A l’occasion du „7th CinĂ©nygma Luxembourg International Film Festival“, rencontre avec l’un des membres clĂ© de l’a.s.b.l. organisatrice, Duncan Roberts, Ă©galement rĂ©dacteur en chef du magazine en langue anglaise, „Luxembourg News“.

Comment un Anglais peut-il se sentir bien au Luxembourg? Mode d’emploi selon Duncan Roberts.
En Ă©changeant la Tamise contre la PĂ©trusse, Duncan Roberts est sĂ»r d’avoir fait le bon choix. Après cinq ans Ă Londres, oĂą il Ă©tait gĂ©rant de deux magasins de disques, l’Anglais arrive au Luxembourg en juin 1990. Ce mordu de musique et de cinĂ©ma, nĂ© Ă Manchester, est mariĂ© Ă une Allemande, avec laquelle il a deux enfants jumeaux.
„Les gens me disaient qu’au Luxembourg il n’y avait que dans le secteur financier qu’on aurait des dĂ©bouchĂ©s professionnels. Je n’aimais guère l’idĂ©e de rester dans un bureau huit heures par jour, devant un Ă©cran d’ordinateur. Or, j’Ă©tais arrivĂ© Ă un point dans ma carrière Ă Londres oĂą j’allais devenir le manager de plusieurs magasins, ce qui aurait entraĂ® nĂ© une relation de pur business avec la musique. J’ai donc dĂ©cidĂ© de tenter ma chance au Luxembourg.“
woxx: Comment s’est fait votre engagement dans „CinĂ©nygma“?
Duncan Roberts: En 1994, lors du 10e anniversaire d’Utopia, j’ai rencontrĂ© Romain Roll. Nous avons discutĂ© de notre passion commune, le cinĂ©ma. On est devenu tout de suite des amis. On est beaucoup sorti ensemble Ă l’occasion de concerts. On est allĂ© ensemble au „Festival de CinĂ©ma fantastique de Bruxelles“. A la fin du mois de mars 1995, avec un ancien employĂ© d’Utopia, nous avons organisĂ© la première „Nuit du Film Fantastique“ au Luxembourg. EncouragĂ©s par le grand succès, nous en avons organisĂ© une autre, en 1996, et en 1997 nous avons fait le premier festival, avec dix-huit films fantastiques.
Le festival en est maintenant Ă sa septième Ă©dition. Avec deux nouveaux prix et une prĂ©sence remarquable de rĂ©alisateurs espagnols …
En fait, il y a deux nouveaux Ă©vĂ©nements cette annĂ©e. C’est pour la première fois que le „Grand Prix CinĂ©nygma“ sera dĂ©cernĂ© et c’est au Luxembourg qu’aura lieu la 7e cĂ©rĂ©monie de remise des mĂ©liès d’or. Cette annĂ©e, il y aura Ă©galement le mĂ©liès d’or au meilleur court mĂ©trage.
Quant Ă l’Espagne, c’est clair que ce pays est le numĂ©ro un en Europe pour le film fantastique.
Les Espagnols ont dĂ©sormais une tradition, avec des rĂ©alisateurs comme Jaume BalaguerĂł et Paco Plaza. C’est vraiment impressionnant! Il y a des sociĂ©tĂ©s de production excellentes, comme Filmax. MĂŞme Brian Yuzna, rĂ©alisateur amĂ©ricain de films fantastiques et d’horreur, s’est installĂ© Ă Barcelone.
Vous ĂŞtes aussi journaliste. Comment voyez-vous la situation du journalisme au Luxembourg?
La presse luxembourgeoise a une situation unique en Europe, car elle reçoit de l’aide publique et presque chaque journal est liĂ© Ă un parti politique.
Ce lien entre les journaux et les partis politiques ne serait-il pas nuisible, Ă votre avis, pour la „vĂ©ritable“ libertĂ© d’expression?
Ici les journalistes sont très gentils, comparés, par exemple, aux journalistes anglais, qui vont plus loin dans leurs critiques. La presse est respectueuse envers la vie privée des politiciens et des personnages publics, ce que je trouve positif.
Mais la sociĂ©tĂ© luxembourgeoise est comme ça, très gentille. C’est une sociĂ©tĂ© petite et tout le monde doit pouvoir y vivre. La cohabitation tripartite en est un exemple. Au Luxembourg tu ne peux pas avoir d’ennemis, et chaque personne publique doit entretenir de bons rapports avec les autres, malgrĂ© les diffĂ©rences. Deux politiciens peuvent se battre, mais ils doivent rester diplomates. D’une part, c’est bon, mais de l’autre, on remarque un manque de dĂ©bat et une certaine lenteur dans le dĂ©veloppement des politiques. Trouver des solutions Ă certains problèmes prend ainsi souvent beaucoup de temps.
