NETLABEL: Le net en musique et en images

von | 10.08.2007

Les labels de musique pullulent. Ce sont surtout les petites structures sur internet qui ont la cĂ´te, et il Ă©tait temps que le Luxembourg s’en dote aussi.

Jeune homme cherche artistes pour partouzes esthétiques et expérimentales: Ralph Zeimet est le fondateur de Schnurstrax, un label pas comme les autres.
(photo: woxx)

Il n’a pas vraiment l’air d’un jeune entrepreneur, mĂŞme s’il a Ă©tudiĂ© l’Ă©conomie. „De toute façon Schnurstrax n’a jamais Ă©tĂ© un projet qui devait rapporter de l’argent“, explique Ralph Zeimet, le fondateur du label. Et d’attendre le moment oĂą il peut enfin griller une clope tranquillement dans le cafĂ© oĂą nous nous sommes rencontrĂ©s. Il est deux heures un quart et le dernier client n’est pas pressĂ© pour terminer son plat. Le paquet de Camel Light tourne dans la main gauche de Ralph Zeimet.

„L’idĂ©e de monter Schnurstrax est plutĂ´t nĂ©e d’un besoin de ma part de communiquer. Je voulais crĂ©er une plateforme pour pouvoir diffuser mes idĂ©es et surtout pour dĂ©couvrir d’autres musiciens et artistes“, raconte-t-il. L’idĂ©e derrière Schnurstrax n’est pas seulement de proposer une offre de diffusion musicale de plus dans l’univers dĂ©jĂ  saturĂ© de l’internet. Le site – ou plutĂ´t les deux sites sur lesquels le label existe, myspace et blog – est conçu pour devenir une plateforme plus universelle de rencontre entre artistes de tout genre. „Mais surtout entre artistes graphiques ou vidĂ©astes et musiciens. J’aimerais bien que des collaborations et des rencontres se fassent Ă  travers Schnurstrax.“

C’est peut-ĂŞtre le petit plus qu’il fallait, car de nos jours tout un chacun possĂ©dant un ordinateur et une bonne connexion internet peut publier sa musique ou ses photos et vidĂ©os et autres oeuvres d’art. Pour sortir du lot, il faut d’un cĂ´tĂ© rechercher l’originalitĂ©, de l’autre se montrer sĂ©lectif. „Par exemple, il est absolument clair que je ne collaborerai pas avec des musiciens entièrement dĂ©volus Ă  la musique pop. Il y a une ligne dans Schnurstrax: l’expĂ©rimentation. Qu’il s’agisse de musique ou d’images, il doit toujours y avoir une certaine recherche derrière et un esprit d’indĂ©pendance. Ceux qui veulent faire vibrer les ondes des stations radio de masse ne m’intĂ©ressent pas“, affirme-t-il. On peut penser que ce dĂ©sintĂ©rĂŞt est mutuel.

Un enfant du web 2.0

Qui sont les artistes „signĂ©s“ sur Schnurstrax? D’abord, le fondateur prĂ©fère parler de „collaborateurs“ plutĂ´t que de „signĂ©s“. „Sans eux, premièrement, je ne serais rien. Et puis, nous ne sommes pas liĂ©s par des liens d’argent mais par des intĂ©rĂŞts communs, comme l’envie de rechercher des musiques expĂ©rimentales et de les diffuser.“ Le groupe le plus lointain sur lequel il est en train de travailler vient du Burkina Faso et s’appelle Buud Kombat. Les deux gars font du hip-hop Ă©nergĂ©tique en y mĂ©langeant des sons traditionnels africains. „C’est un ami Ă  moi qui travaille dans l’humanitaire lĂ -bas qui me les a proposĂ©s. En ce moment on essaie de leur donner une plateforme. Car point de vue distribution musicale lĂ -bas, c’est un peu mince“, raconte-t-il. A cĂ´tĂ© de cette aide „humanitaire“ un peu spĂ©ciale, Schnurstrax a dans son catalogue des groupes luxembourgeois comme Raftside et les lĂ©gendes du noise- rock de Tvesla. Mais aussi des projets moins connus tels que Lezet, un artiste Ă©lectro venant de Serbie, ou Schock, un artiste graphique.

