La trĂŞve estivale peut parfois ĂŞtre utile. Par exemple revoir les promesses faites par l’Ă©quipe de l’annĂ©e culturelle Ă la fin de 2007 et les confronter Ă la rĂ©alitĂ©.

Décontamination imminente ?
Vers la fin de l’annĂ©e 2007 se tenait une confĂ©rence de presse dans la halle Paul Wurth. Le choix du lieu n’Ă©tait certes pas innocent, car c’est dans ce mĂŞme lieu que devait ressusciter l’esprit du cerf bleu, dont on voulait prĂ©senter le bilan et les perspectives. A l’Ă©poque, il s’agissait surtout de voir quels projets allaient ĂŞtre reconduits et quels sites allaient pouvoir continuer d’abriter des activitĂ©s culturelles dans le futur. Car comme le mentionne mĂŞme le rapport final qui vient de paraĂ®tre en anglais : une des particularitĂ©s de Luxembourg et Grande-RĂ©gion, capitale culturelle europĂ©enne 2007, Ă©tait le dĂ©veloppement durable de sites culturels Ă travers le pays et ladite Grande-RĂ©gion.
Si l’annĂ©e a Ă©tĂ© bonne, point de vue tourisme, intĂ©rĂŞt des locaux et finances, il reste toutefois quelques doutes sur les sites et spĂ©cialement ceux qui se situent au sud du pays. Commençons notre petite revue « Mais que sont-ils devenus ? » dans la capitale et plus prĂ©cisĂ©ment dans les Rotondes, le double coeur qui pompait le sang bleu du cerf Ă travers le pays. En ce moment, rien ne s’y passe vraiment. Et vu qu’il n’y a pas de suivi officiel sur les travaux de dĂ©contamination du site, il reste difficile de dire si celui-ci pourra bien rouvrir ses portes, comme prĂ©vu en 2010. Entre-temps, une solution de transition – qui avait Ă©tĂ© promise au cours de cette fameuse confĂ©rence de presse – vient de voir le jour. L’espace Paul Wurth accueillera bien la programmation de l’Exit07 et du festival Traffo, un espace d’expositions Ă©tant aussi prĂ©vu. Le tout dĂ©marrera pour la saison 2008/2009 et les em-ployĂ©-e-s de cette asbl CarrĂ©-Rotondes sont plus ou moins identiques Ă celles et Ă ceux qui ont bossĂ© pour le cerf bleu en 2007, coordinateur gĂ©nĂ©ral compris. L’aventure continue donc de ce point de vue, mĂŞme si cette structure – provisoire, rappelons-le – a mis du temps Ă ĂŞtre mise en place.
Un autre site sur la liste, le Pavillon grand-ducal, n’a pas vraiment dĂ©collĂ© en 2007. Il semble que les CFL n’ont pas voulu rendre hommage Ă cette boutique de l’annĂ©e culturelle en continuant Ă l’utiliser. Il est vrai qu’un magasin n’est pas un haut lieu culturel et qu’en plus, la gare de Luxembourg est en pleine rĂ©novation.
Renaissance au centre
Prochain sur la liste : un haut lieu culturel du Sud, l’ancienne aciĂ©rie de Dudelange. Si en dĂ©cembre 2007, la secrĂ©taire d’Etat Ă la culture parlait encore d’un accord de principe pour que les lieux soient reconvertis en « studios de production au service de la production audiovisuelle au Luxembourg et de prĂ©voir pour le Hall Fonduq une affectation conjointe au secteur audiovisuel et au secteur associatif, local comme migrant » – rien n’a bougĂ© pour autant. Ce qui est bien dommage, car mĂŞme si Dudelange, avec l’ouverture du CNA et du centre culturel « opderschmelz » n’a plus rien Ă envier Ă ses villes voisines, le Hall Fonduq et le complexe environnant Ă©taient un des lieux les plus intĂ©ressants de l’annĂ©e 2007 : s’y sont dĂ©roulĂ©s moult concerts ainsi que l’exposition « Retour(s) de Babel ». Mais vu qu’en dĂ©cembre les frais d’investissement restaient encore Ă affiner et qu’il n’y avait pas d’idĂ©es très claires et fixes sur la crĂ©ation de ces studios, ni sur le partage entre secteurs associatifs et professionnels, la poussière a envahi de nouveau ces beaux lieux.
