FESTIVAL DU CINÉMA BRÉSILIEN: Grand écran pour grand pays

Faisant écho au succès de l’année dernière, le festival du film brésilien tiendra sa deuxième édition au Luxembourg du 15 au 22 novembre. Cette fois-ci, il ne s’agit plus de faire oublier les clichés, mais de mettre en avant les succès de ce secteur.

Trois frères dont
le destin va changer
dans la forêt amazonienne. Le film « Xingu »
retrace l’histoire vraie
des frères Villas-Bôas.

Plus ou moins 5.000 résidents, soit un pour cent de la population nationale, seraient actuellement détenteurs d’un passeport brésilien. Cette présence n’est pourtant pas perçue à la hauteur de son importance numérique. Mais cela est en train de changer. L’année passée, l’association Made in Brazil avait organisé le premier festival du film brésilien au Luxembourg (voir woxx 1133). L’événement avait été planifié à échelle modeste, mais son succès a dépassé les attentes des organisateurs : 600 spectateurs pour les quatre séances au cinéma Utopia. Côté public, un autre pari avait été tenu : celui d’attirer surtout des non Brésiliens, car il s’agissait de faire connaître ce pays méconnu malgré sa taille, à travers une autre lorgnette que celle de Copacabana, les favelas ou la violence.

A la faveur de ce succès, une deuxième édition s’est imposée. Et elle s’annonce plus ambitieuse, déjà pour ce qui est du nombre de films projetés, passant de quatre à neuf. Pourtant, seule une poignée de bénévoles mettent la main à la pâte autour de Pieca Lévy, la coordinatrice du projet : ils sont quatre à suivre le travail de manière permanente et une dizaine à participer à l’exécution lors des projections. Par contre, ce qui a augmenté, c’est le nombre de sponsors (dont le woxx). Tant mieux, car la crise touche également le milieu associatif. De plus, le festival ne sera plus confiné à l’Utopia au Limpertsberg, mais proposera également des projections à la Cinémathèque ainsi qu’à l’Utopolis au Kirchberg. Et en guise de supplément, on pourra aussi visiter à l’Abbaye de Neumünster une exposition d’une vingtaine d’affiches de films brésiliens. Finalement, le festival a réussi à bénéficier, comme il se doit au Luxembourg, d’un support royal avec la présence annoncé du Grand-Duc Henri et d’Esmeralda de Belgique, fille de l’ancien roi Léopold III et par conséquent tante du chef d’Etat luxembourgeois, lors de la soirée de lancement.

Au coeur du poumon du monde

Leur présence n’est pas qu’une action de promotion. Léopold III était un grand admirateur du Brésil, pays auquel il a en partie dédié sa passion, la photographie. Il s’y rendait régulièrement dans un cadre privé et a notamment réalisé des milliers de clichés en Amazonie le long du fleuve Xingu. C’est justement cet engouement qui est relaté avec la projection d’un court documentaire d’une trentaine de minutes, « La visite du roi » de Babi Avelino, suivi du film « Xingu » de Cao Hamburguer, sorti cette année et véritable succès critique et populaire. Méconnu en Europe, mais emblématique au Brésil, ce film raconte l’histoire vraie des trois frères Villas-Bôas, qui, par goût de l’aventure, ont participé en 1940 à l’expédition Roncador-Xingu. Cette expédition est en quelque sorte à considérer comme la ruée vers l’Ouest brésilien dans un contexte politique de volonté modernisatrice et colonisatrice des confins encore inexplorés de l’immense forêt amazonienne. Toutefois, la destinée des trois frères changea radicalement au contact des peuples indigènes présents sur le territoire. Ils en vinrent ainsi à s’engager dans une lutte pour la survie de ces peuples qui aboutira, une vingtaine d’années plus tard, à la création du Parc national Xingu.

Restons dans le « poumon du monde » avec un autre film, un documentaire cette fois-ci, intitulé « Amazônia Eterna ». Réalisé par Belisario Franca, le film se penche sur la réalité complexe de la forêt, notamment sa valeur économique ou plus particulièrement la question de l’exploitation durable de cet immense vivier aux ressources variées. Car la forêt amazonienne est aussi un lieu de vie pour des millions de personnes. Le documentaire aborde tous les champs potentiels d’une exploitation et de ce qu’elle a à offrir : agriculture, pêche, eau (20 pour cent des réserves d’eau douce s’y trouvent), énergie, tourisme, science, exploitation du bois, etc.

Si l’édition du festival de l’année dernière avait pour mot d’ordre « Oubliez vos clichés » à propos du Brésil, le cru 2012 est tout à la mise en valeur de son cinéma et cherche à projeter également des oeuvres primées. Ainsi, les spectateurs pourront découvrir un film sorti l’année passée et qui a fait sensation, allant jusqu’à rafler douze prix à l’Académie du cinéma, le concours le plus prestigieux du Brésil, et a même été sélectionné pour représenter le pays aux Oscars de 2013. « Le clown » (« O Palhaço ») de Selton Melo, raconte l’histoire d’un clown appartenant à une petite troupe de cirque de village, comme il en existe encore des milliers au Brésil, et qui, en plein crise d’identité, veut radicalement changer de vie : se ranger, avoir une adresse fixe et un numéro de registre national.

