NATHALIE ZLATNIK: „Si je faisais de l’art contemporain, je photographierais ma vulve …“

Une femme blonde, grande, née en mai 58, qui, au début, peut faire songer à Marlène Dietrich, mais qui ne tarde pas à montrer son style et son caractère tout à fait personnels, s’exhibe dans la vitrine de „Louis Vuitton“, au centre ville, dans le cadre de la manifestation „Or-ne-ment“.

Nous connaissions surtout Nathalie Zlatnik comme peintre avec des dons certains pour le dessin et le portrait. Un trait déterminé et net. La simplicité et la force de ses regards. Autour d’une tasse de café et entourées par de nombreux objets variés, dont une magnifique collection de chaussures, nous avons parlé de son travail, de son évolution, de la/sa vie, en somme.

Nathalie Zlatnik: Il y a vingt ans, avec trois copines j’ai exposé au Cercle Municipal, juste avant la sortie des „Nouveaux sauvages“ en Allemagne. Au Luxembourg, si tu montres quelque chose de nouveau, dans n’importe quel domaine, tout le monde est contre. Mais quelque temps après on te copie. On y retrouve souvent la mentalité de ceux qui disent: „Je n’aime pas ce que je ne connais pas.“ Comme les huîtres, beaucoup de personnes se renferment à chaque nouvelle stimulation.

woxx: Depuis quand es-tu artiste peintre?

Pratiquement, depuis l’âge de 18 ans. Officiellement, depuis mon retour au Luxembourg, après l’université. J’ai étudié à Vienne, à l’École Supérieure des Arts appliqués. Le directeur était très progressiste, il mélangeait le film, la vidéo, la mode, la peinture, la sculpture, dans la direction de l’oeuvre complète. Il partageait l’avis d’un professeur de Beaux-Arts de Paris, très âgé et très vital, qui croyait avec enthousiasme qu’un jour plusieurs sortes d’art se mélangeraient.

woxx: Une chose peut enrichir une autre, peut la compléter

Oui, il y a des artistes qui s’inspirent des films hollywoodiens, d’autres de la nature, de la mode, et l’inverse aussi … A moi, on m’a déjà reproché que mes peintures ressemblent trop à des dessins de mode, ou qu’elles seraient trop classiques, mais j’ai appris à ne pas avoir peur de la critique, parce que les gens peuvent dire n’importe quoi. Moi aussi, je dis n’importe quoi sur ce que je ne connais pas!

woxx: Pendant quelques années tu t’es retirée. Maintenant, comment vois-tu ton évolution?

La principale évolution c’est que j’ai appris à mieux voir la réalité. Avant, j’étais accablée par mes problèmes personnels; je pensais toujours que les autres allaient mieux que moi. Actuellement, j’accepte ce que je suis et ce que je fais. Auparavant, rien de ce que je faisais n’était assez bon. Si ce n’était pas parfait, c’était nul. J’ai beaucoup travaillé là-dessus et maintenant je peux voir la réalité. Je ne cache plus la tête comme l’autruche.

Les vingt dernières années ont été très dures. Surtout parce que je le voulais comme ça. Je voulais devenir la Van Gogh féminine. Tout me semblait si terrible dans la vie que j’ai eu ce rêve romantique. Maintenant, ça suffit! Ce qui m’intéresse, c’est d’être bien dans la réalité, de savoir apprécier le côté agréable de la vie, je veux être du côté du soleil. Pas dans un coin contre tout, mais bouger dans les endroits agréables. Les choses macabres m’intéressent de moins en moins, car j’ai déjà assez baigné dedans.

woxx: De quelles choses macabres parles-tu?

Des choses malsaines, comme, par exemple, me promener dans les cimetières, de penser à la mort, dans un esprit de romantisme noir, de fréquenter des gens malsains, de la folie, de la toxicomanie … Maintenant je me tiens à l’écart de ces choses et de ces gens, parce que cela m’ennuie moi-même. Bref, je parlais de la fascination pour les choses sombres: je n’en veux plus!

woxx: Et cela se remarque dans ta peinture?

Bien sûr! Les dix dernières années, dans ma peinture il y avait beaucoup de noir et blanc. Il y avait des personnages esthétiques, mais très figés. Ce qui m’intéresse en ce moment c’est de peindre, par exemple, des fleurs. Pourquoi pas? Quand c’est bien peint, c’est plus que décoratif.

woxx: On te dit que tu es trop moderne, trop classique …

… trop tout! Pas assez sociocritique, trop agressive, mes peintures sont trop grandes, trop petites, trop sombres, tout, en somme.

woxx: … mais tu parles souvent de l’art contemporain. Est-ce que tu fais de l’art contemporain?

Je fais de l’art contemporain et aussi de l’art classique. Si je faisais de l’art contemporain, je ferais par exemple, une série de photos de ma propre vulve ou d’autres choses sur le corps ou sur le sexe. Mais ici les gens sont tellement complexés et ont tellement peur de cela, qu’ils ne l’accepteraient que dans dix ans et si cela venait de l’extérieur. Quand tu vois ce que les artistes femmes font dans l’art contemporain – oh, là là -, surtout le travail sur le propre corps …

woxx: En fait, quelle est ta notion de l’art contemporain? Que faut-il à une oeuvre pour être contemporaine?

Elle doit être troublante. Elle doit déranger. En pratique, je me vois comme une artiste un peu démodée. Si on fait des choses vraiment révolutionnaires, il faut supporter qu’on te jette des oeufs pourris dessus. Pour un vernissage, j’envisage du sexe, choquant mais esthétique, ou un accouchement, ou une performance ou je montre mes règles … Mais on dirait tout de suite que je suis folle ou que c’est une cochonnerie …

woxx: Mais quel est le but d’actions pareilles? Où mène tout ça, choquer les gens?

En réalité je ne voudrais pas choquer les gens, mais mon but serait de montrer comment c’est, une menstruation, en vérité. Un accouchement, pour moi, c’est une des choses les plus choquantes qui puissent exister. Mais ici, cela mène nulle part, car les gens ont peur de leur propre corps. Même peur de la beauté, de la sensualité. Ce qui semble choquant ici, à Paris c’est mignon et à New York „very nice“. Et le plus choquant qui existe c’est l’amour, le vrai, aussi bien spirituel que physique.

Pour les artistes, le corps est une source d’inspiration presque inépuisable. Or, chez les femmes, cette représentation est bien plus intime que chez les hommes.

Les hommes représentent les femmes comme un objet qu’ils utilisent. Quand les femmes montrent quelque chose de physique, c’est pour représenter ce qu’il y a vraiment dans leur vie. Et cela peut être très choquant.

woxx: Il y a beaucoup d’autoportraits dans ton travail …

La plupart des oeuvres des artistes est une réflexion sur eux-mêmes. Si les oeuvres d’art sont ennuyeuses, c’est parce que les artistes le sont aussi.

woxx: Comment est-tu arrivée à Vuitton?

Patricia Lippert a lancé le projet artistique „Or-ne-ment“. J’ai décidé d’y participer. Avant Noël, je suis allée me promener en ville et j’ai été attirée par un magasin. Tout s’est passé tout seul. J’aimais ce magasin. Je ne voulais pas une vitrine trop grande, parce que je voulais m’exposer moi-même comme oeuvre d’art. A chaque séance, je porte un costume différent. Ce qui attire le plus, c’est le costume star. C’est plus qu’une décoration. En fait c’est une subversion. Pas mal, pour une ex-anarchiste!


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