Bruno Baltzer: EYETALKS AT ALFA

Né en Provence, la terre des olives, Bruno Baltzer s’est installé au Luxembourg en 1995. Polyvalent et curieux, il aime bien regarder les gens dans les yeux.

L’œil, ornement du visage, vitrine de l’âme, parle. Lisez donc ce que celui de Bruno Baltzer a à vous dire.
(photographie eyetalks)

Mon œil, ton œil, etc.

woxx: Pourquoi l’œil?

Bruno Baltzer: Je vis à travers mon œil. C’est mon œil qui va parler à travers la photo. L’œil est plus que l’organe d’un sens, qui nous permet de nous situer dans l’espace, de reconnaître et de distinguer les choses. Un regard c’est comme une connexion entre deux appareils informatiques, une caméra digitale et un ordinateur. En quelques instants, on peut communiquer à l’autre des millions d’informations. L’idée de „Eyetalks“ c’est justement de saisir cette communication, ce dialogue entre les autres grâce à leur œil, sans avoir besoin de parler.

D’où t’est venue l’idée de „Eyetalks“?

J’aime les portraits. J’en fais pour avoir plus d’amis, parce que j’aime bien me rapprocher des gens. Ma première photo, en fait, a été celle d’un œil. J’aime réduire au maximum les éléments contenus dans le portrait, pour que celui-ci soit vraiment minimaliste. Je me suis rapproché toujours plus et, à la fin, je n’ai fait que l’œil. Un cadrage magnifique pour rentrer dans l’autre. Et, ce qui est formidable, c’est que nous ne nous sommes jamais vus de si près. Ou bien, on voit tout son visage ou, si on est trop collé au miroir, on se voit flou. Et si je regarde mon œil dans un miroir, je ne regarde que l’œil au milieu. Dès que je décale le regard, je ne le vois plus.

Pendant une semaine, tu as fait environ 170 photos. Les gens, sont-ils venus spontanément?

C’était extra! On a invité les clients et les amis de la brasserie Alfa, ainsi que les miens, à venir poser. Je leur ai communiqué mon besoin et ils ont accepté de participer. On gardera l’anonymat. Chaque œil a un code et on pourra le trouver en consultant le site www.eyetalks.net. Il n’y a que le ou la titulaire qui pourra dire „ça, c’est mon œil“. Avec la possibilité par la suite de l’envoyer à son amant-e, à ses ami-e-s, à sa famille. Et avec une grande surprise le jour du vernissage, le 7 juin (ndlr: l’expo restera ouverte jusqu’au 23 juin). Je ferai des tirages grand format des yeux et je les installerai sur la façade. L’installation durera quatre semaines. Chaque semaine, il y aura un nouvel accrochage et le dernier correspondra à la fête de l’Alfa, au vernissage de „Eyetalks“ et au lancement de „eyetalks.net“.

Mais, à quoi cela sert, un œil anonyme? Quelle est la valeur d’un œil méconnaissable?

Ce n’est pas qu’on ne le reconnaît plus, mais c’est qu’on ne le connaît pas. Une fois qu’on a été mis en face de soi, on se reconnaît, on reconnaît la légèreté, l’inclinaison ou la souffrance. Moi-même, une fois qu’on m’a dit quel était mon œil je m’y suis reconnu, mais pas avant. Je te mets au défi de te reconnaître.

Question obligée: Pourquoi es-tu devenu photographe?

A cause des femmes.

Je ne comprends pas

Si je n’étais pas photographe, je traînerais dans les bistrots. En fait, j’ai trouvé un job: je fais des photos dans des restaurants. C’est joindre l’utile à l’agréable.

„Waat gelift“?

D’accord, je le dirai de façon orthodoxe: je ne pouvais plus faire autrement.

C’est-à-dire?

Ça m’a plu et j’ai voulu m’y gratter. J’ai voulu comprendre un instrument, un médium de communication. Cela m’était beaucoup plus accessible que la peinture, que la musique, que la danse

A quel moment as-tu décidé vraiment de devenir photographe professionnel?