C’est Ă©clectique et innovant. Tout ce qu’on avait espĂ©rĂ© – en vain – dans cette annĂ©e culturelle 2007. Pourtant, Schnurtstrax ne fait pas vraiment partie de cet univers-lĂ . „Je ne pense pas que cette annĂ©e culturelle serve Ă  grand chose. Certes il y a une très bonne dynamique qui s’est enclenchĂ©e dans certains secteurs, notamment autour de l’Exit 07. Mais quand l’annĂ©e sera finie, il faudra beaucoup d’efforts pour sauvegarder cette dynamique“, commente-t-il.

Sauvegarder la dynamique

Mais alors, pourquoi mettre sur pied une telle structure? „Avec mon projet Fracture, j’Ă©tais dĂ©jĂ  en collaboration avec un autre netlabel parisien, qui s’appelle Leep – Les enregistrements de l’Europe parisien. J’ai fait mes trois premiers disques avec eux.“ Au fil du temps, ses partenaires ont Ă©tĂ© un peu dĂ©passĂ©s par la dynamique qu’ils avaient enclenchĂ©e. Quand son quatrième album traĂ®nait un peu, Ralph Zeimet a pris les choses en main: „Je me suis dit, pourquoi ne pas monter un netlabel moi-mĂŞme, tant que j’y suis?“ Chose faite au printemps 2007. Zeimet est un fan ou plutĂ´t un accro du web 2.0, le web communautaire sur lequel ce sont les utilisateurs qui crĂ©ent les contenus des pages, les grandes firmes se limitant volontairement Ă  fournir des espaces virtuels libres. „J’ai en ce moment pas moins de sept pages myspace Ă  gĂ©rer. Avec tous mes projets musicaux et Schnurstrax, cela fait beaucoup. Mais je crois en ce que je fais, mĂŞme si passer huit Ă  neuf heures de suite sur internet est dur“, explique-t-il. Il a toujours Ă©tĂ©, dit-il, un type portĂ© par l’endurance.

Peut-ĂŞtre que pour mieux comprendre comment il fonctionne, il faut savoir qu’avant la musique, il envisageait une carrière dans le sport. „Je n’ai fait que ça jusqu’au bac. Je ne me suis jamais vraiment intĂ©ressĂ© Ă  la musique, exceptĂ© un peu de techno de temps en temps,“ admet-il en souriant et en tirant – enfin – sur sa cigarette. „J’avais un retard Ă©norme Ă  rattraper. J’ai dĂ» m’organiser une collection de CD acceptable et aller Ă  plein de concerts. Puis, la tentation de faire de la musique moi-mĂŞme est devenue plus grande et je me suis mis Ă  programmer ma propre musique.“ De ses nuits blanches passĂ©es devant l’ordinateur sont nĂ©s quatre albums jusqu’Ă  prĂ©sent, tous tĂ©lĂ©chargeables gratuitement sur internet.

C’est lĂ  aussi une des particularitĂ©s de Schnurstrax: proposer aux „collaborateurs“ des licences Creative Commons. Celles-lĂ , Ă  la diffĂ©rence des droits d’auteur ordinaires font que les pièces des artistes sont mis Ă  disposition gratuitement, mais ne peuvent en aucun cas ĂŞtre utilisĂ©es Ă  des fins commerciales. LancĂ©es il y a quelques annĂ©es, elles peinent encore Ă  dĂ©montrer leur efficacitĂ©. Principaux problèmes: le manque de fiabilitĂ© dans le cas d’une transgression et surtout le blocage par l’industrie du disque, qui vit des droits d’auteur ordinaires. Pour de petites structures comme Schnurstrax, c’est avant tout l’aspect non-commercial et donc beaucoup moins compliquĂ© et moins responsabilisant qui doit primer. En tout cas, aucun artiste ne s’est plaint jusqu’Ă  aujourd’hui.

De toute façon, Schnurstrax ne veut pas se limiter Ă  ĂŞtre une plateforme de tĂ©lĂ©chargement, comme Jamendo par exemple. Ralph Zeimet voit dĂ©jĂ  plus loin: „Je suis en train de fomenter quelques trucs. Je rĂŞve de soirĂ©es Schnurstrax, oĂą des artistes de notre label se produiraient ensemble et pourraient mĂŞme monter des collaborations inĂ©dites“.

www.myspace.com/ justafracture
www.schnurstrax.net

Fracture, en concert ce vendredi 10 août
Ă  l’Exit 07.

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