SALSA: L’homme-orchestre

von | 27.07.2012

Alberto Caceido est un musicien qui se donne corps et âme aux sons qui l’ont bercĂ© depuis son enfance : ceux de la salsa. Depuis septembre 2011, il vit au Luxembourg.

Musicien, mais avant tout compositeur : Alberto Caceido

C’est la fin juillet et enfin le soleil pointe son nez et les tempĂ©ratures commencent Ă  retrouver leur harmonie avec la saison indiquĂ©e sur les calendriers. C’est pourquoi le rendez-vous pris avec Alberto Caceido et sa femme Jeanne Schmartz – qui est en mĂŞme temps sa manager et une percussionniste d’exception, a Ă©tĂ© dĂ©placĂ© en terrasse sur la place de Paris devant quelques bières bien fraĂ®ches.

Le parcours d’Alberto Caceido pourrait aussi bien figurer dans un manuel de la parfaite intĂ©gration, tant son histoire tient aussi bien d’un conte de fĂ©es que du parcours du combattant. NĂ© en 1974, Ă  Guapi en Colombie pas trop Ă©loignĂ© de la cĂ´te pacifique, Alberto Caceido commence très tĂ´t Ă  s’intĂ©resser Ă  la musique : « C’est en jouant et en chantant avec les enfants de la rue que tout a commencĂ© pour moi Â», raconte-t-il, « A l’Ă©poque, Guapi Ă©tait un village oĂą de temps en temps passaient des musiciens traditionnels, alors qu’aujourd’hui, c’est une ville de quelques 30.000 habitants. J’y ai fait mes premiers pas sur la guitare, tout comme je me suis mis au chant Â». A cĂ´tĂ© de la rue, il n’y avait pourtant aucun moyen d’apprendre la musique : « J’ai juste terminĂ© mon parcours scolaire sur place. Après cela, il a fallu que je quitte mon village natal Ă  la recherche d’un moyen de vivre pour et de ma musique Â».

« A Rotterdam, c’Ă©tait vraiment le dĂ©but d’une nouvelle vie pour moi. J’ai pu m’inscrire au Conservatoire de la ville pour apprendre Ă  vraiment Ă©crire la musique et Ă  composer. Â»

C’est Ă  Cali, que la plupart des EuropĂ©ens identifient sĂ»rement au fameux cartel de la drogue qui y rĂ©gnait – ou règne encore – que le destin amène Alberto Caceido. Mais cela ne tient pas du hasard, car en AmĂ©rique du Sud, tout comme chez tous les passionnĂ©s de salsa, Cali est connue pour ĂŞtre la capitale mondiale de la salsa. « J’ai vite commencĂ© Ă  travailler en tant que musicien Ă  un niveau semi-professionnel, voire vraiment professionnel Â». En ces temps, les engagements ne manquaient pas et Alberto Caceido a eu l’occasion de se former Ă  d’autres instruments, comme le piano ou les percussions. Mais toujours, il n’y avait aucun moyen d’apprendre les bases « sĂ©rieuses Â» de la musique. Ce qui ne l’a pas empĂŞchĂ© de partager son savoir-faire avec des jeunes dĂ©soeuvrĂ©s : « J’ai enseignĂ© la musique en bĂ©nĂ©volat pendant trois ans dans un centre culturel Ă  Cali. Il y avait beaucoup de jeunes hommes qui risquaient de sombrer dans la drogue et la criminalitĂ©. Et certains d’entre eux sont devenus aujourd’hui des musiciens connus dans le monde entier. Ce qui me rend très heureux d’avoir pu y participer Â».

Pourtant, la vie Ă  Cali, mĂŞme si elle est emplie de musique et que les engagements ne manquent vraiment pas, est loin d’ĂŞtre paradisiaque. « L’argent ne suffisait pas vraiment pour bien vivre, juste survivre et puis vu que la ville regorge de musiciens talentueux, la concurrence est vraiment rude Â». C’est pourquoi il profite en 2000 d’un engagement en Allemagne Ă  Hanovre – plus prĂ©cisĂ©ment pour ne pas monter dans l’avion qui devrait le ramener en Colombie. Sur son site, l’Ă©pisode est racontĂ© plus en dĂ©tail : avec quatre autres musiciens de son groupe, Alberto Caceido dĂ©cide de tenter sa chance en Europe, avec comme seuls bagages leurs instruments et quelques habits, ainsi que des visas de touristes valables Ă  peine quelques mois. Par hasard, ils se retrouvent Ă  Rotterdam aux Pays-Bas.

