons surtout pas de gens qui se tapent des confĂ©rences dans une logique mercantile. Ceux qui ne veulent qu’entrer dans nos rĂ©seaux pour amortir leurs frais n’ont plus aucune chance“, insiste-t-il.

Un programme ambitieux qu'“Exploration du Monde“ s’est donnĂ©, surtout si on compte le faible intĂ©rĂŞt du public pour un genre de spectacle qui convenait mieux Ă  l’Ă©poque prĂ©-tĂ©lĂ©visuelle. Mais Philippe Soreil ne dĂ©sespère pas:“

Nous avons un public fidĂ©lisĂ© et nous comptons sur celui-ci pour faire du bouche-Ă -oreille et pour faire connaĂ®tre nos nouvelles programmations“. Surtout que l’association „Exploration du Monde“ avait dĂ» mettre la clĂ© sous le paillasson en 2000, avant d’ĂŞtre reprise par Soreil et quelques amis et transformĂ©e en sociĂ©tĂ© privĂ©e et donc aussi privĂ©e de subventions. „Après quelques saisons qui ne se sont pas passĂ©es au mieux, nous commençons tout de mĂŞme Ă  voir une lumière au bout du tunnel“, raconte-t-il. „Nous essayons Ă  chaque fois de faire un peu plus pour que le public ait toujours la possibilitĂ© de rencontrer les cinĂ©astes et de partager leur aventure“.

www.explorationdumonde.be

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