Sans-papiers : À l’ombre du paradis

L’exposition « Sans papiers – 100 parcours » à Neimënster donne un aperçu des conditions de vie de certains immigrés « clandestins » au Luxembourg.

Ils ne foutent rien, sont subventionnés par l’État pendant que des Luxembourgeois crèvent de faim, vendent de la drogue, s’organisent en bandes pour cambrioler nos maisons, nous piquent les emplois et sont des terroristes potentiels… à en croire certains commentateurs sur les réseaux sociaux, les « immigrants clandestins » seraient responsables de tous les maux.

La réalité est tout autre : poussés à l’émigration par diverses raisons – persécutions politiques, ethniques ou religieuses, motifs financiers, situations personnelles invivables -, les sans-papiers vivent un véritable calvaire en quittant leurs pays. Une fois arrivés dans leur État de destination, le Luxembourg en l’occurrence, le calvaire n’est pas fini : hantés par la peur de se faire remarquer et expulser, vulnérables de par leur situation et souvent dans l’obligation morale de subvenir aux besoins de leurs proches dans leurs pays d’origine, beaucoup d’entre eux sont forcés de se soumettre à des patrons peu scrupuleux.

C’est certainement aussi pour en finir avec les préjugés sur les « clandestins » que l’Association de soutien aux travailleurs immigrés (Asti) a lancé, à l’occasion de son 35e anniversaire et en collaboration avec l’OGBL, l’exposition « Sans papiers – 100 parcours », à voir au foyer de l’abbaye de ­Neumünster depuis lundi.

À travers des citations issues de témoignages de sans-papiers vivant ou ayant vécu au  Luxembourg, riche en explications, l’expo retrace les conditions de vie souvent difficiles de ces marginalisés de la société luxembourgeoise. « On était comme le soleil au Luxembourg. On existait, mais on était cachés », peut-on ainsi lire sur l’un des panneaux. Ou bien encore : « Être sans papiers c’est être exploité et mal traité. »

Regroupés par sujets tels que « Faire face à une jungle administrative », « Isolement social », « Irrégularité des enfants de parents sans papiers » ou « Se sentir invisible », « Sans papiers – 100 parcours » permet de se faire un aperçu de ce que vivent quotidiennement ceux dont personne ne veut officiellement, mais qui sont néanmoins bien utiles à notre économie.Car cela aussi fait partie de la réalité : les sans-papiers sont souvent engagés pour faire les boulots dont personne ne veut au pays des banques et des fonctionnaires. Ainsi, début 2013, des travailleurs sans papiers employés illégalement ont pu régulariser leur situation sous certaines conditions, comme l’explique un des panneaux. 663 demandes de régularisation ont été introduites, 512 acceptées.

« Sans papiers – 100 parcours » donne une image assez complète du calvaire que doivent endurer ces travailleurs de l’ombre en quittant leur pays d’origine pour le grand-duché : les tracas administratifs auxquels ils sont confrontés, la peur qui les accompagne tout au long de ce chemin semé d’embûches, etc.

Si vous vous rendez à Neimënster rien que pour l’expo, vous serez probablement déçu : assez petite, celle-ci ne vous occupera pas pendant plus d’une grosse demi-heure. Mais si, de toute façon, vous êtes dans les parages, alors jetez-y un coup d’œil, ça vaut le coup !

Au Centre culturel de rencontre Abbaye Neumünster jusqu’au 3 mai. Une représentation théâtrale sur les témoignages aura lieu ce vendredi 1er mai 15h – 15h30.


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