«  Je chante surtout sur l’amour et les gens que je connais. Mais aussi sur les lieux que j’habite ou desquels je viens. Sur le nouvel album, la première chanson ‚Amo a mi Tierra‘ par exemple, est un hommage Ă  mon village d’origine et Ă  la Colombie. »

« A Rotterdam, c’Ă©tait vraiment le dĂ©but d’une nouvelle vie pour moi. J’ai pu m’inscrire au Conservatoire de la ville pour apprendre Ă  vraiment Ă©crire la musique et Ă  composer Â», se rappelle-t-il. En mĂŞme temps, cette inscription lui permet de se rĂ©gulariser face aux autoritĂ©s europĂ©ennes. Pendant cinq ans, Alberto Caceido va donc se consacrer aux Ă©tudes et surtout apprendre Ă  Ă©crire la musique, sa musique surtout. « Avant, en Colombie par exemple, je composais dĂ©jĂ , mais pas de façon très professionnelle. J’expliquais aux musiciens ce que je voulais et puis on mettait tout ensemble. C’Ă©taient plutĂ´t des jam-sessions orientĂ©es que des vraies compositions Â», sourit-il.

Car, une chose qu’on remarque tout de mĂŞme derrière le visage souriant et la rhĂ©torique modeste d’Alberto Caceido, c’est que cet homme a des ambitions et qu’il a des choses Ă  dire. Ainsi, sur son dernier album en date « A CorazĂłn Abierto Â», toutes les compositions et arrangements viennent de lui. Sauf la première, qui est un rĂ©arrangement d’une
chanson populaire. « C’Ă©tait important pour moi de pouvoir m’exprimer par ma musique et mes paroles surtout. D’ailleurs, sur l’album d’avant, `La voz de Colombia‘, c’Ă©tait similaire, la majoritĂ© des compositions venait de moi. Je me vois essentiellement en tant que compositeur et chanteur. MĂŞme si je suis conscient du fait que jouer les diffĂ©rents instruments procure des avantages incomparables Â».

Mais la diffĂ©rence principale entre les deux albums est que le second a Ă©tĂ© Ă©ditĂ© sans label et ne profite que d’un distributeur. « L’ancien label n’Ă©tait pas la meilleure chose pour nous Â», explique-t-il, « Ils ne travaillaient pas vraiment Ă  notre carrière. C’est pourquoi on a dĂ©cidĂ© de sortir du contrat et de prendre les choses en main. De toute façon, c’est mieux ainsi, on a tout sous contrĂ´le Â».

« Avant, en Colombie par exemple, je composais dĂ©jĂ , mais pas de façon très professionnelle. J’expliquais aux musiciens ce que je voulais et puis on mettait tout ensemble. »

Quant au contenu de ses textes, Alberto Caceido ne sort pas du sillon de la salsa, donc pas de revendications politiques, ni de chansons trop tristes : «  Je chante surtout sur l’amour et les gens que je connais. Mais aussi sur les lieux que j’habite ou desquels je viens. Sur le nouvel album, la première chanson `Amo a mi Tierra‘ par exemple, est un hommage Ă  mon village d’origine et Ă  la Colombie. Une autre est dĂ©diĂ© Ă  ma mère et puis il y en a une pour ma femme aussi, Ă©videmment. Dans d’autres chansons encore comme `La vida llegĂł‘ je chante surtout pour faire danser les gens, pour qu’ils passent un bon temps avec ma musique Â». Par consĂ©quent, la vision musicale d’Alberto Caceido ne s’Ă©loigne pas trop de celle de la salsa traditionnelle, quoiqu’il concède qu’au fur et Ă  mesure qu’il vit en Europe, d’autres influences entrent dans ses compositions : « C’est normal que cela m’inspire, mais en mĂŞme temps, toutes mes compositions sont dans le rythme de la salsa Â».

Et le Luxembourg ? « Je commence Ă  m’habituer ici Â», dĂ©clare-t-il. Il vient effectivement de faire ses premiers pas sur les scènes grand-ducales, notamment lors du Blues and Jazz Festival le week-end dernier. « C’Ă©tait une ambiance très positive et festive. J’Ă©tais très content de voir autant de monde danser sur mon groupe Â», raconte-t-il. Professionnellement, il n’a pas encore pris vraiment ses racines au Luxembourg, mais reste enseignant au Conservatoire de Rotterdam. « Pourtant Ă  partir de septembre, je vais probablement commencer Ă  remplacer un collègue dans quelques conservatoires et Ă©coles de musique communales dans le Nord du pays Â».

Et puis, une fois l’interview terminĂ©e, il raconte qu’il doit partir assez vite : « J’ai un entraĂ®nement de football. Je ne suis pas vraiment le meilleur joueur, mais ainsi je peux mieux me socialiser, je pense Â». Pour ce coup, sĂ»rement qu’il a raison.

« A Corazon Abierto Â» d’Alberto Caceido est disponible sur i-tunes et dans les bacs de votre disquaire de confiance. Plus d’infos sous : www.albertocaceido.com

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