ANNY KELLER: Si on est juste, on peut tout faire

Née au Luxembourg,
le 25 septembre 1975, éducatrice graduée (I.E.E.S., Livange), formatrice diplômée de l’Ecole de Cirque de Bruxelles, Anny Keller a échangé les quarante heures de travail contre un mi-temps et la sécurité de la routine contre une camionnette, pour devenir le „Lézard du Cirque“.

Annie Keller: „Quand je raconte que j’ai été à l’école de cirque, on me demande souvent si je dresse des tigres!“ (photo: Christian Mosar)

woxx: Pourquoi as-tu fait cette formation?

Anny Keller: Après avoir eu mon diplôme d’éducatrice graduée, j’ai travaillé une année, mais j’ai décidé de compléter ma formation. Je pensais que le travail d’éducatrice pouvait bien se marier au cirque. D’ailleurs, j’avais très envie de travailler avec les jeunes. Ceux-ci ont toujours besoin de motivation et j’ai trouvé que le cirque pourrait en être une de très valable. La découverte du cirque a été pour moi quelque chose de merveilleux. C’était un monde complètement nouveau. J’avais du mal quand je rentrais au Luxembourg, car c’était très difficile d’expliquer à mes amis ce que je faisais à Bruxelles. Ils n’ont vraiment compris que quand ils sont venus pour le spectacle de fin d’année!

Et après?

A mon retour au Luxembourg, j’ai repris mon job d’éducatrice. J’ai décidé de ne pas chercher un travail à quarante heures, mais de rester avec mon mi-temps et de me lancer plus dans le monde du cirque. A Merl, il y a une école de cirque, „Zaltimbanq“, qui propose des cours pour enfants et adultes. Je voulais travailler avec eux, mais aussi faire un projet à moi: „Lézard du cirque“. J’ai acheté une camionnette et beaucoup de matériel didactique. Je veux voyager dans tout le pays et pouvoir faire des initiations au cirque, des stages, des cours réguliers, des anniversaires d’enfants, ou des fêtes d’entreprises … Ça marche très bien au Luxembourg, la demande est assez grande.

En quoi le cirque a influencé ta vie?

Il m’a donné une ouverture d’esprit qui s’applique à toute ma vie. Je suis redevenue enfant: on ose tout faire, on ne se trouve pas bête! Si on y va à fond, si on est juste dans ce qu’on fait, on peut tout faire. C’est la même chose pour le projet. Au début, j’avais des doutes, je me demandais comment j’allais faire avec un mi-temps. Mes parents aussi se faisaient des soucis. Tout le monde s’attendait à ce que je fasse les 40 heures … Mais depuis le moment où j’ai pris cette décision, je ne l’ai pas regrettée une seule minute.

Qui l’emporte, l’artiste ou la pédagogue?

Je ne suis pas une artiste, mais une formatrice. J’ai commencé il y a quatre années. Je ne suis pas née dans une roulotte, je ne suis pas vraiment une spécialiste d’une technique concrète. J’ai une base dans tout et assez de bagage pour l’amener aux gens, mais je ne vais pas me mettre sur la place d’Armes à jongler pendant une heure. J’adore aussi faire de petits numéros de clown, mais ce qui m’intéresse davantage c’est l’aspect pédagogique.

Parviens-tu à satisfaire les attentes de tes clients?

Quand je donne des cours, les gens montrent des attentes liées au cirque traditionnel. Quand je raconte que j’ai été à l’école de cirque, on me demande souvent si je dresse des tigres! Ils ne voient pas que le cirque est en développement, que dans les spectacles il n’y a pas que de la technique, mais que derrière chaque numéro il y a une histoire, que les costumes peuvent ne pas être élastiques et moulants, que la musique n’est pas nécessairement „ta ta taaaa“ … J’aime faire connaître aux enfants ce qu’ils voient dans des spectacles; la jonglerie, l’équilibre. Lors d’un stage, on peut aussi travailler des personnages.