C’est une longue histoire qui a commencé les années 90 à Paris. Ce qui me plaisait dans la photographie c’était les très jolies filles.

Pour les prendre en photo?

Mais non, pour sortir avec elles.

Mais quel rapport avec la photo?

Aucun, sauf qu’elles aiment bien les photographes. J’ai fait mon apprentissage avec des photographes de mode et de publicité. J’étais en présence de jolies „plastiques“, et à l’époque j’étais particulièrement obnubilé et endiablé par les femmes. J’ai eu la chance – je ne le savais pas alors – de travailler avec de grands maestros, notamment avec Nick Knight et Javier Valhonrat. Le plus important que j’ai appris avec eux a été, que je pouvais réaliser ce que j’avais dans la tête. A l’époque je n’avais pas de formation artistique, mais plutôt sensuelle ou d’adaptation. Ce sont mes capacités automatiques.

Pendant dix années, je n’ai plus fait de photos et tout à fait par hasard, pour donner un coup de main à un ami, qui m’a demandé de faire une photo pour lui, je m’y suis replongé. Ensuite, comme je travaillais dans le regretté café de Dan, entre deux steaks je faisais un développement et, entre deux journées de travail, je passais deux nuits à photographier la ville, ses sculptures, plein de jolies choses. J’ai bien aimé et je me suis dit que je pouvais gagner ma vie avec ça. Mais avec un côté artistique et, surtout, en gardant ma liberté, en faisant de choix qui ne soient pas trop contraignants, pour avoir encore la chance d’apprendre.

Mais, tu arrives à vivre de la photo? N’as tu pas besoin de faire „mariages, baptêmes, communions“?

J’arrive à vivre, sans les mariages, baptêmes, communions. J’ai des clients, je fais comme tous les artistes. Parfois j’ai la chance d’être sponsorisé, d’être suivi par le ministère de la Culture, d’avoir des contacts chouettes et intéressants. Et j’ai beaucoup d’énergie.

Cela signifie que tu peux vivre matériellement de ça?

Je dois vivre matériellement de ça. Je n’ai pas d’autre choix. Au moins pour faire la photographie que j’ai l’intention de faire.

C’est un principe: dans une journée on a 24 heures. Que l’on soit médecin, enseignant, journaliste, boulanger, plombier, maçon, gendarme, fille de joie, il faut l’être d’une façon professionnelle. Une partie très importante de ma vie est consacrée à l’étude et au travail, ce qui représente au moins dix heures par jour, de travail, de recherche, de lecture, d’écoute. Je me considère en période de formation. Cette exposition est en quelque sorte comme mon brevet de maîtrise, comme un point final d’une période de ma vie. Après „eyetalks at Alfa“ je serai différent.

Et par après?

Je ne sais pas. J’ai tant de projets. J’espère qu’on me reconnaîtra et qu’on voudra travailler avec moi. Mon travail peut également être moins „mondain“. J’aimerais travailler sur des arbres généalogiques. Avec des yeux. Par exemple, l’arbre généalogique de la famille grand-ducale simplement avec des yeux. La tradition du portrait dans les familles nobles me fascine.

Aimes-tu être „portraité“?

Oui, mais, bien sûr, je ne veux pas être photographié par quelqu’un que je n’aime pas, autrement je n’ai pas de problème.

Tu n’as donc aucun projet concret après ça?

Après ça, on verra, après ça on vivra, après ça on continuera …

As-tu des rapports avec d’autres photographes?

Je suis un solitaire avec des partenaires. Je ne vais pas à la chasse avec les gens qui ont les mêmes capacités que moi. Jusqu’à présent j’aime travailler en équipe, mais le photographe c’est moi.

La phrase du jour

La vie est belle, mais ce n’est pas pour ça qu’elle est facile !

Interview réalisée par Paca Rimbau Hernández


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