PEINTURE: Obsession

von | 08.01.2015

L’oeuvre du peintre portugais Rui Moreira est très particulière : au lieu de partir d’un concept et de le dessiner, il préfère faire balader son esprit sur les toiles et entraîner le spectateur en voyage.

« The Machine of Entangling Landscapes » est une référence directe à un poème de Herberto Hélder.

Au premier regard, les peintures de Rui Moreira peuvent laisser deux impressions : soit elles paraissent hermétiques, soit superficielles. Ce n’est qu’en s’approchant des tableaux qu’on voit les fines lignes tracées par l’artiste et qu’on peut avoir une idée du travail dantesque qui se trouve derrière, qu’on peut concevoir la vraie dimension du travail fourni.

Moreira, qui se compare volontairement à un ermite, dit qu’il « dessine de l’intérieur », qu’il laisse ses oeuvres se développer dans son esprit et sur la toile. Naissent ainsi des tableaux très différents, même si leur origine est toujours la même : un simple trait. Des toiles qui ressemblent à de gigantesques mantras, comme la série « The Machine of Entangling Landscapes », qui semble représenter le perfectionnement absolu d’un gribouillage nerveux – un de ceux que nous dessinons tous quand nous nous ennuyons fermement dans une réunion ou au téléphone.

D’autres toiles sont plus figuratives, comme « Our Lady of Abortion » ou encore « Man with the Log », voire la série « Telepath ». Les titres des oeuvres ne sont jamais gratuits – on ne trouvera donc probablement jamais un tableau de Moreira appelé « Sans titre » – mais font toujours référence à d’autres sources soit littéraires, soit cinématographiques. Ainsi, « Man with the Log » est un hommage direct à « Twin Peaks » de David Lynch.

En procédant de cette manière, Moreira crée une sorte d’hypertexte et inscrit ses oeuvres dans l’univers artistique humain que nous partageons tous. C’est le paradoxe Moreira : d’un côté ses peintures naissent d’une profonde méditation dans son for intérieur, de l’autre elles sont interconnectées avec le patrimoine créatif universel.

En tout cas, l’exposition « I’m a Lost Giant in a Burnt Forest » est rafraîchissante et revigorante – si on la compare au suprématisme stérile qu’on peut voir au premier étage du Mudam. Et elle démontre que non, la peinture n’est pas morte, et que l’expérimentation avec ce média n’est pas encore tout à fait arrivée à son point zéro. Pour cela, il faut avoir une âme, du courage et beaucoup de maîtrise – des choses dont Moreira semble disposer à foison, heureusement.

« I’m a Lost Giant in a Burnt Forest », au Mudam, jusqu’au 8 février.

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