Mort lente au Sud
Autre ville du Sud, autre Halle, celle des Soufflantes cette fois, situĂ©e dans le quartier en construction d’Esch-Belval. L’exposition « All We Need » qui s’y est tenue pendant presque toute l’annĂ©e 2007 a Ă©tĂ© un des succès les plus confirmĂ©s de l’annĂ©e culturelle. Toutefois, cet immense espace continue lui aussi Ă rester inutilisĂ©. MĂŞme si en faisant le bilan, la coordination gĂ©nĂ©rale prĂ©voyait toujours la possibilitĂ© d’y faire des expositions, la Halle des Soufflantes a disparu de la surface. Une vague promesse de rĂ©affectation en tant que rĂ©serve prĂ©cieuse des musĂ©es luxembourgeois et une future extension de l’universitĂ© d’Esch-Belval – qui n’est mĂŞme pas encore en construction – sont tout ce qui reste des belles perspectives qu’on croyait entrevoir. Le sĂ©minaire international promis par le ministère de la culture et le Fonds Belval pour ouvrir des perspectives pour ce site, qui devrait avoir lieu au printemps 2008, n’a jamais eu lieu non plus. Force est alors de constater que la Halle des Soufflantes restera un dĂ©pĂ´t pour les voitures confisquĂ©es par la police grand-ducale et aura peut-ĂŞtre un jour une valeur administrative. Sinon, ce sera le dĂ©mantèlement annoncĂ© de ce tĂ©moignage des temps oĂą l’industrie faisait encore la fiertĂ© du Luxembourg. Si tel devait ĂŞtre le cas, les batailles entre autoritĂ©s et associations de mĂ©moire et autres sont dĂ©jĂ programmĂ©es, comme c’est actuellement le cas pour les hauts-fourneaux qui se trouvent juste Ă cĂ´tĂ©. Rappelons d’ailleurs qu’en 2006, la Halle des Soufflantes Ă©tait un des sites les plus en vue pour accueillir des projets associatifs. Le rĂ©seau artistique LX5 notamment, avait pondu un long papier dĂ©taillant tous les usages possibles de cet espace qu’ils croyaient libre. Mais vu que la coordination gĂ©nĂ©rale a choisi de leur donner la halle Paul Wurth avant de les en Ă©jecter honteusement Ă la fin de l’annĂ©e culturelle, de telles idĂ©es et perspectives se sont rĂ©vĂ©lĂ©es n’ĂŞtre que des lubies.
En fin de compte, le rĂŞve du coordinateur gĂ©nĂ©ral de pĂ©renniser un maximum de sites grâce Ă l’annĂ©e culturelle n’aura mĂŞme pas Ă©tĂ© un demi-succès. La majoritĂ© des sites s’Ă©tant rendormis ou promis Ă un futur qui dĂ©pend plus de la finance publique comme privĂ©e que d’une vĂ©ritable initiative culturelle Ă©manant d’un ministère qui fonctionne bien, dotĂ© d’une volontĂ© ferme et d’idĂ©es claires. Encore heureux qu’il ait rĂ©ussi Ă sauver quelques miettes du cerf dans le nouvel espace Paul Wurth, en attendant qu’aux moins les Rotondes soient dĂ©contaminĂ©es Ă temps. C’est surtout dommage que la seule ville qui profitera vraiment de nouvelles institutions culturelles sera la capitale du Luxembourg, mais pas celles de la petite, ni de la Grande-RĂ©gion. Si 1995 a fait naĂ®tre au Luxembourg une envie de glamour culturel, alors 2007 n’a pas rĂ©ussi Ă implanter de vraies structures artistiques fondĂ©es.

