Demuth Marc: Contrebasse, passionnément!

Marc Demuth est l’un de ces jeunes musiciens de jazz luxembourgeois qui s’exilent pour mieux pratiquer leur art. Nécessité due à la petitesse du pays et à l’absence d’une vraie culture du jazz au Luxembourg.

Marc Demuth: „Il n’est pas nécessaire de tout comprendre et de piger toutes les subtilités techniques pour pouvoir apprécier le jazz. Je pense que les gens qui nous écoutent sentent bien si on affectionne notre musique.“
Photo: Christian Mosar

JAZZ LUXEMBOURGEOIS

Marc Demuth a 24 ans et de l’énergie à revendre. Trimballant son instrument encombrant à travers le Benelux, il est pour l’instant de tous les bons coups. Au Luxembourg, on se l’arrache, et en Belgique, il est un habitué des clubs les plus réputés. Après des études brillantes aux Conservatoires de Luxembourg et de Bruxelles (où les étudiants se souviennent de lui avec le plus grand respect), il affine actuellement son jeu à La Haye auprès de Heyn van de Geyn, l’un des meilleurs contrebassistes européens.

Extrêmement généreux dans la pratique de la musique, Marc Demuth ne se livre pourtant que peu à peu lors de notre entretien, affichant un mélange de scepticisme et de modestie. „Je ne planifie pas ma vie en tant que jazzman. D’ailleurs, c’est impossible. Je veux jouer de la contrebasse, le mieux possible. Pour ce qui est de la stabilité, j’ai commencé cette année à enseigner au Conservatoire d’Esch/Alzette, par une volonté de transmettre mes expériences et aussi par nécessité économique. Mais je voudrais, en tant qu’enseignant, éviter un certain académisme étouffant qui, étant élève, m’avait presque dégoûté de la musique“.

Marc Demuth avait entamé un parcours des plus classiques dans nos conservatoires: solfège et clarinette, rigueur et diplômes. Afin de sortir du moule étriqué de cet enseignement qui ne laisse que peu de place à la créativité, devenu adolescent, il se met à la basse électrique et se défoule dans la musique rock. Dans le but de progresser sur son nouvel instrument, il cherche un lieu d’enseignement et ne trouve qu’une solution valable: les classes de jazz des conservatoires, alors qu’il n’a à l’époque aucun penchant pour cette musique, apparemment inaccessible et trop sophistiquée. „Je n’ai rien compris à cette masse d’informations, à cette profusion de gammes et d’accords bizarres. Ce n’est qu’après quelques mois, et surtout après m’être plongé dans l’écoute de disques de jazz que j’ai commencé à mordre à l’hameçon. Et puis, la découverte de la musique du bassiste argentin Jaco Pastorius a été comme un déclic. La suite était logique: fasciné par le jazz des années ’40 et ’50, je ne pouvais pas faire autrement que de me mettre à la contrebasse, c’est-à-dire reprendre aussi, un peu à contrecoeur, les études classiques.“

Absolument nébuleuse pour un non-initié

Marc Demuth connaît donc bien les sentiments d’incompréhension à l’égard du jazz souvent invoqués par le public actuel. Le jazz serait-il vraiment une musique tellement intellectuelle ou compliquée, devenue inaccessible au grand public? „Le jazz a perdu son public, ou plutôt, le public a perdu le jazz. Mais il n’est pas nécessaire de tout comprendre et de piger toutes les subtilités techniques pour pouvoir apprécier le jazz. Je pense que les gens qui nous écoutent sentent bien si on affectionne notre musique et s’il y a une bonne énergie sur scène. D’ailleurs, le public mondain des concerts classiques ne comprend pas non plus les mécanismes de la musique. Et en art contemporain, il est de bon ton de mimer l’intellectuel et de qualifier de géniale n’importe quelle installation, alors qu’elle est absolument nébuleuse pour un non-initié.“

On ressent chez Marc Demuth une volonté de rester honnête et pur dans sa démarche musicale. Mais cela ne nourrit pas encore son jazzman, d’autant plus que les cachets usuels sont plutôt maigres. „Je ne peux pas me plaindre du manque de boulot. Je me produis assez souvent au Luxembourg avec divers ensembles, je donne des cours au Conservatoire d’Esch-sur-Alzette, j’ai un pied bien enraciné à Bruxelles, et je commence à prendre mes marques aux Pays-Bas“. S’y ajoutent divers projets comme l’enregistrement d’un CD avec le „Spire Trio“ ou sa prestation hebdomadaire en club à Bruxelles avec le quartette régulier du pianiste belge Pascal Mohy. Les musiciens de jazz doivent bouger beaucoup pour bâtir leur carrière. On ne reste pas, comme dans la musique pop ou rock, fidèle à une formation unique, on se doit d’élargir son horizon et de se faire un nom par la rencontre avec d’autres musiciens. Et pour que sonne le tiroir-caisse, il faut que le téléphone en fasse autant. „J’ai de la chance, comme il y a une certaine pénurie de contrebassistes, on fait souvent appel à mes services“. Et revoilà l’humilité chère à Marc Demuth! Alors, si entre l’enseignement, les cours, jams, et concerts, il lui reste un peu de temps, qu’en fait-il? „Répéter. Et je viens de faire un détour par Paris où j’avais un gig à bord d’une péniche sur la Seine. Et je me ressource auprès de ma copine. Mais ces moments de sérénité sont rares. En fait, je rêve déjà de pouvoir prendre une année sabbatique, sans déplacements fatigants, isolé quelque part dans la nature afin de pouvoir me consacrer à l’essentiel: travailler intensément mon instrument. La contrebasse“.

Jitz Jeitz

Marc Demuth se produira à la Brasserie L’Inouï à Redange, le 31 janvier 2002 à 20 heures, ensemble avec le pianiste Michel Reis (autre grand talent très prometteur) et le batteur allemand Oliver Strauch dans un programme consacré à Bill Evans.


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