SCULPTURE: Ephémères et zen …

La place de la gare accueille cet été un projet de sculptures de sable. Quatre plastiques monumentales n’y demandent qu’à être regardées.

Un petit garçon aux yeux d’amande vous accueille tous les jours à la gare centrale à Luxembourg. Il est assis sur un grand tas de jouets plus que contemporains, c’est-à-dire sur des téléviseurs, des radios, des mixers et des aspirateurs. Le kit de survie urbain? La plus grande particularité de la chose: tout cela est … en sable!

De fait, quatre grandes sculptures de sable ont été réalisées du 27 juillet au 3 août derniers, lors de la troisième édition du „Gare Art Festival 2003“. Les deux années précédentes, le festival a mis en valeur des sculptures en bois, réparties entre la gare et la Place de Paris. Cet été, c’est le sable qui acquiert toutes ses lettres de noblesse.

Neuf artistes internationaux y avaient transformé la place de la gare en un immense atelier à ciel ouvert. Les passants pouvaient ainsi être les témoins directs de ce symposium de la sculpture. Ils ont pu côtoyer les artistes et assister quotidiennement à leur travail, qui est passé par la construction, le dégrossissage et la finition des pièces. Vingt-deux tonnes de sable ont ainsi été nécessaires à la réalisation de chacune des quatre sculptures.

L’artiste luxembourgeoise Florence Hoffmann, responsable de l’organisation artistique du projet, a expliqué: „Au départ le travail avec ces masses énormes de sable a été très difficile et la chaleur exceptionnelle de cet été ne nous a pas facilité la tâche. Mais une fois que les travaux lourds ont été faits, le travail purement sculptural de la finition des pièces a été un moment très agréable. Nous avons travaillé les sculptures de haut en bas, selon un principe pyramidal. Selon moi, le sable est un matériau tout aussi honorable pour les sculptures que le bronze. Toute cette manifestation dans ce lieu public revêt un caractère très populaire. Les gens n’ont pas besoin de faire la démarche vers l’institution pour voir de l’art. Et d’ailleurs, ils se sont montrés très intéressés par les travaux.“

Le projet de Nathalie Zlatnik (Luxembourg) et Alain Mila (France) présente un jardin oriental avec un couple assis confortablement sur un banc. Le jardin fait appel à la méditation et à la philosophie zen. Dans le lieu de transit qu’est, par définition, la gare – où tout le monde se presse chaque matin pour arriver vite au boulot -, l’oeuvre doit nous inciter à faire une pause, à respirer et à nous attarder, ne serait-ce que quelques instants, pour regarder de plus près. La paire, appelée gentiment Henri et Jeannette par les artistes, ne va pas sans rappeler l’image typique d’un couple dans notre société. Orient et occident se mélangent pour former ce nouveau lieu qu’on pourrait appeler le pays du midi.

Alcoolisme en sable

Florence Hoffmann, Heather Carroll (Luxembourg) et Fabrice Dziezuk (France) ont réalisé la sculpture en forme de bouteilles présentant chacune un visage humain. C’est encore Florence Hoffmann qui explique cette oeuvre: „L’image d’une bouteille peut être très ambiguë. D’un côté, l’alcool peut nous mettre dans un état de bonne humeur. D’autre part, elle fait référence à une problématique très sérieuse dans notre société: l’alcoolisme. Ce dernier peut causer ou est la source de beaucoup de malheur et de misère. Lorsqu’on expose une telle oeuvre dans ce contexte très précis, elle met en évidence une situation réelle, un quotidien très triste. Plus loin, les bouteilles sont les déchets encombrants qu’on retrouve dans les lieux publics comme les gares et qui témoignent encore une fois de cette même problématique.“

Plus sereine se veut la sculpture des Suisses Urs Koller et Cla Coray. Une tête énorme, à moitié visible, surgit d’un environnement rappelant les vagues de l’océan. La sculpture semble capter le moment fantaisiste et éphémère de l’apparition d’un géant sur la surface de la mer, avant de disparaî tre à nouveau dans les profondeurs de la mer.

L’éphémère est évidemment une caractéristique inhérente à ces sculptures de sable. Il est bien prévu qu’elles restent exposées jusqu’au 17 août. Encore faudra-t-il que la météo, et la bonne volonté des passants de ne pas accélérer le processus de décomposition naturelle de ce type d’oeuvre, le permettent.


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