Cache-sexe gouvernemental ?: 2007 : L’année fantôme ?

La fin de l’année culturelle approche à grands pas. Avec elle, la plupart des sites innovateurs qui s`y sont investis fermeront aussi leurs portes. Pour combien de temps ?

La porte se fermera
bientôt sur le site des Rotondes, qui redeviendra très vite incommodo.
(photo : woxx)

L’année 2007 n’a même pas encore commencé. Ce qui peut sembler absurde est bel et bien une affirmation qu’on a entendue et réentendue de la bouche de presque tous les responsables culturels – de la secrétaire d’Etat, en passant par le coordinateur général jusqu’au personnel des institutions culturelles. Il est question de l’héritage du cerf bleu. De ce qui va rester de cette année d’effervescence événementielle et de carnaval culturel. Et le mot carnaval n’est même pas péjoratif, vu qu’il implique aussi un retournement hors norme des valeurs usuelles et un état d’exception général. Dans ce sens, le cerf bleu a été un sacré carnaval : on a dépensé sans compter sur la culture – ou sur ce
qu’on croyait en être -, pendant une année, les lieux les plus incongrus ont été investis par les artistes les plus divers. Mais que va-t-il rester de tout cela ? L’année 2007 va-t-elle faillir là où 1995 a été un succès : dans la création de nouvelles structures pérennes ? Et si non : de quelles structures notre pays a-t-il encore besoin – une maison d’opéra mise à part ?

Ce sont là des questions qui deviennent de plus en plus pressantes – tandis que les acteurs principaux – le ministère de la culture en tête – se perdent dans des explications évasives et de bonnes intentions qui ne satisfont personne, ni les ennemis de la culture subventionnée par l’Etat, ni celles et ceux qui en vivent. Mais heureusement que le Luxembourg, en tant que démocratie, dispose aussi de députés qui peuvent poser des questions parlementaires, quand le gouvernement tarde une fois de plus à sortir de la réserve.

Tentatives d’évasion 

Ainsi, deux questions parlementaires – dont une avec débat – ont été adressées à Octavie Modert, la secrétaire d’Etat à la culture. Même si les deux députés appartiennent à des partis différents, leurs questions se complètent mutuellement. Ainsi, Marc Angel (LSAP) s’est inquiété du sort du site des Rotondes, tandis que le vert Claude Adam a tenté d’obtenir des informations sur le sort des autres sites comme le hall des Soufflantes à Belval ou encore le Hall Foundouq de Dudelange – deux endroits dans lesquels se sont déroulés une grande partie des créations de cette année culturelle.

Sachant en même temps que cette année aurait dû être celle des « espaces libres » et de la créativité – au dépens de la culture événementielle et des grands artistes étrangers – ce questionnement est d’autant plus important. C’est même, d’une certaine manière, la seule question cruciale de 2007 : Le Luxembourg a-t-il su se doter de structures, d’espaces de création voués à exister au-delà de 2008 ? Ou est-ce que toutes ces initiatives resteront de bons souvenirs, des cartes postales d’une belle année et surtout le cache-sexe d’un gouvernement qui manifestement confond culture avec événement ?

Cache-sexe gouvernemental ? 

Au vu des réponses de la part du gouvernement, le pire est à craindre. Ainsi, la réponse d’Octavie Modert à la question de Marc Angel n’apporte rien de vraiment nouveau. Sur le site classé des Rotondes, les choses devraient se calmer après le 9 décembre 2007. A cette date, le commodo-incommodo provisoire – qui a été accordé pour deux fois six mois – prend fin et le site redevient le chantier qu’il a été avant. Ce qui est légèrement absurde. Un site qui a été visité par des dizaines de milliers de personnes pendant un an – dont nos altesses royales – ne peut pas être déclaré comme dangereux juste parce qu’une législation le prévoit. Même si la Rotonde 1 devrait – en théorie – être réutilisable six mois après la fermeture du site, le cadre de cette réutilisation n’est pas encore défini. Pour la Rotonde 2 et la place des Rotondes, ce sera – toujours en théorie – en 2010 que le public pourra réinvestir ces lieux. Entre-temps, beaucoup d’eau aura coulé sous les ponts et la dynamique qui a fait vibrer ces lieux se sera certainement dissipée. Quant à l’Exit07 – qui est devenu une sorte d’épicentre de la culture jeune et innovante du Luxembourg et Grande Région – son sort reste toujours dans le vague. Seule consolation : la secrétaire d’Etat semble adhérer à certaines vues de la coordination générale. Sinon, elle n’aurait pas cité les propositions de celle-ci dans sa réponse. Ainsi, « l’image de marque du site serait donc la création et l’innovation », peut-on y lire et « la philosophie du centre (entendez : du site des Rotondes) devra se distinguer de celle du centre culturel de rencontre abbaye de Neumünster, ceci pour éviter les doubles emplois ». Des généralités qui n’apportent rien de concret au débat. De toute façon, Modert
ajoute encore que d` « ici la clôture de l’année de la capitale européenne de la culture 2007, une orientation plus précise devrait se dégager ». On l’espère bien.

Le même esprit se dégage quand on lit la réponse d’Octavie Modert à la question de Claude Adam concernant les sites qui n’ont pas eu la chance d’être classés comme monuments nationaux tels que les Rotondes. D’abord, elle rappelle que l’année culturelle est toujours en cours et que « beaucoup de belles choses nous attendent encore ». Puis sont rappelés quelques faits que les intéressé-e-s savaient déjà : par exemple que le hall des Soufflantes de Belval sera réaffecté comme espace de
stockage de la future université du Luxembourg à Esch. Mais ce ne sera pas avant dix ou 15 années… Pendant ce temps-là, elles serviront d’espace de stockage pour les musées luxembourgeois. Alors qu’avant 2007, des groupes et des collectifs nourrissaient encore des espoirs de trouver des lieux pérennes de création ou de répétition au moins. « Car trouver des endroits pareils, c’est assez dur de nos jours au Luxembourg », estime Adam auprès du woxx. De plus, ces sites ne seraient pas de gros investissements comme le Mudam, la Philharmonie ou encore la Rockhal – ces enfants légitimes de 1995. « Nous manquons simplement d’endroits où la création peut s’épanouir. Nous avons d’assez grosses infrastructures, mais les centres culturels régionaux comme le Cape d’Ettelbrück qui prennent en charge les acteurs locaux ont déjà la vie plus difficile. En plus, la dynamique qui s’est créée dans ces anciens sites industriels est unique et ce serait bien dommage de ne pas lui donner une suite », poursuit-il. Malheureusement, le futur semble morose pour ces sites. Même si Modert a annoncé la tenue d’un workshop début 2008 qui réunirait la coordination générale, le gouvernement et le Fonds Belval, les espoirs d’y voir naître un espace de création indépendant sont minces. La même chose vaut pour le site de Dudelange, qui est de fait la propriété d’Arcelor-Mittal mais sur lequel l’Etat exerce l`usufruit. Difficile à imaginer que Lakshmi Mittal s’intéresse vraiment à transformer ce lieu en pépinière artistique.

Mais bon, ne perdons pas espoir et savourons encore les derniers moments que nous pourrons partager en compagnie du cerf bleu. Même s’il commence à nous agacer.


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