AVORTEMENT: La Belle au Bois dormant

Tandis que le grand-duché est à deux doigts de succomber à une fièvre monarchiste aiguë, les Verts sonnent l’alarme sur un dossier qui dort depuis plus de deux ans : l’avortement.

« C’est probablement la dernière fois que j’interviens dans ce dossier avant le vote à la Chambre des députés » – d’emblée, la députée verte Viviane Loschetter tente de mettre la pression sur le dossier, qui, selon elle, est en train d’aller à vau-l’eau. « Deux ans de dialogue de sourds » – c’est le titre de la conférence de presse que la députée a tenue lundi dernier et il est vrai que pendant cette période, beaucoup de choses ont été dites, mais rien n’a vraiment bougé.

Certes, certains petits accommodements ont été entrepris par le ministre Biltgen, comme le fait qu’une grossesse non désirée soit considérée d’emblée comme une situation de détresse. Mais l’essentiel reste et avec lui, la deuxième consultation obligatoire dans un centre spécialisé, qui intervient après la première et qui est de nature purement médicale. Une femme enceinte désirant recourir à une interruption volontaire de grossesse (IVG) doit donc passer par cette consultation dite « psycho-sociale » que Loschetter juge avant tout « humiliante, car une femme qui s’est décidée à emprunter ce chemin douloureux, s’est déjà posée ces questions. Ce n’est rien d’autre qu’une mise sous tutelle, ce qui est totalement inacceptable ». Il y a plusieurs éléments qui renforcent son scepticisme : par exemple, la ministre de la famille, Marie-Josée Jacobs (CSV), est en train de préparer ses services à l’accueil des femmes enceintes justement pour cette consultation, alors que la loi n’a même pas encore été votée. Ce qui témoigne d’une grande assurance de la part de la ministre. Et puis, « au sein de la commission parlementaire, Madame Jacobs a été incapable de répondre à la question `Quelle est la plus-value de cette deuxième consultation obligatoire ?‘ », ajoute Loschetter. Et de suspecter : « On parle déjà de proposer des soi-disant alternatives à ces femmes. Entendez par là : adoption et autres moyens de pression pour dissuader la femme de prendre sa décision ». Et d’ajouter qu’elle considère cette loi comme « bâclée » et certainement façonnée sous la pression de cercles réactionnaires et archi-conservateurs.

En tout cas, la décision des Verts est prise : ils voteront contre cette loi si la deuxième consultation obligatoire est maintenue. Mais, realpolitik oblige, si elle tombe, le parti de Viviane Loschetter est prêt à la soutenir. Pourquoi ? – « Parce que dans d’autres domaines, elle constitue tout de même une avancée, comme la mention de l’avortement chimique ou une meilleure protection des mineures enceintes, qui fait cruellement défaut de nos jours », explique-t-elle. Certes, les Verts préféraient une dépénalisation de l’IVG pure et simple, comme c’est le cas dans beaucoup d’autres pays. Mais ils sont tout de même prêts à accompagner le gouvernement dans ces petits pas – apparemment douloureux – vers une amélioration de la condition féminine.

Le problème qui se pose surtout est celui du sursaut manquant de la société civile. L’initiative « Si je veux » initiée entre autres par le Planning familial s’est quelque peu endormie et n’a jamais vraiment constitué un grand groupe de pression. En tout cas, ce débat se présente différemment de celui très explosif sur l’euthanasie. Ce qui en dit long sur la préoccupation de la société luxembourgeoise à propos de sujets « féminins ». Pourtant, légiférer sur l’euthanasie ou sur l’avortement devrait répondre à une même préoccupation gouvernementale : créer un cadre légal pour des pratiques qui existent de toute façon et leur donner ainsi des limites et des assurances de bon fonctionnement. Car de toute façon, une femme qui veut avorter avortera, qu’importe ce qu’en pensent les conservateurs ou le clergé.


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