INFRASTRUCTURES: Nouveaux espaces

Le « Ellergronn » près d’Esch-sur-Alzette a toujours été un site à double emploi : d’un côté il reflète l’histoire minière du pays et de l’autre c’est une formidable réserve naturelle.

Le nouveau centre d’accueil « Ellergronn » ouvrira ses portes à 17 heures ce vendredi.

Rarement l’on voit de nouvelles infrastructures ouvrir leurs portes à des endroits aussi empreints d’histoire. Déjà, pour se rendre au nouveau centre d’accueil « Ellergronn », il faut traverser le quartier historique de la Hiehl eschoise – historique parce que c’est là, de l’autre côté des chemins de fer, que s’installèrent les premiers immigrés italiens, allemands ou polonais au début du siècle dernier. D’un côté, c’était un lieu séparé des autres communautés, de l’autre, les ouvriers n’avaient qu’à remonter leur rue pour se rendre à la mine du « Kaazebierg » ou sur les lieux où le minerai était exploité à ciel ouvert. Encore de nos jours, le promeneur attentif peut voir les restes de l’ère industrielle dans la forêt – que ce soit sous forme de trous non naturels qui sont en fait des galeries effondrées, d’escaliers fantômatiques en pierre à l’orée des bois qui ne mènent nulle part ou encore d’empreintes des voies ferrées qui parcouraient tout le territoire, transportant la précieuse terre rouge. Après la fin de l’époque minière, la nature a petit à petit repris ses droits et le site s’est vite repeuplé d’une faune et d’une flore intéressante – au point où le « Ellergronn » est devenu une réserve naturelle, chemin balisé inclus. Pourtant, le nombre de gens qui connaissent ce lieu magnifique reste restreint : l’endroit est reculé et, faute d’informations, la plupart des personnes qui fréquentent la réserve y ont été amenées par leurs parents et grand-parents. Ainsi, la découverte de lieux magiques comme le « Liégeois-Weier » – dont personne ne sait d’où il tient son nom – a longtemps été une affaire de transmission générationnelle plus qu’autre chose. Une seconde possibilité de découvrir la réserve est d’être scolarisé à Esch-sur-Alzette ou dans les communes environnantes : dans ce cas, plusieurs passages à la fameuse « Waldschoul », qui se situe à proximité du nouveau centre d’accueil, étaient obligatoires et souvent salutaires.

Mais cette donne est sur le point de changer, explique Jean-Claude Kirpach, chef du service de la conservation de la nature à l’administration des eaux et forêts. « Nous voulons amener un maximum de gens à fréquenter ce site. C’est cela l’objectif auquel nous travaillons depuis une bonne dizaine d’années ». Pour Kirpach, il y a deux possibilités de rendre le public attentif à et respectueux envers la nature : « On peut faire des lois et sanctionner celles et ceux qui ne respectent pas l’environnement. Ou on peut sensibiliser les gens, leur montrer et démontrer que tout est lié et que eux aussi dépendent de la nature ». C’est cela l’idée du nouveau centre d’accueil, dont Kirpach est visiblement fier. « C’est le plus grand centre de ce genre qui existe au Luxembourg », constate-t-il. Ce qui convient aussi à la taille de la réserve naturelle, qui est classée d’intérêt européen, puisqu’elle s’étend au-delà de la frontière luxembourgeoise jusqu’en territoire français.

Réunir environnemental, social et historique

Mais il y a un autre élément qui contribue à l’unicité du site « Ellergronn », à savoir la coexistence d’une initiative pour la nature et de sociétés d’histoire locale comme l‘ « Entente Mine Cockerill » et « Les amis de l’histoire ». En effet, le site lui-même se compose de bâtiments historiques renovés pour l’occasion. Il se divise en plusieurs parties : les deux bâtiments principaux contiennent un restaurant d’un côté, avec une petite exposition didactique permanente au premier étage, qui sert avant tout à l’accueil des classes scolaires qui y trouveront – outre les « touch screen » dernier cri – aussi une ? salle de classe. L’autre bâtiment est prévu pour être utilisé comme une salle polyvalente et hébergera dans un premier temps des expositions temporaires. Deux autres grandes bâtisses, qui se trouvent un peu plus bas, sont des lieux de travail qui resteront ouverts aux visiteurs : le musée « Mine Cockerill », dans lequel se trouvent aussi les bureaux de l’entente et une grange dans laquelle les forestiers travailleront le bois, sous l’oeil des interessés. La dimension pédagogique est importante pour Kirpach.

