Femme issue de l’immigration italienne, nĂ©e en France, ancienne frontalière et rĂ©sidant depuis sept ans au Grand-DuchĂ©. Responsable depuis 1986 de l'“International Kindergarten Luxembourg“, citoyenne militante pour la paix, mère et grande-mère. VoilĂ , en bref, Martine Pinzi.

Pour Martine Pinzi „Tous diffĂ©rents, tous Ă©gaux“ est un slogan qu’il faut savoir vivre sur le terrain.
woxx: Expliquez-nous le concept de l'“International Kindergarten“.
Martine Pinzi: Il a Ă©tĂ© crĂ©e par un collectif de femmes anglo-saxonnes et danoises, avec le but initial de donner aux enfants – anglo-saxons, amĂ©ricains et scandinaves, au dĂ©part – la possibilitĂ© de se retrouver et de jouer ensemble quelques jours par semaine. Lorsque de nouveaux groupes de langues sont arrivĂ©s, on a lancĂ© un appel Ă des professionnels francophones et Ă ce moment j’y suis entrĂ©e. Dans les annĂ©es 80, une a.s.b.l. a Ă©tĂ© constituĂ©e et une convention a Ă©tĂ© signĂ©e avec le Ministère de la Famille. La clientèle est devenue de plus en plus internationale et en mĂŞme temps – condition exigĂ©e par l’Etat luxembourgeois – la crèche s’est ouverte Ă toutes les classes sociales. Aujourd’hui, on y trouve un brassage de toutes les classes, nationalitĂ©s et cultures. Il n’y a pas que des enfants europĂ©ens, mais aussi des Iraniens, AmĂ©ricains, Turcs, des enfant venant du Kosovo … Dans chaque groupe il y a Ă©galement deux places rĂ©servĂ©es Ă des enfants qui ont un handicap, que nous appelons „enfants Ă besoins spĂ©ciaux“. Pour nous, chaque enfant a sa place dans la sociĂ©tĂ© et donc aussi Ă l’Ă©cole.
Comment cette ouverture d’esprit se montre dans le travail quotidien?
Dans le concept pĂ©dagogique de l’Ă©cole, une grande importance est accordĂ©e Ă l’Ă©ducation interculturelle. Il faut exploiter la richesse que reprĂ©sente la grande diversitĂ© des nationalitĂ©s, cultures et religions qui sont prĂ©sentes. On traite Ă tour de rĂ´le le pays d’origine des enfants. Comme ils sont très jeunes, on ne fait pas de choses thĂ©oriques, mais on traite la musique et le folklore, les danses, les aspects culinaires, les contes. Il s’agit surtout de dĂ©couvrir le pays des autres tout en s’amusant. Tout cela doit aboutir Ă l’encouragement de l’estime de soi chez l’enfant. Il doit ĂŞtre fier de ses origines pour mieux s’intĂ©grer dans une sociĂ©tĂ© multiculturelle. Dans nos Ă©coles, on a plutĂ´t la tendance de dire aux enfants „maintenant vous allez devenir de petits Luxembourgeois“ dans un esprit d’assimilation. Mais je suis convaincue qu’on ne peut s’intĂ©grer dans une sociĂ©tĂ© que si on sait vraiment qui on est et d’oĂą l’on vient, car c’est alors qu’on est conscient d’avoir quelque chose Ă offrir aux autres et Ă partager avec eux. Avoir confiance en soi est un bon dĂ©part dans la vie, pour Ă©tudier, pour apprendre, pour s’intĂ©grer. Nous prenons aussi en compte les diffĂ©rentes fĂŞtes religieuses: la NoĂ«l, la Pâque juive, la fĂŞte du mouton des Musulmans, la nouvelle annĂ©e asiatique … Les enfants vivent simplement ce moment de rencontre avec, bien sĂ»r, la participation des parents et les grands-parents, que nous sollicitons beaucoup. Dans notre concept d’intĂ©gration, il y a trois volets importants: le social, le culturel et celui des enfants Ă besoins spĂ©ciaux. „Tous diffĂ©rents, tous Ă©gaux“ est un slogan qu’il faut vivre sur le terrain.
En quelle langue travaillez-vous?
