ART CONTEMPORAIN: Inspection des fondements

L’exposition « ELO. Inner Exile – Outer Limits » tente de rassembler tous les artistes luxembourgeois pertinents – comme toujours, la question des critères se pose.

« Je m’attends surtout à une critique », explique le curateur d‘ « ELO. Inner Exile – Outer Limits » Christian Mosar, « celle où on dira que cette exposition n’est qu’un cercle des artistes élitiste ». Est-ce vrai, alors ? – « Non », répond-il énergiquement, « nous ne voulons pas créer de nouveaux cercles, mais plutôt montrer une coupe diagonale de l’art qui se crée au Luxembourg ». En parcourant les salles réservées à l’exposition luxembourgeoise – en pleine phase de montage, lors de notre visite – on constate deux choses, qui peut-être n’en font qu’une : l’éclectisme de l’art contemporain luxembourgeois et le fait que le curateur ne s’est pas réduit à un choix d’artistes fixes selon un critère quelconque.

Le seul élément récurrent consiste en des rideaux en plastique coloriés qu’a posé Christophe de la Fontaine, le scénographe de l’exposition. Ces éléments – qui rappellent un peu les vieilles épiceries de notre enfance – marquent la zone de l’exposition qui se trouve aussi bien au rez-de-chaussée qu’au sous-sol. Mais, ils prennent encore une autre dimension : celle de délimitation de quelque chose qui est unique, l’art contemporain luxembourgeois en occurrence. Car, l’ambition qu’on sent tout au long du parcours est claire. Donner enfin un territoire, une forme et un moule à l’art de nos contrées. En faire, enfin, quelque chose d’unique. Ce n’est pas un hasard si « ELO. Inner Exile – Outer Limits » est accompagné d’un livre – hors catalogue – qui s’intitule « VIRDRUN. Pour une histoire de l’art contemporaine au Luxembourg ». Ce livre comporte une historiographie des dernières 50 années sur le marché de l’art grand-ducal et quelques essais.

La question qui se pose naturellement est : est-ce que notre société produit quelque chose d’unique, de reconnaissable ? Pourra-t-on jamais parler d’une éventuelle « école luxembourgeoise », comme il y a bien une « école de Leipzig » en peinture ou une « école de Hambourg » en musique ? La réponse à la dernière question est non. Et c’est tant mieux. Les éléments exposés sont tellement différents les uns des autres, en moyens techniques, en expression et en contenus qu’un dénominateur commun semble difficile à trouver. Pourtant, cela n’empêche nullement un « flair » de percer l’écran. Les différents exposants viennent de tous les coins, scènes ou milieux possibles et leur âge varie entre un peu plus de 20 ans et la bonne soixantaine. Tous se sont nourris à leur façon de l’art contemporain et ont dû développer des stratagèmes personnels pour s’exprimer – une tendance générale faisant défaut. Ce qui fait que toutes les oeuvres sont personnelles. Comme le tableau en pâte à modeler de Danielle Scheuer, qui montre un chien mort, un cheval qui se cabre et une écriture rose qui dit « You Know I’M Waiting ». « J’ai trouvé les images sur internet. L’envie de les combiner m’est venue naturellement. Je raconte une histoire, qui est éclatée sur le tableau et que le spectateur doit reconstituer à sa façon », explique l’artiste.

Autre travail plutôt personnel, celui de Roland Quetsch : il a reconstitué la chambre de mort de son grand-père en repeignant les tableaux qui y étaient accrochés et en les intégrant dans une structure en briques noires. Mais d’autres artistes présentent des approches très personnelles, à défaut d’être autobiographiques, de toutes sortes de thèmes. Comme le rapprochement continental entre l’Europe et l’Afrique mis en scène par Gast Bouchet et Nadine Hilbert dans leur vidéo « The Crossing», qui se veut une oeuvre aussi politique qu’esthétique. D’ailleurs cette vidéo représentera le Luxembourg lors de la prochaine biennale de Venise. Un autre « highlight » sont les photos que Pacha Rafiy a faites à New York du jazzman John Lurie – qui par hasard expose aussi au Mudam au même moment. En bref, « ELO. Inner Exile – Outer Limits » est une exposition à ne manquer sous aucun prétexte. Pas tant à cause de la qualité, mais pour l’ambition de réunir pour une fois celles et ceux qui comptent dans le marché de l’art luxembourgeois.


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