RÉFÉRENDUM GREC: Le plan D

La démocratie est-elle le pire des systèmes ? Quand elle empêche les forts de faire plier les faibles, même nos dirigeants élus en désespèrent.

Que les marchés financiers ne comprennent rien à la politique, cela ne surprend guère. Mais que les élites politiques européennes paniquent face à l’annonce d’un référendum dans un Etat membre qui pèse moins de deux pour cent du PIB de l’Union, en dit long sur la bulle dans laquelle ils vivent et agissent.

Bien sûr, leur agacement est compréhensible : le coup de poker de Georges Papandréou remet en question le résultat de négociations longues et difficiles. Le référendum est considéré non comme un gage de démocratie, mais comme une manoeuvre politicienne. Indéniablement, la décision du premier ministre grec est empreinte de considérations de politique intérieure. Mais cela est de bonne guerre : le ballet diplomatique pour résoudre la crise grecque a été, depuis le début, un patchwork de chorégraphies écrites à l’encre des opinions et des intérêts nationaux des pays dominants.

A trop crier à l’arnaque, les dirigeants européens oublient que la manoeuvre de Papandréou peut réussir : si une majorité de Grecs prend peur et vote oui, aussi bien le premier ministre que le plan d’austérité qu’il a négocié bénéficieront d’une réelle légitimité. Ce qui devrait également arranger les marchés que l’Union européenne. Dans le cas contraire, cela confirmera simplement que la Grèce n’est pas « too big to fail ». Si le reste de la zone euro se rassemble de manière crédible autour du Fonds de solidarité version « leverage », la sortie d’Athènes fera peu de dégats. Dans les deux cas, le référendum permettrait aux marchés et à l’Union de trancher ce noeud gordien à bon compte.

L’enthousiasme suscité à gauche par l’annonce de Papandréou relève donc de la candeur. Ni les calculs du premier ministre, ni le chauvinisme grec sur lequel s’appuient les adversaires du « diktat européen » ne s’inscrivent dans le mouvement progressiste international symbolisé par « Occupy Wall Stret ». Néanmoins, on peut saluer le référendum parce qu’il renforce la démocratie contre l’oligarchie bruxelloise et le débat public contre les négociations à huis clos.

Surtout, la manière dont une partie des dirigeants européens a réagi à l’annonce de la consultation populaire est choquante. Suite au fiasco de la Constitution européenne en 2006, leur désamour vis-à-vis de la démocratie est devenu apparent. Ils ont tout fait pour éviter que les populations revotent sur le texte édulcoré en 2009. Mais avec les tentatives d’intimidation pour empêcher le référendum grec, un nouveau pas vient d’être franchi. Jusqu’où nos dirigeants iront-ils ? Verra-t-on un jour des chars « nettoyer » la place Syntagma ?

Pour toutes ces raisons, la gauche soutient le principe du référendum. Mais sans illusions : quelque soit le résultat, cela ne résoudra rien. En effet, en ce qui concerne la Grèce, ni l’acceptation résignée, ni le rejet révolté du plan de sauvetage ne la sortiront de l’ornière. Un pays de taille modeste a tout à perdre en claquant la porte de l’Union. Mais Athènes peut réclamer une renégociation du plan afin d’allier remise de la dette, réformes structurelles et programme de croissance convaincant.

En ce qui concerne l’Europe et le monde, c’est plus compliqué. Trois ans après le krach, les acteurs économiques voudraient faire oublier leurs responsabilités, tandis que les acteurs politiques hésitent à prendre des mesures conséquentes. Pourtant, l’affaire grecque rappelle qu’une re-régulation drastique de la sphère financière est indispensable. Quant au cercle vicieux des dettes publiques, dans lequel les coûts environnementaux prendront de plus en plus d’importance, il ne pourra pas être brisé avec les politiques basées sur les dogmes libéraux envisagées au niveau du G-20.


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