La langue vĂ©hiculaire est le luxembourgeois, mais les premiers mois on donne une grande importance Ă la langue maternelle. Pour faciliter l’intĂ©gration du jeune enfant – pour la plupart d’entre eux, c’est la première expĂ©rience de vie en dehors de la famille -, on essaye de parler sa langue, mais les activitĂ©s en groupe se font en luxembourgeois. Lorsque le personnel ne parle pas la langue de l’enfant, on doit parler le luxembourgeois d’emblĂ©e, mais on apprend des expressions comme „Bonjour“, „Ne pleure pas, maman va venir“, „Viens jouer“, dans leur langue … Le drame de l’enfant Ă©tranger dans nos Ă©coles est souvent que, ne pas sachant s’exprimer en luxembourgeois, il est perçu comme n’ayant rien Ă dire, ou ne pas sachant grand-chose.
Y a-t-il aussi des enfants luxembourgeois?
C’est l’Ă©crasante minoritĂ©. Ces dernières dix annĂ©es, nous avons eu dix pour cent d’enfants avec un passeport luxembourgeois. Mais ils ne sont pas de culture, ni de langue luxembourgeoise. Actuellement, sur les 44 enfants inscrits, il n’y en a que trois qui parlent le luxembourgeois Ă la maison.
Vous avez participĂ© activement au projet avec des jeunes palestiniens, qui a eu lieu cet Ă©tĂ©. Comment s’est-il dĂ©roulĂ©?
On a essayĂ© de briser l’isolement dans lequel vivent les jeunes des territoires occupĂ©s, qui sont souvent confinĂ©s dans des villes d’oĂą ils ne peuvent pas sortir. Ils ne connaissent que l’occupation et les check-points. On a offert Ă un groupe de jeunes Palestiniens la possibilitĂ© de venir au Luxembourg passer des vacances. En mĂŞme temps, ils sont devenus ambassadeurs de leur pays. La rencontre, l’Ă©change culturel, entre les jeunes palestiniens et ceux d’ici a Ă©tĂ© très important. Il y a eu des activitĂ©s Ă©ducatives, des fĂŞtes, on a Ă©tĂ© reçu au Centre culturel français, on a organisĂ© un camp de vacances canoĂ«-kayak, on a Ă©tĂ© reçu par la mairie de Metz, on est allĂ© Ă Oostende, ils ont vu la mer – un rĂŞve inaccessible pour eux, bien qu’ils vivent si près -, on a eu aussi une journĂ©e magnifique Ă la Maison de la culture de Bettembourg avec un tournoi de football … Tout cela est bien expliquĂ© dans une brochure qui vient de paraĂ®tre.
Vous avez vĂ©cu, vous-mĂŞme, dans un milieu „venu d’ailleurs“. En avez-vous souffert?
Pas du tout! Je suis nĂ©e et j’ai grandi au bassin minier de la Lorraine. A la maison on a toujours parlĂ© italien. J’ai toujours Ă©tĂ© fière de mes origines et en grandissant ce sentiment s’est affirmĂ©. A la question „Quelle est ta nationalitĂ©?“, je rĂ©ponds toujours „Je suis franco-italienne“.
Et maintenant il y a aussi le Ghana chez vous …
Je me suis remariĂ©e Ă un homme du Ghana. Cela m’a amenĂ© Ă constater qu’en Europe nous avons perdu certaines choses, qui restent prĂ©sentes dans les pays d’Afrique, surtout en matière de convivialitĂ© et du sens de la famille Ă©largie, des valeurs qui ont existĂ© chez nous dans le
temps de nos arrière-arrière-grands-parents. En Afrique, il y a beaucoup plus d’interaction sociale qu’en Europe.
MĂŞme moi, qui viens d’une famille du sud et qui suis donc habituĂ©e aux grandes rĂ©unions familiales, j’Ă©tais d’abord stupĂ©faite du sens de l’improvisation et par la spontanĂ©itĂ© de la vie en Afrique. C’est dommage que les EuropĂ©ens n’y soient pas habituĂ©s. Nous nous sommes enfermĂ©s dans de petites prisons. Nous croyons que tout doit ĂŞtre organisĂ©. On s’est rempli de règles.
La sociĂ©tĂ© ghanĂ©enne est encore matriarcale. Les femmes travaillent beaucoup mais, avec le système communautaire, avec la famille Ă©largie, elles ne sont pas seules et souvent elles arrivent Ă mieux s’en sortir que nous, ici.