Dans la même veine, la Cinémathèque participe au festival en projetant quatre films sous le thème « Le Brésil aux Oscars » : deux de ces oeuvres sont d’ailleurs assez bien connues du grand public au-delà des frontières. Des films à revoir pour les amateurs ou à découvrir pour ceux qui ne les connaîtraient pas encore. Il s’agit bien évidemment de « Central do Brasil » de Walter Salles qui date de 1998 et de « La Cité de Dieu » (« Cidade de Deus ») de Fernando Meirelles, de 2002. Le premier, poétique et émouvant, relate l’histoire d’une institutrice à la retraite qui officie en tant qu’écrivain public au service des nombreux illettrés qui arrivent dans le hall de la gare principale de Rio, et qui va aider un jeune garçon à retrouver son père dans la région pauvre du Sertão dans le Nordeste. Le second, rude et réaliste, raconte l’histoire d’un quartier violent de Rio et des problématiques sociales qui touchent les jeunes qui y vivent.

De Rio à Hollywood

La Cinémathèque montrera également une oeuvre méconnue de ce côté-ci de l’Atlantique. « Quatre jours en septembre » (« O que é isso companheiro ? ») de Bruno Barreto, sortie en 1997. Ce film est tout particulièrement destiné aux amateurs de thrillers politiques, d’autant plus qu’il décrit un fait réel. En 1969, en pleine dictature militaire (1964 – 1985), deux groupes de résistance d’extrême gauche, le MR-8 et l’ALN, prennent en otage l’ambassadeur des Etats-Unis et exigent en échange la libération d’une quinzaine de leurs camarades emprisonnés. Le film est important étant donné qu’il montre un épisode peu connu d’une longue dictature, d’une de ces dictatures d’extrême droite, instaurées dans le cadre de l’« Opération Condor » qui ensanglantèrent l’Amérique latine. Finalement, dans un registre radicalement différent, la Cinémathèque propose le récent « Wasteland » (« Lixo extraordinário »), documentaire de Lucy Walker et de João Jardim datant de 2011. Comme le nom l’indique, le documentaire est tourné sur la plus grande décharge du monde située dans la banlieue de Rio et présente un projet utopique mené à terme par l’artiste brésilien Vik Muniz. L’artiste issu d’un milieu modeste mais menant entre-temps une vie confortable à New York, s’est installé sur cette décharge pendant trois ans pour y réaliser une oeuvre artistique impressionnante avec les « catadores », les ramasseurs de déchets recyclables. Oeuvre qui sera par la suite vendue aux enchères et dont l’argent leur a été entièrement reversé.

Terminons sur une note plus joyeuse avec le film familial sorti l’année passée « Une instit pas comme les autres » (« Uma profesora muito maluquinha ») de César Rodrigues. Le film, qui s’adresse également aux enfants, est inspiré du livre du même nom de l’auteur Ziraldo, créateur du personnage « O menino maluquinho » – littéralement « le petit garçon espiègle » – toujours coiffé d’une casserole et vivant des aventures dans le Brésil des années 1950 et 1960. C’est en somme le Petit Nicolas version brésilienne. Mais dans ce film, l’histoire tourne autour de l’arrivée d’une jeune et très belle institutrice peu conventionnelle qui vient secouer une société encore très conservatrice.

Une société qui, comme nous le savons, a beaucoup changé depuis : progressisme éclairé dans les années 50 et 60, dictature militaire suivie d’une démocratie libérale qui a pourtant maintenu la politique ultralibérale des militaires, pour finalement, en revenir avec Lula puis Rousseff, à une politique de centre-gauche qui favorise l’émergence d’une grande classe moyenne et prépare le Brésil à son avenir mondial. Quant au cinéma brésilien, même s’il a déjà une longue histoire derrière lui, son avenir reste tout autant à tracer tant il compte de retards. Car, contrairement à une tendance répandue dans de nombreux pays, tant en Europe qu’en Afrique du Nord ou en Asie, au Brésil, le cinéma ne compte pas parmi les loisirs culturels des couches populaires. En raison du manque de salles et des prix d’entrée relativement élevés, c’est un loisir plutôt « réservé » aux classes moyennes. D’ailleurs, lors de sa campagne électorale, l’actuelle présidente Dilma Rousseff avait promis qu’à la fin de son mandat toutes les communes du pays seraient dotées d’un cinéma. Projet pharaonique, car cela signifierait, comme l’a fait remarquer la presse locale, que trois à quatre salles ouvrent par jour. Mais le colosse de l’Amazonie ne peut avancer qu’à grands pas.

Pour plus d’informations, consulter la partie agenda du woxx ou la page www.brazilfilmfestival.lu. Les billets sont en vente sur www.luxembourgticket.lu


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