Les adultes sont très surpris de voir qu’ils peuvent toucher mon matériel et que leurs enfants peuvent tenir sur une boule. Mais souvent ça ne se passe pas comme ils l’avaient imaginé.

Qu’apporte cette formation aux enfants?

Elle favorise la confiance en l’autre. Si je suis sur une boule et un autre doit m’aider, je dois être sûre qu’il ne va pas me lâcher.

Si on fait des pyramides, il ne faut pas hésiter à toucher l’autre. Les gens de tous âges ont souvent du mal à toucher et à être touchés. C’est difficile au début, surtout s’il y a des filles et des garçons, mais je leur explique que c’est de l’acrobatie et qu’il faut pouvoir utiliser son corps.

On renforce aussi la confiance en soi. Dans le cadre de mes études, j’ai fait un stage à Dreiborn, au centre socio-éducatif de l’Etat. Les cinq garçons du groupe devaient participer au spectacle de fin d’année de l’école de cirque. Ils avaient le trac, ils disaient qu’ils n’allaient pas réussir. Mais ils ont fait l’expérience de leurs limites et pas en bricolant une voiture, ou en faisant des bêtises, c’était une toute nouvelle expérience très positive pour eux.

Le volet motricité est aussi très important. Si je lance une balle à l’autre, ça doit être un geste très précis. La danse aide à connaître son corps, dans le temps et dans l’espace. Il faut aussi de la concentration: mon corps doit être gainé. Les enfants n’ont pas cette impression de leurs corps. Gainer les muscles et ensuite les relâcher. C’est toujours des mouvements très précis.

On travaille beaucoup l’imaginaire et la créativité. Avec une quille ou une boule, je peux faire mille choses! Parfois les gens manquent de concentration. Les enfants, par exemple. Si après deux minutes, ils voient qu’ils n’arrivent pas à jongler, ils laissent tomber. Mais c’est chouette lorsqu’ils réussissent à tenir. Encore un apprentissage: il faut que je m’investisse … Et ça peut aussi aider des enfants qui ont du mal à se concentrer ou à apprendre à l’école.

Il y a des âges spécialement adéquats?

Je préfère commencer à partir de la première année scolaire, parce qu’à cet âge-là on peut mieux travailler avec son corps. Par après, l’âge n’importe plus. On peut très bien faire des initiations au cirque dans un club senior. Le cirque est un moyen précieux d’entrer en contact, avec qui que ce soit.

As-tu travaillé avec des personnes handicapées?

C’est un domaine qui m’intéresse beaucoup, mais je n’y ai presque pas touché. J’ai eu une très belle expérience avec un groupe de sourds-muets adultes, auxquels on a fait faire, par exemple, des parcours d’équilibre sur un câble, avec les yeux bandés. Ils ne voyaient rien et n’entendaient rien. Ils se marraient à fond.

Qu’aimes-tu du personnage du clown?

J’aime surtout improviser. Voir ce qui se passe. Je n’ai pas un numéro fixe. Mon clown a un aspect féminin, qui revient toujours, alors que dans ma vie je ne suis pas quelqu’un qui se maquille ou qui se présente trop en femme. Mais comme clown je ressens ça. J’aime bien donner des bisous à tout le monde, draguer les autres clowns, les hommes … Ce rôle me permet de faire ce que je ne fais pas dans mon quotidien.

Pas de nez rouge?

Ça dépend de la journée. Si c’est pour les enfants, c’est plus clair et donc mieux avec le nez rouge. Si je ne me sens pas en forme, je mets le nez, qui agit comme un masque. Le travail du clown est dur, il ne suffit pas de mettre le nez rouge. Il faut savoir être à l’écoute de l’autre. Si on est triste, il faut le transmettre d’une façon authentique. A nouveau, il faut être juste.

Interview: Paca Rimbau Hernández

Voulez-vous apprendre à jongler avec le „Lézard du Cirque“? Faites le 021 32 38 01.


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