« Il s’agit d’impliquer activement le public dans la protection de la nature », explique-t-il. Ainsi peut-on non seulement acheter du bois au centre mais aussi manger sainement : « Le restaurant `An der Schmett‘ qui a été fondé pour l’occasion ne servira que de la viande issue de l’agriculture durable, c’est-à-dire qu’elle provient du bétail qui se trouve exclusivement dans des réserves naturelles. C’est une façon typiquement luxembourgeoise, mais elle fonctionnera ». Pourtant, il rejette l’idée de vendre de la viande de luxe: « Nous voulons que ce soit viable. L’agriculteur vendra l’animal en entier et non pas seulement les filets. Et il ne les vendra qu’à des restaurants qui utilisent toutes les parties de la bête. Ainsi, il ne fait pas de pertes et l’agriculture durable et les réserves naturelles s’en trouvent fortifiées. Les gens doivent réapprendre à savourer un ragoût ou un jarret », rigole Kirpach.

Le restaurant est aussi l’occasion de verser dans le social. En effet, la cuisine est tenue par des employé-e-s de l’asbl « Femmes en détresse », qui ont fondé une société coopérative pour l’occasion. Introduire une telle initiative dans ce projet n’est réaliste, que si l?on veut vraiment impliquer les gens. De plus, une visite au restaurant sera bonifiée d’une double bonne conscience, celle d’avoir aidé une initiative sociale et celle d’avoir fait une bonne chose pour la nature.

Mais Kirpach est loin de s’arrêter là. « A l’ouverture, nous présenterons aussi de nouveaux chemins balisés à travers la réserve », explique-t-il. « Nous aurons aussi des guides, formés et payés par nos soins qui prendront en charge les promeneurs ». Il existe plusieurs chemins qui varient en longueur et en centre d’intérêt : il y en aura pour les marcheurs qui pourront aller jusqu’en France à travers la forêt, d’autres seront axés sur les aspects historiques et les restes de l’ère industrielle qu’on trouve dans la réserve.

Historiquement, les bâtiments du nouveau complexe ont aussi leurs aventures à raconter : « Ce furent pendant longtemps des halles où des entrepreneurs stockaient leur matériel », raconte Edouard Sand, de l’entente « Mine Cockerill ». « Les premiers propriétaires étaient les frères Collart de 1881 à 1943, puis la mine a été incorporée à la `Gewerkschaft Lützelburg‘. Ce n’est qu’en 1945 que John Cockerill prend la direction de la mine, exploitée jusqu’en 1967. A partir de cette année jusqu’en 1970, l’entreprise Schockmel utilisait les halles comme dépôt, tout comme la firme Ipreco jusqu’en 1985 ». C’est surtout cette dernière qui n’a pas laissée les meilleures impressions. « Là où nous sommes en ce moment, le hall était plein de styropores du sol jusqu’au plafond », raconte-t-il dans le restaurant. Vu que la commune d’Esch n’avait pas l’argent nécessaire pour décontaminer les bâtiments, c’est l’Etat qui les achète en 1986. « Je me rappelle bien d’une visite de Robert Goebbels à l’époque. Il nous a promis d’acheter le terrain, afin que nous puissions au plus vite en faire quelque chose ». 23 ans ont passé depuis, ce n’est finalement pas trop long pour notre pays?

Mais peu importe, le nouveau centre d’accueil « Ellergronn » est un exemple de comment mener à bien une initiative tout en impliquant un maximum d’acteurs qui proviennent de backgrounds différents et qui se complètent, tout en contribuant aux bienfaits de la nature et de la société. Un exemple rare à suivre donc, même si de telles idées prennent leur temps à la réalisation.


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