EXPOSITIONS: Le Mudam cherche Dieu

von | 22.11.2012

Pour sa nouvelle exposition « Dieu est un fumeur de Havanes Â», le Mudam se met en quĂŞte de spiritualitĂ© et dĂ©couvre que seul le doute existe vraiment.

Dieu avec nous : Damien Deroubaix détourne un message divin.

Dire que le monde de 2012 est un monde en crise, est devenu une lapalissade. Mais pour percevoir la totalitĂ© de cette crise, il faut ajouter Ă  celle du monde de la finance et des gouvernements la crise spirituelle. Force est de constater que depuis le dĂ©but du millĂ©naire, les questions de religion ne cessent de gagner en ampleur – mĂŞme au Luxembourg, oĂą l’influence catholique ne cesse de pĂ©nĂ©trer le dĂ©bat public, au grand dam des forces progressistes qui espĂ©raient ces temps rĂ©volus.

C’est peut-ĂŞtre aussi une des raisons pourquoi le Mudam vient de monter « Dieu est un fumeur de Havanes Â», la troisième et dernière exposition dont les pièces ne proviennent que des fonds du musĂ©e mĂŞme. Mais au lieu de faire les bouffeurs de curĂ© de base, les commissaires Marie-NoĂ«lle Farcy et ClĂ©ment Minighetti se sont attelĂ©s Ă  un vrai travail de recherche et exposent des pièces qui touchent les grandes questions mĂ©taphysiques et mettent en doute les capacitĂ©s de l’homme de juger et d’ĂŞtre sĂ»r de ses rĂ©ponses.

C’est avant tout la pièce maĂ®tresse de l’exposition, l’installation « From Lucy with Love Â» de Christian Andersson, qui illustre au mieux les propos des commissaires. Dans cette suite de plusieurs vitrines, qui imitent bien celles que l’on peut retrouver dans presque chaque musĂ©e d’histoire naturelle, Andersson invite le spectateur Ă  un voyage dans le temps et dans le doute. La première montre trois reconstructions de tĂŞtes de mort ; celle de la fameuse australopithèque Lucy, une d’un nĂ©anderthalien et une d’un homo sapiens. Mais dĂ©jĂ , c’est moins la vĂ©ritĂ© scientifique qui est mise en avant que l’histoire d’une erreur monumentale en ce qui concerne l’homme de NĂ©anderthal : « Au dĂ©but, on pensait que les nĂ©anderthaliens avaient Ă©voluĂ© dans une toute autre direction, les scientifiques se basant essentiellement sur le crâne exposĂ© ici. Ce n’est que beaucoup plus tard qu’ils se sont rendus compte que ce crâne Ă©tait forcĂ©ment dĂ©formĂ©, puisque c’Ă©tait celui d’un vieillard Â», explique Marie-NoĂ«lle Farcy. La deuxième vitrine est dĂ©diĂ©e Ă  un objet aussi curieux que controversĂ© : la fameuse « pile Ă©lectrique de Bagdad Â». DĂ©couverte en 1936 et datant du troisième siècle avant JĂ©sus-Christ, cette poterie mystĂ©rieuse renferme en son sein des fils de cuivre et pourrait vraiment avoir servi de pile Ă©lectrique, ce qu’Andersson dĂ©montre d’ailleurs, puisque son modèle Ă  lui fonctionne. En plus, vu que l’original a disparu au cours des pillages qui ont suivi l’invasion amĂ©ricaine de 2003, l’exemplaire d’Andersson est bien le seul qu’on peut encore voir dans un musĂ©e de nos jours. Et si les tenants de l’hypothèse que cette pile aurait vraiment servi Ă  la production d’Ă©lectricitĂ© avaient raison, il faudrait réécrire des pans entiers de notre histoire. Dans les deux autres vitrines, Andersson continue Ă  exposer des produits qui pourraient induire le doute, comme une construction prĂ©caire incluant un cierge et une louche tenus dans un Ă©quilibre prĂ©caire. L’installation se termine avec un extrait de film de sĂ©rie B amĂ©ricain, « On the Beach Â», dont la particularitĂ© est son nĂ©gativisme : « C’est l’histoire d’un groupe de survivants dans un monde post-apocalyptique Â», raconte Marie-NoĂ«lle Farcy. « Ils essaient d’entrer en contact avec d’autres groupes de survivants, mais ce qu’ils croient ĂŞtre un message se rĂ©vèle ĂŞtre un leurre. Ils se rendent compte qu’ils sont vraiment seuls sur terre. L’intĂ©ressant avec ce film, c’est qu’après sa diffusion, le gouvernement amĂ©ricain a demandĂ© Ă  Hollywood de ne plus jamais produire un film aussi dĂ©sespĂ©rant. Â» Une promesse que la fabrique des rĂŞves semble avoir tenu.

Une autre installation plus explicite fait rĂ©fĂ©rence Ă  une des thĂ©ories la plus souvent invoquĂ©e par les scientifiques pour expliquer l’origine du monde, de l’univers et accessoirement de la vie sur terre : « The Expanding Universe (The Big Bang) Â» de Björn Dahlem est un assemblage d’objets du quotidien qui – ensemble – reprĂ©sentent une figuration du Big Bang. Cette curieuse rencontre entre grande thĂ©orie abstraite et bocaux contenant des cerises confites, une ampoule et autres objets, devrait nous faire penser au fait que mĂŞme ce que nous percevons comme « vĂ©ritĂ© Â» scientifique de nos jours comporte toujours sa part de croyance.

