Wolff Jean-François: “ Schauspieler ? Selbst schuld ! „

Au Théâtre des Capucins, l’acteur Jean-François Wolff répète „Chat en poche“ de Georges Feydeau, dans une mise en scène de Simon Eine de la Comédie Française.

„Du moment qu’on a choisi ce métier, il faut savoir plonger“. Jean-François Wolff, un acteur en apnée?
Photo: Christian Mosar

Le style particulier de Georges Feydeau est basé sur le quiproquo. Curieuse résonance d’affronter l’illusion, drôle de mécanique, marché de dupe? Dans „Chat en poche“, Jean-François Wolff joue un domestique amoureux d’une invitée. Il n’est bien entendu pas du tout d’accord avec ses patrons.

Comment procède-t-il? „On reprend tel trait de caractère, on regarde davantage, on observe. En répétition aussi, l’on découvre des gestes, des attitudes, factices mais crédibles, qui correspondent au personnage.“

Menteur professionnel?

Le premier Feydeau que Jean-François Wolff a interprété était „Le Dindon“, dans une mise en scène de Frank Feitler. Avec quinze personnes, des intermèdes chantés, dansés, trois décors …

Le texte filait moins rapidement que pour „Chat en poche“, que Simon Eine traite avec moins de moyens scéniques. Mais le metteur en scène se montre très à l’écoute de l’acteur et très pointilleux sur la prononciation. Ce sont deux cultures (allemande et française) différentes.

Il y a une dizaine d’années, après une formation de scientifique et de musicien, Jean-François Wolff s’est consacré entièrement au théâtre. Menteur professionnel?

Au Conservatoire, il a suivi sept ans les cours de Marja-Leena Junker. Mais sa véritable formation d’acteur, il l’a faite sur scène en jouant quatre ou cinq pièces par an. Sa toute première pièce était „Morts sans sépulture“ de Sartre, suivie de „Summerdram“ de Marcel Reuland.

Le changement de registre ne lui fait pas peur, au contraire. „Un auteur, quel qu’il soit, si on l’aborde avec assez de sérieux, intéresse par la manière dont il traite le sujet. Un jour un metteur en scène allemand, qui ne parlait pas français, m’a dit: ‚Schauspieler? Selbst schuld!‘ C’est un choix! Du moment que l’on a choisi ce métier-là, il faut plonger. C’est très enrichissant humainement. Je n’aurais pas laissé tomber ma formation première dans l’ingénierie à gagner dix fois plus d’argent, si je n’y trouvais pas mon compte!“

Mais ce sont les metteurs en scène qui choisissent généralement, bien qu’on puisse proposer des pièces. Un directeur artistique établit ses pièces pour une année et après, il les distribue. Une saison à l’avance, il contactera les personnes susceptibles de participer à un projet.

Est-ce qu’un acteur a une mémoire d’éléphant? „C’est un entraî nement, une technique. D’abord, nous répétons avec le texte en main et cela rentre peu à peu. D’autres fois, si nous n’avons pas suffisamment de temps, nous l’apprenons chez nous. Tout dépend un peu des circonstances.“

Jean François Wolff est franco-luxembourgeois. Il a été à l’école européenne au Kirchberg et se souvient de l’allemand, de l’anglais, de l’italien.

Sa langue est le français. Il lui est cependant arrivé – deux, trois fois – de jouer en luxembourgeois, notamment lors de passages au cinéma, dans les productions d’Andy Bausch.

Mathématiques en situation?

Ses autres apparitions à l’écran? „CQ“ de Roman Coppola, avec Gérard Depardieu, ou encore „D’Artagnan“ de Peter Hyams avec Catherine Deneuve. Ce fut en anglais.

Si les alexandrins des comédies de Molière sont un régal en soi, il est conscient que deux heures durant pour les personnes qui n’en ont pas forcément le goût, cela restera un performance assez acrobatique. Les victimes ne seront pas consentantes.

„Ce qui se passe sur scène est toujours un condensé de ce qui se passe entre deux personnes. Ou entre deux familles. Le développement relationnel, psychologique dans une unité de temps, de lieu et d’action.“

Eloge de l’affabulation, plus le théâtre est épuré avec un minimum d’éclairage pour juste mettre en valeur le jeu, plus cela plaît à Jean-François Wolff. Le texte et le jeu, pour Jean-François Wolff, doivent rendre immédiatement une situation extrême ou du moins y arriver par le développement. Il s’agit d’être en permanence en situation, en état de jeu, de feindre mathématiquement.

Ici, il jouera à l’interrogé et ne laissera rien d’autre transparaître. „Il ne faut jamais relâcher l’attention, le spectateur s’en apercevrait!“

Des projets parallèles? Il s’en occupe, son téléphone sonne. „Dans un mois, dans un cadre de langues anciennes, je vais jouer en latin.“ Après „Chat en poche“, il prépare „Les vacances“ de Grumberg, dans une mise en scène de Philippe Noesen et „Hernani“ avec Hervé Debourjal. Ou alors, Jean-François Wolff peut se transformer en pianiste ou en photographe. Voire en karatéka. Aussi est-il tout à fait plausible qu’il envoye n’importe qui au tapis. Par contre, savoir quel type de personnage il préfère jouer, nous n’en saurons rien.

Anne Schmitt

„Chat en poche“, de Georges Feydeau dans une mise en scène de Simon Eine (Comédie Française). Avec Nicolas Lormeau, Claudine Pelletier, Valérie Bodson, Jean-François Wolff et autres. Première le 17 mars, Théâtre des Capucins, Luxembourg. Autres représentations les 20, 22, 23, 26, 27 mars à 20 heures et le 21 mars à 18.30 heures. Tél.: 22 06 45.


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