PHOTOGRAPHIE: Corp-oralité

Qui aurait pensé qu’il était encore possible de faire parler le corps humain en art, de façon originale, cela s’entend ? En tout cas, celles et ceux qui, blasé-e-s, diraient qu’ils ont tout vu de cette perspective feraient mieux de faire un tour à la galerie Covart, qui expose en ce moment les photographies du jeune Bagrad Badalian. D’origine arménienne, un pays qu’il a pourtant quitté à l’âge de neuf ans, il s’est vite orienté vers l’art, ce qui, avec deux parents peintres, ne devrait guère étonner. Ce dernier détail est important si on veut contempler ses photographies sous le bon angle. Car la peinture semble avoir eu une grande influence sur la façon dont Badalian compose ses oeuvres.

En Belgique, qui est devenue sa terre d’exil, il a développé un langage imagé qui lui est propre, un vrai style reconnaissable à quelques détails récurrents. D’abord il y a la couleur : absente de la plupart des images, elle n’en est que plus éclatante quand l’artiste l’utilise, comme sur quelques portraits d’hommes dépeints sur une admirable palette qui combine le noir à toutes les variations allant de l’orange au rouge feu. Mais ce qui frappe surtout est son sujet principal : le corps humain. On ne peut pas dire que Baladian fait des portraits, même si certains visages apparaissent clairement. Ce qu’il fait, c’est utiliser le corps pour illustrer un propos ou un état d’âme. Devant certaines images où l’on voit un amoncellement de corps nus et distendus qui s’emmêlent dans une espèce de grande étreinte malsaine, on pense immédiatement à certains tableaux de Francis Bacon. Et pour cause : une partie des tableaux exposés font partie d’une série nommée « Insanity », qui fait donc référence aux maladies mentales. Et si on veut, on peut voir dans ces compositions des formes de schizophrénie, voire de paranoïa aiguë. Pourtant, et c’est là peut-être le talon d’Achille de Badalian, on peut y voir beaucoup d’autres choses encore, ne serait-ce que de l’érotisme par exemple. A trop vouloir définir son sujet, il s’attaque involontairement au génie de ses photographies.

Des photographies qui ne sont pas uniquement esthétiques et artistiquement très puissantes, mais qui témoignent aussi d’une prouesse technique hors normes. Car, au contraire de beaucoup (trop) de ses confrères, Badalian n’utilise aucune technologie de traitement de l’image. Le tout est le résultat d’un jeu savant avec différents temps d’exposition, des lumières et des stroboscopes. On s’imagine que les sessions pendant lesquelles ces photographies ont vu le jour ont dû être exceptionnelles et dures.

En tout cas, une visite à la galerie Covart vaut le détour, si on veut découvrir ce jeune talent dont on entendra sûrement encore parler dans les années à venir.

A la galerie Covart, jusqu’au 13 janvier 2012.


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