Angie Thilges: Poupée de bois, poupée vivante

A une époque où les jeux vidéo passionnent les enfants, petits et grands, le théâtre de marionnettes est encore d’actualité. Le woxx a rencontré Angie Thilges, qui a fait revivre „Bimbo“ et ses compagnons du théâtre de ficelles.

Les poupées d’Angie Thilges? „Elles ont toutes un nom, une voix et des traits de caractère spécifiques qu’il faut respecter.“ (photo: Christian Mosar)

D’où vient votre passion pour le théâtre de marionnettes et quand avez-vous commencé à jouer?

Angie Thilges: Ma tante et mon oncle, Medi et Max Geiben, possédaient un théâtre de marionnettes. Je le connais donc depuis mon enfance et j’ai grandi avec Bimbo et les autres poupées. J’ai connu l’atelier des Geiben, j’ai vu la fabrication des poupées et la réalisation de leurs vêtements, j’ai pu entendre les histoires qu’ils ont racontées. Ils vivaient avec corps et âme pour leur théâtre. Ils voyageaient beaucoup à l’étranger et ils faisaient des spectacles en plusieurs langues. Dans les années quatre-vingt, ils ont vendu le théâtre, et ils ont déménagé en Espagne.

Pendant une quinzaine d’années, les poupées ont disparu. A cette époque, j’ai pris moi-même mes distances par rapport au théâtre. Jusqu’au jour où une partie des poupées originales sont réapparues au Musée. Ce dernier voulait alors faire renaître le vieux Bimbo, et s’est adressé à Pit Vinandy, le joueur de marionnettes du Musée. Pit m’a contacté, et nous avons commencé en 2000 à jouer une pièce ancienne qui s’appelait „Den Draach-Kraach an d’Hex Nummer 6“.

Comment réalisez-vous un spectacle de marionnettes, et qu’est-ce qui se passe derrière le rideau?

Pit et moi, nous faisons tout nous-mêmes: nous écrivons les textes et nous réalisons les décors de la scène. Pit construit les poupées en bois et en silicone, et je couds leurs habits. Nous sommes les régisseurs et, bien sûr, nous manions les marionnettes. Nous nous occupons également du son et de la lumière lors d’une représentation. Nous commençons avec la préparation d’un spectacle en été pour qu’il soit prêt pour la Saint-Nicolas. La fin d’année est la période la plus propice pour les théâtres de marionnettes. Derrière le rideau, nous avons indiqué sur un panneau de quel côté de la scène les poupées doivent entrer et sortir. Je dois dire que je ne connais pas parfaitement les textes par coeur, mais dès que je tiens la poupée en main, je sais ce qu’elle va dire et ce qu’elle va faire …

Vous dites „elle“ … N’est-ce pas vous qui jouez et qui tenez les fils?

Non! La seule chose qui compte c’est la poupée. Je suis seulement son moteur ou son micro. En plus, je connais les poupées depuis longtemps et je sais que chacune a un caractère qui lui est propre. Elles ont toutes un nom, une voix et des traits de caractère spécifiques qu’il faut respecter, je crois. Je vois cela très bien quand une poupée n’est pas sur scène, quand elle est posée quelque part, toute seule, sans vie: alors on peut dire que c’est une simple poupée. Mais, dès qu’elle bouge et qu’elle commence à parler, on peut très vite oublier qu’elle est faite de bois et de ficelles.

Qu’en est-il alors des nouvelles poupées que vous réalisez?

C’est pareil: elles sont construites et elles reçoivent un prénom. Elles ont un premier rôle et, en quelque sorte, elles n’arrivent plus à en sortir.

Et si vous deviez décrire plus spécifiquement le caractère de „Bimbo“, comment le feriez-vous?

Bimbo est le personnage principal du théâtre. C’est un clown, mais que l’on peut également prendre au sérieux. Il connaît beaucoup de choses et il est le maître de tous les autres. Il arrive toujours en premier sur scène et il présente les personnages qui vont suivre. Je le connais très bien puisqu’il existe depuis que je suis toute petite. Bumbo, par contre, est comme son pendant „négatif“. Il est arrogant et avare, parfois même un peu bête. Bimbo, lui, est parfait! Et les enfants comprennent très vite le caractère respectif des personnages.

Avez-vous une poupée préférée?

Honnêtement, j’avoue que c’est la princesse! Elle est très gentille et elle a une voix très claire. Déjà quand j’étais enfant, j’ai beaucoup aimé la princesse … bien qu’elle soit un peu naïve, voire idiote!

Le théâtre de marionnettes fonctionne avec la participation des enfants. Comme leurs réactions peuvent être très spontanées, arrive-t-il que vous devez improviser et terminer la pièce autrement que prévu?

Oui, cela peut arriver, surtout lors de la première partie de la pièce, qui est en général celle qui est interactive. D’abord, les enfants chantent avec nous le fameux “ Tri-tra-tralala“. Ensuite, nous construisons ensemble un personnage sur scène. A ce moment, les enfants participent activement. On leur demande comment on va faire le personnage, quels vêtements il doit porter, et quel nom il doit avoir. Ainsi, chaque pièce est différente.

Dans la deuxième partie, nous racontons une histoire qui se déroule de façon linéaire et nous parlons beaucoup moins avec les enfants.

A notre époque où la télévision et les jeux vidéo sont rois, les enfants aiment-ils encore les spectacles de marionnettes?

Je pense sincèrement que les petits aiment beaucoup nos pièces de théâtre. J’ai quand même pu constater que la moyenne d’âge des enfants qui viennent chez nous, a baissé. Lorsque j’étais enfant, nous allions voir les spectacles jusqu’à la sixième année de l’école primaire. Aujourd’hui, il est difficile de motiver cette tranche d’âge, et l’âge idéal se réduit à la première et deuxième année primaire, voire à l’école maternelle. Ces derniers sont très enthousiasmés, même s’ils ne comprennent pas toujours tout.

J’ai aussi remarqué un changement dans leur attitude envers le théâtre. Souvent, ils se rapprochent de la scène et ils veulent voir ce qui se passe derrière. Ils vont même jusqu’à toucher les poupées, ce que ma génération n’aurait jamais osé … Il n’y a plus aujourd’hui cette forme de respect que nous avions.

Et les adultes, sont-ils intéressés?

Notre prochain spectacle aura lieu ce dimanche matin assez tôt. Je pense donc que les gens qui sont vraiment intéressés viennent avec leurs enfants. Malheureusement, j’ai remarqué qu’il y a cette année une régression importante du nombre de visiteurs. Et ce phénomène n’est pas uniquement sensible chez nous, mais également dans les autres théâtres. Enfin, en ce qui me concerne, je peux dire que le théâtre de marionnettes est une passion, et une fois qu’on y a touché, on ne peut plus s’en passer!

Interview: Nadine Clemens

Vous pourrez voir Angie Thilges et Pit Vinandy avec leur „Bimbo Theater“, ce dimanche 25 mai à 10 heures, au „Deuxième Festival international du Théâtre de Marionnettes“, à Boulaide. Ils présentent deux pièces originales de Max et Medi Geiben „De Bimbo an de Bumbo“ et „De Meeschter Gepitto“, ainsi qu’une nouvelle pièce „Faulen Zauber“, écrite par Angie Thilges. Ils lèveront également le rideau le 23 juin au „Hexenfest“ à Schifflange.


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