PHOTOGRAPHIE: Vague, très vague

Honnêtement, comment ne pas penser au tsunami qui vient de frapper les côtes japonaises en passant à côté du kiosque MPK de l’Aica, place de Bruxelles en plein coeur de la ville ? Sans cette catastrophe naturelle – qui en a provoqué une autre, nucléaire celle-là – peu de regards s’attarderaient devant cette oeuvre somme toute banale. Car, finalement, coller une photographie d’une vague immense sur les trois vitrines de la bâtisse n’est pas vraiment révolutionnaire.

Mais voilà, le grand problème est qu’on peut lire dans le texte de l’Aica-Luxembourg accompagnant la photographie, que tel n’était pas l’idée de l’artiste Mike Lamy. Qu’au contraire, le projet était bel et bien en phase de planification au moment où les vagues déferlaient sur le nord du Japon, engloutissant maisons, digues et enterrant des dizaines de milliers de personnes. Donc, la « Déferlante », comme l’artiste a baptisé son projet, ne prend sa dimension politique qu’ad hoc. Comme une herméneutique macabre que l’actualité lui aurait collé dessus. Dommage en somme, car si tel n’aurait pas été le cas, on aurait plus aisément pu établir la référence – probable – que Lamy voulait faire à Hokusai, peintre japonais de l’époque Edo, entre le 18e et le 19e siècle, surtout célèbre pour ses portraits de vagues qu’il dessinait avec un naturel effrayant.

Mais, vu que tel n’est pas le cas, il convient donc d’analyser la « Déferlante » hors de ce contexte actuel. Et malheureusement, il n’en reste pas grand chose. Certes, la dimension esthétique reste indéniable, d’autant plus que le kiosque fait écho au fameux « aquarium » du Casino-Forum d’art contemporain situé de l’autre côté de la rue, ce qui pourrait être vu comme un clin d’oeil ironique. Mais, that’s it, comme dirait l’anglais. C’est tout. Sauf si on veut discourir des heures durant sur certaines notions d’esthétisme et de volume qui ne concernent que les experts artistiques ou celles et ceux qui prétendent l’être.

La « Déferlante » reste donc une de ses oeuvres produites par cette nouvelle « vague » de jeunes artistes luxembourgeois qui rentrent des facs où ils ou elles croient avoir appris le « métier » d’artiste – alors qu’être artiste est un destin et non pas une matière en faculté. Et qui produisent en général des oeuvres certes esthétiques, mais le plus souvent dépourvues de pertinence. Dont acte.

Au kiosque MPK, jusqu’au 12 juin.


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