Frenay Frédéric: Histoires souvent macabres

Psychologue de formation, Frédéric Frenay est, depuis quelques années, retourné à ses premières amours, la comédie et la chanson. Actuellement à l’occasion de „Lost in the Stars“.

Frédéric Frenay, un artiste qui s’intéresse aux frontières de l’être humain.

Photo: Christian Mosar

AUTEUR, ACTEUR ET AUTRES

C’est un Frédéric Frenay nerveux qui vient à notre rencontre dans le café-studio du Théâtre des Capucins où, dans une petite heure, il montera sur scène avec l’actrice-chanteuse Sascha Ley. L’artiste d’origine belgo-allemande – il vient au Grand-Duché en 1995, aux bras d’une épouse luxembourgeoise rencontrée sur les bancs de l’Université de Liège – interprète des chansons de Kurt Weill dans le cadre du spectacle „Lost in the stars“. Interrogé sur le pourquoi de son anxiété, il dit avoir peur du faux pas, plus difficile à dissimuler en chanson qu’en tant qu’acteur de théâtre. Début d’un voyage intéressant dans le monde de Frédéric Frenay.

woxx: Quel a été, jusqu’ici, votre rôle préféré?

Frédéric Frenay: Voilà une question difficile. En fait, je pars du principe que tous les rôles se valent et que chacun, à sa manière, m’apporte quelque chose. Si je dois vraiment choisir, je dirais „Treat“ que j’ai joué dans „Les Orphelins“. Mais, à mon goût, ce rôle est venu à un stade trop précoce de ma carrière. J’étais encore un acteur trop immature. Et puis, il y a eu „Messer in Hennen“ avec Sascha Ley, dans lequel j’ai beaucoup apprécié de jouer, surtout parce qu’il s’agissait d’un travail que nous avons choisi nous-mêmes.

A côté de votre travail d’acteur, vous écrivez aussi des pièces de théâtre. Avez-vous un modèle, un auteur favori?

Non, pas vraiment. Ce sont plutôt des courants qui me fascinent, tels que le dadaïsme ou encore le théâtre de l’absurde de Beckett ou de Bernard Marie Koltès.

Et où trouvez-vous votre inspiration d’auteur?

Et bien, je procède par collecte. Collecte de mots, de phrases, d’idées que je note régulièrement et auxquels je reviens plus tard pour construire un texte, une intrigue autour. Ce sont souvent des histoires assez macabres, qui ont un rapport avec les frontières de l’être humain et qui mettent en exergue une certaine perversion.

Pourquoi une thématique aussi noire?

Je tente, par ce biais, de mettre en scène ce qui constitue, à mon avis, le grand problème de notre civilisation: un probléme de communication que l’on cherche à cacher par des réactions extrêmes.

Et comment en êtes-vous venu à l’écriture?

Dans ma jeunesse, j’ai fait partie d’un groupe rock pour lequel je signais déjà des morceaux. Ensuite, l’âge et l’expérience venant, je me suis mis à la composition de pièces, des textes plus adultes à mon sens. J’en ai écrit beaucoup, sans pour autant les utiliser toutes pour la scène.

Vous affirmiez tout à l’heure ressentir une certaine nervosité avant de chanter sur scène ce soir. Vous avez pourtant déjà fait partie d’un groupe de musique?

Je vois mon expérience de la musique au sein du groupe rock plutôt comme une parenthèse. La chanson est pour moi un nouveau défi, un milieu dans lequel je dois encore faire mes preuves, avant de pouvoir me permettre une erreur. Comme je disais tout à l’heure, il est plus difficile de cacher des faux pas musicaux. Cela augmente bien sûr la pression que je ressens. Mais j’adore chanter et, avec Sascha, nous nous éclatons véritablement sur scène. C’est ce qui me pousse à travailler dans cette direction.

Chanter, jouer, tout cela est bien beau, mais gagne-t-on bien sa vie lorsqu’on est – dans votre cas depuis 1998 – officiellement artiste?

On la gagne très mal, en effet. J’ai quitté une carrière bien payée et une fonction que je n’aimais pas pour un métier à vocation, très mal rémunéré. Vous me direz que c’est là de l’idéalisme. Bien sûr, on ne vit pas que d’idéaux. Heureusement mon épouse est là, ce qui permet de joindre les deux bouts. Mais le pire, c’est que, non seulement les cachets sont maigres, mais de plus la commune, d’où je perçois mon salaire, tarde beaucoup à payer. Deux, voire trois mois …

L’une de vos prochaines créations, „L’homme qui“, traite de déficiences neuro-psychologiques. Vous y faites jouer deux aphasiques. En tant qu’ancien psychologue, quelles ont été vos motivations pour ce projet et qu’en retenez-vous?

Travailler, dans le monde du théâtre – où la parole représente tout de même une part essentielle -, avec des gens présentant des problèmes langagiers, a été pour moi le plus grand des défis. Les déficiences neuro-psychologiques incarnées sont surtout des problèmes de perception et marquent un lieu où les frontières entre le normal et l’anormal s’avèrent bien minces. Bien des déficients sont marginalisés simplement parce que, par exemple, ils parlent de façon simpliste ou bien très lentement. C’est ma fibre humaniste qui a été le moteur de cette aventure. C’est une sorte d’hommage philanthrope aux laissé-pour-compte de notre société.

Propos recueillis par Sam Kintziger-Konsbrück

„Lost in the Stars“, avec Frédéric Frenay et Sascha Ley (chant), Georges Letellier (piano), Claude Pauly (guitare), Lisa Berg (violoncelle) et Vania Lecuit (violon) sera encore jouée le 5, 6, 7 et 9 mars à la Brasserie Inouï à Rédange. Réservations tél. 26 62 02 31.


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