D’ailleurs, au Luxembourg il n’y a pas de tradition du „investigative Journalism“. Parmi les diffĂ©rentes raisons pour cela, j’en souligne deux. D’abord, c’est difficile de faire des recherches „discrètes“. Si tu parles Ă quelqu’un, celui-ci va tout de suite raconter que tu es en train de mener une enquĂŞte sur tel ou tel sujet. Et puis, c’est fort probable que l’on connaisse les gens, et on se soucie donc de ce qui peut arriver si, suite aux recherches, on publie quelque chose de dĂ©sagrĂ©able.
En Angleterre, les journalistes ont plus de distance par rapport aux personnes qui sont „l’objet“ de leurs recherches. La familiaritĂ© peut ĂŞtre avantageuse, parce qu’on se fait vite des relations, mais cela rend difficile d’avancer en cas de conflit.
Quel est le public au-
quel s’adresse „Luxembourg News“?
La communauté internationale anglophone du Luxembourg. Principalement des Anglais, des Américains, des Japonais, des Irlandais, des Scandinaves, tout le monde qui ne veut ou qui ne peut pas lire des journaux en allemand ou en français. Notre tirage est de 5.000 exemplaires, dont 3.000 abonnements et 1.000 exemplaires distribués dans les hôtels. Le reste est vendu dans les kiosques.
On veut atteindre de nouveaux lecteurs: les gens entre 24 et 30 ans, qui restent ici juste pendant deux ans et qui s’intĂ©ressent peu Ă la vie politique du Luxembourg, mais plutĂ´t aux Ă©vĂ©nements culturels. Normalement ces personnes travaillent dans le secteur financier et ont des contrats de courte durĂ©e. En outre, l’anglais est la deuxième langue des personnes des futurs pays membres de l’UE. A leur arrivĂ©e elles auront besoin d’un journal Ă©crit dans une langue qu’elles puissent comprendre!
„Luxemburg News“ est vraiment un journal luxembourgeois?
Bien sĂ»r! On ne parle que de ce qui se passe au Luxembourg. Pour connaĂ®tre ce qui se passe en Angleterre, on peut acheter la presse qui vient de lĂ -bas: „Times“, „The Guardian“, … Tout le monde peut acheter son journal prĂ©fĂ©rĂ© au kiosque.
Vous ne bĂ©nĂ©ficiez pas de l’aide publique et vous n’ĂŞtes pas liĂ©s Ă un parti politique. Comment survivez-vous donc?
90 pour cent de nos revenus sont publicitaires. Cela entraĂ® ne aussi des moments difficiles financièrement. Nous en vivons d’ailleurs un actuellement.
Quelques mots sur votre parcours comme journaliste au Luxembourg …
Il m’a fallu presque cinq ans pour ĂŞtre acceptĂ© dans le petit monde des journalistes. Cette acceptation s’est produite lorsque j’ai commencĂ© Ă parler le luxembourgeois. C’Ă©tait impĂ©ratif. Je l’ai appris Ă cause de „CinĂ©nygma“. Les premières annĂ©es on Ă©tait Ă trois, deux Luxembourgeois et moi. On a fait toutes nos rĂ©unions en anglais. Un jour, mes collègues m’ont dit: „Vu que nous sommes en majoritĂ©, c’est Ă toi de faire un effort avec le luxembourgeois maintenant!“ Et dĂ©sormais je parle mieux le luxembourgeois que le français.
N’y a-t-il pas des choses de votre pays d’origine qui vous manquent?
Oui, l’humour anglais et la spontanĂ©itĂ©. Au Luxembourg, tu dois planifier Ă l’avance tes visites, tu ne peux pas passer un coup de fil Ă quelqu’un et dire „Je viens boire un verre chez toi“. Il est aussi difficile ici, d’entamer une conversation avec quelqu’un qui est assis Ă la table voisine dans un bistro.
Vous n’avez quand mĂŞme pas l’air nostalgique …
Pas du tout! Mes parents habitent toujours Ă Manchester et j’y vais trois fois par an. Pour le reste, le Luxembourg est vraiment devenu mon „home“.
Interview:
Paca Rimbau Hernández
Festival Cinénygma,
du 27 mars au 4 avril: http://www.cinénygma.lu
Luxemburg News: http://www.news.lu

