Tanovic Danis: No Man’s Land

Le Cycle du cinéma des Balkans débute le 14 septembre avec „No Man’s Land“ de Danis Tanovic, film de guerre sous forme d’une comédie.

Photo: Thibaut Demeyer. Cannes 2001 Les deux soldats Ciki, le Bosniaque et Nino, le Serbe dans "No Man’s Land" de Danis Tanovic.

Accueilli dans la cour des grands au Festival de Cannes 2001 avec son premier long métrage „No Man’s Land“, le Bosniaque, naturalisé belge, Danis Tanovic a décroché le prix du meilleur scénario et enthousiasmé toute la presse internationale. Issu de l’école de cinéma de Sarajevo, Danis Tanovic a expliqué, lors de sa conférence de presse à Cannes, que lorsque le conflit a éclaté, un choix s’imposait: soit il quittait le pays, soit il restait pour se cacher, ou alors partir au front, armé d’une caméra pour réaliser des reportages. C’est la troisième solution qu’il a choisie et ses reportages ne sont pas restés inconnus puisqu’ils ont fait le tour de toutes les télévisions. Une fois la guerre terminée, il a décidé d’écrire un scénario dont le fond était la guerre, mais sous forme de comédie. Un ton qui ne plaît pas toujours mais qui s’explique: „Si j’ai décidé de traiter le sujet sur le ton de la comédie, c’est parce que durant la guerre, l’humour joue un rôle important. C’était notre seule chance de survie. Sans humour, nous serions devenus tous fous!“ Cela dit, ce mode de narration n’est pas incompatible avec les messages que Danis Tavonic a tenu à délivrer. Il montre bien évidemment du doigt l’absurdité de la guerre mais tourne également en ridicule les casques bleus, surnommés les „Schtroumpfs“, en les mettant dans une situation absurde, permettant ainsi de prouver non seulement leur inefficacité mais également leur inutilité, car eux-mêmes sont prisonniers d’un système administratif bien trop lourd qui n’a pas sa place dans un tel conflit.

Ennemi par origine

Nous sommes en 1993 en plein coeur de la guerre de Bosnie. Deux soldats, Ciki et Nino, un Bosniaque et un Serbe, se retrouvent bloqués dans une tranchée située entre les lignes de front ennemies, appelées „No Man’s Land“. Alors qu’un casque bleu français tente tant bien que mal de trouver une solution, une journaliste vient y mettre son grain de sel, transformant ce simple fait divers en un véritable show médiatique international. Pendant que le soldat français essaie de jongler avec à la fois, le problème des deux soldats et celui de la presse qui se fait de plus en plus menaçante, les deux protagonistes négocient le prix de leur vie.

Ce qui est remarquable dans le film de Danis Tanovic, c’est qu’il nous raconte une histoire qui se passe la plupart du temps à huis-clos et qu’à aucun moment le spectateur ne s’ennuie. Le rythme est omniprésent, sans pouvoir se douter un seul moment de ce qui va se passer, comme pour ces deux soldats qui sentent la mort roder mais qui ne savent pas sur qui elle va s’abattre. En plus, il décrit brillamment la haine qui existe entre ces deux peuples. Alors qu’ils sont pris au piège et qu’ils se retrouvent seuls, au lieu de s’entraider et d’admettre qu’ils sont en train de livrer un combat qui n’a aucun sens, ils font tout pour se détruire l’un l’autre. Même pris au piège, seule la loi du plus fort est de rigueur. Par exemple, lorsque le soldat serbe prétend que les Croates sont responsables du conflit, le Croate prétendra le contraire jusqu’au moment où, face à la menace du fusil du Serbe, il changera d’avis. Mais quand le Croate s’emparera du fusil, il fera avouer le Serbe qu’ils sont responsables du conflit. En plus de la haine entre les deux peuples, il y a de la rancune. Ces petits détails sont nombreux dans ce film réalisé avec une grande maîtrise et un savoir faire qui nous fait penser que le cinéma entendra encore parler de Danis Tanovic, qui n’a pas hésité à pousser le bouchon encore plus loin dans la description de la haine et de l’absurdité. Comme cette histoire de langue où le Serbe prétend parler le Serbe, le Croate parle le Croate et le Bosniaque parle le Bosniaque. Or, ils se comprennent parfaitement puisqu’il s’agit de la même langue!

„No Man’s Land“ est bien plus qu’un film sur la guerre, c’est aussi une remise en question sur le comportement de l’homme en général.

„No Man’s Land“ de Danis Tanovic, Bosnie 2001, s.-t. fr. + nl. Avant-première au Ciné Utopolis le 14 septembre en présence du réalisateur. (Prévente à partir du 11 septembre)

Danis Tanovic lors de sa conférence de presse au Festival de films à Cannes en mai dernier: „Si j’ai décidé de traiter le sujet de mon film sur le ton de la comédie, c’est parce que durant la guerre, l’humour joue un rôle important. C’était notre seule chance de survie.“

„No Man’s Land“ de Danis Tanovic, un des quatre films présentés lors du cycle du Cinéma des Balkans que l’Utopia propose en collaboration avec l’ASTI et „Ludens“. A partir du 14 septembre au Ciné Utopia.


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