La dernière pile de Bagdad

Plus proches de la croyance religieuse telle que nous la connaissons sont les trois films de JoĂŁo Maria GusmĂŁo et Pedro Paiva. Dans les courts extraits, les artistes font Ă  chaque fois une exploration dans le monde spirituel, comme dans « Film about Skeleton Â», oĂą un squelette de cochon est animĂ© Ă  la vie, non sans qu’on puisse voir les grosses ficelles. Dans un autre, on peut voir des habitants d’un village africain se prĂ©parer Ă  un grand rite, sans qu’on perçoive vraiment Ă  quoi il servira.

L’Afrique est aussi au centre des deux photographies de Pieter Hugo, un ancien photoreporter qui s’est recyclĂ© dans l’art. Les deux oeuvres extraites de la sĂ©rie « Nollywood Â» montrent des habitants de cette ville situĂ©e au NigĂ©ria qui produit presque tous les films d’Afrique subsaharienne. Dans ses portraits, Hugo essaie de mettre en scène ces personnes, non pas par rapport Ă  leurs rĂ´les respectifs, mais leur Ă©tat d’esprit. Dans un tout autre registre, mais toujours en photographie, c’est la grande photographie murale « Marilyn Manson Monument Â» de Candice Breitz qui retient l’attention du spectateur. Faisant rĂ©fĂ©rence aux grandes fresques classiques, elle a rassemblĂ© des groupes de fans de l’artiste rock amĂ©ricain, les faisant poser en groupe. Candice Breitz ne fait pourtant pas dans l’iconolâtrie, mais rĂ©actualise surtout les vieux formats avec de nouvelles croyances. C’est aussi le propos des photographies de Kyochi Tsuzuki extraites de sa sĂ©rie « Happy Victims Â» : ici, des « fashion victims Â» japonaises qui ont dĂ©diĂ© toute leur existence Ă  une certaine marque de vĂŞtements ou Ă  un crĂ©ateur prĂ©cis posent au milieu de leurs collections. Ce qui laisse un goĂ»t doux-amer, puisque d’un cĂ´tĂ©, ces personnes semblent heureuses de vivre leur fĂ©tiche et cela leur donne une certaine force spirituelle, de l’autre on voit que mĂŞme en Asie – oĂą la spiritualitĂ© est vĂ©cue diffĂ©remment – le culte de la mode fait naĂ®tre un certain vide humain.

Toujours est-il que les modes n’Ă©chappent pas non plus Ă  la perception religieuse de l’Occident, comme on peut le voir avec le tableau « Gott mit uns Â» de Damien Deroubaix. Ici, le titre de la peinture apparaĂ®t comme un logo de marque de skateboard au milieu de figures cauchemardesques issues de l’enfer et d’une explosion de bombe atomique qui triomphe sur tout.

En somme, « Dieu est un fumeur de Havanes Â» est une exposition sympathique non seulement pour sa rĂ©fĂ©rence Ă  Serge Gainsbourg. On a l’impression que le choix des oeuvres s’est fait plus consciencieusement que les dernières fois, car on est moins abasourdi par la pure masse des oeuvres exposĂ©es. Surtout, la raretĂ© des films artistiques donne de l’air Ă  respirer et renforce encore la clartĂ© de la construction de l’exposition. A voir donc.

Au Mudam, jusqu’au 16 juin 2013.

Dat kéint Iech och interesséieren

KULTUR AM ALLGEMENGEN

Assises sectorielles du chant choral: Junge Chorsänger*innen gesucht

Die „Assises sectorielles du chant choral“ vom vergangenen Samstag offenbarten, wo den Chören hierzulande der Schuh drĂĽckt. Es mangelt an Sichtbarkeit, pädagogischem Know-how und vor allem an Nachwuchs.   Wie bei Rundtischgesprächen ĂĽblich, boten die „Assises sectorielles du chant choral“ vergangenen Samstag einen Morgen voller leiser...

KULTUR AM ALLGEMENGEN

Dag vun der Lëtzebuerger Sprooch: Luxemburgisch im Fokus

Die Luxemburger Sprache soll ab diesem Jahr jeden 26. September gefeiert und gefördert werden – und zwar mit Kulturevents, Aktivitäten und Diskussionsrunden. Das Programm der Erstauflage des „Dag vun der Lëtzebuerger Sprooch“ wurde am Montag bei einer Pressekonferenz vorgestellt. „Sprache ist der Schlüssel zur Welt“, sagte bereits Wilhelm von...

KULTUR AM ALLGEMENGEN

Staffelfinale „And Just Like That”: Vergessene Vorläufer

Allzu schwer fällt er nicht, der Abschied von der Serie „And Just Like That“ – sie hat den Charme des Anfangs eingebüßt. Interessanter ist ein Blick auf die Ursprünge: Mit Mary McCarthys Buch „The Group“ fing alles an. Und einfach so ist alles vorbei: Mit dem Staffelfinale des „Sex and the City“-Sequel „And Just Like That“ schließt das...